Cher frère,

Quand j’ai quitté le nid familial, déployant mes ailes avec vigueur, je me suis lancé au loin, vers l’horizon. J’ai survolé terres et mers, j’ai plané sur les hauteurs pour finalement élire mon domicile sur la propriété de nos pères. Pas de notre père biologique, tu sais bien, notre père spirituel, notre père historique.

Pour être franc avec toi, tu m’as surpris mon frère, avec l’éducation que nous avons reçue tous les deux, j’étais persuadé qu’il ne s’agissait que d’une question de temps avant que tu me rejoignes.

Les motivations qui étaient miennes, tu les partageais aussi, après tout, c’est dans le même cocon que nous avons grandi. C’est au même idéal sioniste que nous avons étés nourris.

Toi et moi, encore enfants, rêvions ouvertement d’un jour partir nous installer dans un kibboutz, de fleurir les champs et de moissonner cette terre-mère abondante et généreuse qui est notre bien commun.

Adolescents, nous dessinions nos plans d’avenir, Tel -Aviv et Jérusalem, nous nous étions promis de conquérir. De servir dans les rangs de Tsahal, même si notre mère ne l’a jamais voulu, nous aspirions l’accomplir. Ce soldat qui était pour toi, l’idéal du juif nouveau, d’un juif fort qui se redresse et se défend, tu voulais le devenir.

Quand j’ai pris mon envol, j’étais étonné que tu ne m’accompagnes pas, j’ai remarqué que tu avais du plomb dans l’aile mais je n’imaginais que cela te prendrait tant de temps.

Où restes-tu mon frère ?

La famille ici t’attend, tes neveux commencent à s’impatienter et puis pour les parents, c’est encore plus délicat. Ils n’attendent plus que toi. Tu es resté seul dans le nid, dommage que tu ne le vois pas.

Maintenant esseulé, qui sera là pour te protéger, toi qui est maintenant à la merci de tous les dangers ?

Et cesse de me dire que ton nid est devenu une villa, et que « pas mal de monde est encore là » et que la menace « n’est pas si grave que ça ». C’est si regrettable que tu ne vois pas.

Écoute moi frère, cela devient trop dur d’être séparés, il est de temps de se réunir. Je sais que ça ne va pas être facile et qu’il va falloir tout recommencer mais souviens toi qu’une fois revenu ici, plus de migration, tu seras de retour à la maison.

J’ai peur qu’un jour tu sois trop vieux et ne puisses plus t’envoler. Reviens tant qu’il est encore temps. Tu me manques mon frère.

Laisses-moi te rappeler les paroles du Rav Kook, « Je ne parle pas parce que j’ai la force de parler ; je parle parce que je n’ai pas la force de garder le silence. »

Où restes-tu mon frère ?