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On victimise les meurtriers !

Stéphanie s'indigne à juste titre du traitement médiatique du massacre de la synagogue de Har Nof

Le monde tourne à l’envers. Je ne trouve pas d’autres mots pour décrire la réaction des médias de ces derniers jours à l’attentat dans une synagogue à Jérusalem, où l’on victimise les meurtriers et où l’on nie les morts, ainsi que la souffrance des familles, des amis, de tout un peuple.

La chaîne allemande ZDF a commencé son reportage avec une interview des parents des Palestiniens meurtriers, en larmes pour leurs enfants tués. I-télé d’hier titrait avec son bandeau : « les 2 terroristes abattus étaient des pères de plusieurs enfants » et CNN annonçait : « 4 Israelis, 2 Palestinians killed in synagogue attack ».

On ne dit rien sur les victimes tuées dans la synagogue qui étaient pères de 25 enfants à eux cinq.

Le lendemain de l’attentat, BFM TV écrivait sur son bandeau en bas de l’écran le message ci-dessous sur la photographie.

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Cette asymétrie dans les médias entre les victimes et les bourreaux pose un problème majeur, car elle renverse nos valeurs morales. Nous nous perdons, nous ne savons plus où se situe le bien du mal.

La fascination pour le meurtrier, le « méchant héros », n’est pas nouvelle. Elle se retrouve dans la culturelle populaire et cinématographique, passée comme présente. Cet attrait s’est déplacé dans les médias où le « loup solitaire » (pas si seul, mais quand même tueur) est victimisé. Du reste, si ce n’est pas lui la victime, alors cela sera un des siens.

Au nom du culte du « Palestinien-victime », on légitime ces titres médiatiques, l’antisionisme aidant. Le retour d’un antisémitisme – patent ou latent – donne peut être une explication à ce renversement victimes/bourreaux ? Toutefois au-delà du conflit israélo-palestinien, au-delà d’un fait juif, il me semble qu’il traduit une grave perte du sens commun.

Dans un article nommé « Consentir », Patrice Loraux cherche à comprendre la légitimité accordée aux négationnistes dans l’espace public : « Un malaise a été introduit dans la sensibilité commune ».
P. Loraux l’explique : il nous faut « consentir à ce que les négationnistes puissent impressionner, comme ils l’escomptent bien ».

Néanmoins, montrer que le but essentiel des négationnistes est « de perturber en nous, communauté, le moment pertinent du consentir », est un combat indispensable qui nous permet de retrouver nos valeurs.

Le malaise négationniste est présent ici à l’identique avec ce renversement de rôle : nous, téléspectateurs mondiaux, nous ne pouvons que le subir. Le dommage est fait, les excuses ou les corrections arriveront trop tard.

Les vraies victimes ont été bafouées. Toutefois, le combat difficile pour rétablir les responsabilités de chacun est nécessaire, car il en va du bien-vivre-ensemble, et seul ce ressenti en commun permettra de retirer toute manipulation.

à propos de l'auteur
Dr. Stéphanie Courouble Share est historienne et spécialiste du négationnisme de la Shoah. Elle a été chercheuse postdoctorale à l'Institut d’histoire du temps présent/CNRS (Paris, France), puis chercheuse associée à l'Arnold and Leona Finkler Institute of Holocaust Research de l'Université Bar-Ilan et, par la suite, à l'Institut Stephen Roth for the Study of Contemporary Antisemitism and Racism de l'Université de Tel-Aviv. Elle est actuellement Research Fellow à l'Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy (ISGAP, New York), au London Centre for the Study of Contemporary Antisemitism (LCSCA, Londres) et au Comper Interdisciplinary Center for the Study of Antisemitism and Racism de l'Université de Haïfa. Spécialiste du négationnisme, elle a publié de nombreux articles sur le sujet dans des médias internationaux et sur son blog. Elle intervient régulièrement à l’École internationale pour l’enseignement de la Shoah à Yad Vashem et est consultante pour diverses organisations internationales sur cette thématique. Elle est l’autrice de deux ouvrages en français : Les idées fausses ne meurent jamais, Le négationnisme, histoire d’un réseau international (2021) et Le négationnisme. Histoire, concepts et enjeux internationaux (2023).
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