La vitesse des événements m’a pris de cours, le choc et l’ampleur aussi, commençant avec les enlèvements meurtriers des trois jeunes Israéliens, puis le début des opérations sur Gaza, et le meurtre du jeune palestinien, et le tabassage de son cousin, et depuis les bombes, les sirènes, et maintenant les tanks, et en trois jours autant de morts que dans les dix derniers.

Et des deux côtés la rhétorique se durcit, le Hamas est prêt à encaisser encore des morts civils, mais l’invasion terrestre leur donne l’occasion d’attaquer des Israéliens de près, et ils vont en profiter, de l’autre, on comprend qu’Israël ne veuille plus recevoir des tirs de rockets, mais on a du mal à suivre la logique vu le nombre de civils tués. Le premier ministre maintient qu’ils meurent à cause du Hamas, métaphoriquement peut-être, mais la réalité reste que les frappes sont conduites par des F16.

Protective Edge donne l’impression d’avoir un objectif clair, celui de détruire les tunnels d’infiltration vers le sol Israélien, et de réduire la capacité militaire du Hamas. Cast Lead en 2008-2009 avait pour but de détruire l’infrastructure militaire du Hamas et de détruire les tunnels d’infiltration, après 1500 morts en 15 jours le Hamas était certainement diminué, et la population palestinienne meurtrit, mais en 2012, Pillar of Defense avait également pour but de réduire les capacités militaires du Hamas, et pourtant en 2014, le conflit reprend, avec l’intensité de Cast Lead. « Cast Lead III » ou « Pillar of Defense II-Protective Edge », choisissez votre scenario.

Dans une semaine tout cela sera terminé, on fera le compte des victimes, d’une part on chantera les louanges de la résistance, de l’autre on se félicitera d’avoir accompli les objectifs de la mission et dans deux ans ça recommencera, parce qu’il n’y a aucune raison que la même formule appliqué pour la énième fois donne des résultats différents.

Certains diront que les actions répétées d’Israël (et la pression Égyptienne) ont bien eu l’effet, à terme, de réduire le financement et les moyens opérationnels du Hamas, on compte en chiffres réels les pertes budgétaires et l’impact que cela a sur le payement du personnel du Hamas, et sa capacité à maintenir l’ordre à Gaza. Cela a poussé le groupe à être plus répressif localement, lui perdant le soutien d’une part de la population, et l’a également poussé à accepter les ouvertures du Fatah à former un gouvernement d’unité nationale.

Cela aura eu l’effet pervers de donner plus de poids à sa branche militaire, et du fait de sa capacité diminué de permettre à des groupuscules comme Islamic Jihad de reprendre une part d’autonomie, comme l’a prouvée la première salve de rockets qui aura servi de casus belli à Protective Edge.

Quoi qu’il en soit, les gains stratégiques s’équilibrent avec les pertes, Israël n’est pas plus en sûreté, et la résistance continue.

Si seulement ces salves avaient un but, on regarderait ce qui arrive à Gaza d’un autre œil, mais voilà, nous ne sommes pas dans un conflit pour la sécurité d’Israël, pas plus que ça ne soit un conflit de résistance, c’est une guerre de status quo, une prolongation du non-processus de paix, du non-dialogue israélo-palestinien. M. Netanyahu a Jérusalem, et M. Meechal à Doha ont trouvé le moyen de légitimer le néant, à grands coups de civils et de propagande.

Les remarques du Premier Ministre, analysés par David Horovitz dans ce même journal, indiquent que même si Protective Edge réussissait au-delà des objectifs précités cela ne changerait rien au processus de paix, qu’une Palestine véritablement autonome était impossible aux yeux de Benyamin Netanyahu et de son administration.

Pourtant le Hamas est l’épée de Damoclès pendue sempiternellement au-dessus des négociations, il est maintenant explicite que cela est un prétexte. Imaginons que le Hamas soit vraiment mis à genoux aux suites de cette opération, que Khaled Meechal se rende à Jérusalem reconnaitre l’Etat Juif à la Knesset, on est en mesure de douter de la bonne foi du Premier Ministre, et de voir une véritable ouverture vers une résolution du conflit au sens large, et de l’autre coté, est ce que le Hamas négocierait vraiment avec Israël?

Certains appellent à une approche à deux niveaux, un mélange de hard et de soft power: une ligne dure avec le Hamas, ce qui est certainement le cas, et l’ouverture de négociations avec la Cisjordanie.

Cette approche refléterait la réalité politique du conflit, et aurait pour effet de donner une légitimité aux opérations telles que Protective Edge aux yeux du monde.

Le public serait plus vraisemblable d’accepter des opérations sur Gaza si il y’avait une lumière au bout du tunnel, si cela ne constituait qu’une étape dans la progression du conflit, si cela avait véritablement un but, si cela n’était pas qu’une fin en soi, ce qui semble malheureusement être le cas, la troisième fois en six ans que cela est le cas.

La sécurité d’Israël dépend avant tout de la résolution du conflit au sens large, pas de mettre une rouste occasionnelle au Hamas, quoi qu’on en dise dans la justification quotidienne de Protective Edge.

Et c’est à cela que réagit le monde, cette nouvelle opération baigne dans la même absurdité que les deux précédentes, Israël se convainc qu’elle maintient sa sécurité, que les morts ne sont pas vraiment de sa faute, le Hamas qu’ils sont l’avant-garde de la résistance, et que les morts sont des héros et des martyrs, et en attendant des centaines de civils meurent dans l’attente d’absolument rien, exhortés à la résistance et à la mort par leur leaders, et rassurés par ceux qui leurs tirent dessus qu’ils sont bien des victimes, et non des coupables.

Victimes ils le sont, et le resteront tant que personne n’assumera la responsabilité du dialogue et de la réconciliation.