On attendait beaucoup de choses des deux discours à l’ONU de Mahmoud Abbas et de Benjamin Netanyahu lequel avait d’ailleurs annoncé une surprise. Il n’en a rien été. Il s’agissait d’un dialogue de sourds par ONU interposée. Les Palestiniens récitent le même discours depuis des lustres dans une attitude figée irréaliste au lieu d’innover, de surprendre et de compliquer la tâche du Premier ministre israélien.

Prenant la parole à l’Assemblée générale de l’ONU, Mahmoud Abbas a affirmé qu’Israël «devait rendre la terre conquise depuis la guerre d’Indépendance de 1948, et a demandé au Royaume-Uni de présenter des excuses pour la Déclaration Balfour».

Il a poursuivi en s’enfermant dans le passé : «Israël, depuis 1948, a persisté dans son mépris de la légitimité internationale en violant la Résolution 181 de l’ONU, la résolution de partition qui a appelé à la création de deux États sur la terre historique de la Palestine selon un plan de partition».

Il a seulement oublié l’attaque des pays arabes contre un Israël naissant. Et il a poursuivi sur une voie toute aussi irréaliste : «Nous demandons à la Grande-Bretagne, alors que nous approchons de 100 ans depuis cette infâme déclaration, d’en tirer les enseignements nécessaires et de supporter sa responsabilité historique, juridique, politique, matérielle et morale pour les conséquences de cette déclaration, y compris de présenter des excuses au peuple palestinien pour les catastrophes, la misère et l’injustice créées par cette déclaration».

Il a terminé en affirmant qu’ «il n’y a aucun moyen de vaincre le terrorisme et l’extrémisme, aucun moyen de parvenir à la sécurité et à la stabilité dans notre région, sans mettre fin à l’occupation israélienne de la Palestine et sans assurer la liberté et l’indépendance du peuple palestinien. Dans ces seules conditions, le terrorisme prendra fin ».

Mais pour son auditoire qui l’écoute depuis les territoires, la menace restait encore dans ses propos : «Les Palestiniens présenteront une demande de résolution au Conseil de sécurité contre les colonies israéliennes».

En fin de compte, les Israéliens peuvent se réjouir d’avoir en face d’eux un dirigeant palestinien démonétisé, aussi peu charismatique, dont le logiciel politique date de l’ère de Yasser Arafat alors que le Moyen-Orient a connu une recomposition politique qui a modifié ses contours. En fait Mahmoud Abbas s’adresse plus à ses ouailles, le Fatah et le Hamas, qu’à la communauté internationale et il leur donne ce qu’ils aiment entendre, les coups contre Israël. Mais il est temps que la relève s’effectue à la direction palestinienne avec des leaders réalistes.

Rien de nouveau à l’horizon, pas une seule proposition pragmatique et innovante qui mette en difficulté les Israéliens. Le président palestinien a vieilli et ses idées irréalisables sont figées avec lui. Il sait bien que revenir aux frontières de 1947 est une illusion, il n’y croit pas lui-même, et son entêtement feint ne s’explique que par une volonté de ne rien changer, de ne pas faire bouger les lignes et de se complaire dans le statu quo.

De son côté, Benjamin Netanyahu s’est présenté en victime du «parti pris obsessionnel de l’ONU contre Israël. Pour la honte de l’Assemblée générale, l’ONU a adopté l’année dernière 20 résolutions contre l’État démocratique d’Israël et seulement trois résolutions contre tous les autres pays de la planète… L’ONU a commencé comme une force morale et est devenue une farce morale» précisant d’ailleurs qu’il n’acceptera aucun diktat de la part de sa part.

On croirait que les deux dirigeants s’étaient concertés pour se lancer dans des diatribes et des attaques stériles, face à une salle de l’ONU pratiquement vide, comme dans les heures les plus noires de l’organisation internationale. Nous sommes loin de l’effervescence qui s’était emparée des délégués venus entendre Ariel Sharon en septembre 2005. Sa décision d’évacuer Gaza avait été bien accueillie par la communauté internationale qui voyait enfin un geste positif israélien.

Le discours de Netanyahu fut courtois, sans la présentation spectaculaire de diagramme ou de photos pour illustrer ses propos. Il a joué dans le sobre en n’abordant pas les problèmes politiques chauds. Il a ensuite énuméré la liste des réussites et des réalisations d’Israël dans le monde, dans tous les domaines, de quoi faire pâlir de jalousie plus d’une grande puissance. Mais aucune surprise en ce qui concerne une éventuelle solution du conflit palestinien.

Pour l’ancien ambassadeur d’Israël, Arie Avidor : «Netanyahu a parfaitement rodé sa technique d’interpellation agressive qui lui permet, en invectivant l’univers tout entier, d’éluder dans son discours toutes les vrais questions. Une technique que certains tentent de singer, le plus souvent de manière pathétique, jusqu’à la tribune de l’Assemblée nationale ! Une technique qui, en définitive, a un impact réel … sur la majorité la plus fruste de l’électorat du Likud qui, sous l’influence conjuguée de ses prédicateurs, a fait de la malédiction de Balaam «Am levadad yishkon» (un peuple seul sur terre) à la fois son crédo religieux et sa doctrine politique».

Tsahi Hanegbi, dans une réunion privée le 22 septembre, de retour de Washington, nous a laissé entendre que le discours de Bar Ilan de 2009 était obsolète et que les propos de Netanyahu, qui avaient «certainement dépassé sa pensée», avaient été une parenthèse vite refermée. Le concept de «deux États pour deux peuples» n’est plus dans son programme ou du moins dans la façon dont les Occidentaux l’interprètent.

En effet comment peut-on envisager une quelconque évolution de la Cisjordanie quand l’évacuation des habitants des implantations est vue sous l’angle d’un «nettoyage ethnique» ? Aucune cession de terres n’est envisagée, ni en Cisjordanie et ni à Jérusalem-Est tandis que la consolidation de «l’occupation» reste symbolisée par le déploiement de l’armée dans tous les territoires. Alors effectivement «deux États pour deux peuples» n’est pas l’expression d’une idéologie nouvelle mais celle d’une illusion ou d’un alibi au service des pays étrangers. Les clans nationalistes, à la droite du Likud, au sein de Habayit Hayehudi et parmi la minorité kahaniste, veillent au grain et ne réagissent pas tant qu’il ne s’agit que de rhétorique sans lendemain.

La seule nouveauté réside dans l’invitation de Mahmoud Abbas à venir rencontrer les Israéliens à Jérusalem, la ville disputée par les deux peuples. C’est une invitation qui est purement théorique avec la question: pour quoi faire ? Des rencontres ont déjà eu lieu, officiellement ou dans les alcôves de certains palais, donc il n’y a pas d’innovation dans une nouvelle rencontre. Le seul effet qu’elle pourrait avoir serait le déblocage mental de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et de la Jordanie qui y verraient un feu vert pour des pourparlers directs.

Le discours a été prononcé face au sourire figé de Barack Obama qui a mesuré son échec de n’avoir pas réussi à faire avancer d’un pouce le conflit israélo-palestinien. Il n’a jamais réussi à déstabiliser le Premier ministre. De ce point de vue, la victoire de Netanyahu a été totale.

Cet article a été publié sur le site Temps et Contretemps.