Affligeant, réellement. Difficile de dire ce qui est le plus affligeant, d’ailleurs, dans ce vaudeville, tant où qu’on tourne les yeux, on a envie de pleurer de tant de bêtise, de veulerie et d’égocentrisme au détriment de l’avenir du pays.

Avigdor Lieberman est donc resté inflexible jusqu’au bout sur ses exigences concernant la loi d’incorporation des H’aredim dans Tsahal. Des H’aredim pour qui cette loi est une ligne rouge, et sur laquelle ils n’ont rien cédé non plus, ou presque. Critique, cruciale, cette loi ? Même pas, c’est tout l’inverse, d’ailleurs. C’est une bête histoire de populisme et d’égo électoral.

D’un côté, ça permet à Lieberman de faire la nique à Netanyahou, et de l’autre, ça lui permet d’endosser le costume du « laïc qui ne vend pas ses principes aux religieux » et de se faire un tremplin pour les élections qu’il a lui-même largement contribué à provoquer. Oui, parce qu’il faut rappeler que les H’aredim à l’armée, ce n’est qu’un slogan électoral démagogique, rien de plus. Leurs rabbins refusent le principe de la coercition (même si de plus en plus de jeunes H’aredim rejoignent les rangs de Tsahal depuis une quinzaine d’années), l’armée elle-même voit l’hypothèse d’un très mauvais oeil, bref, inutile, et très coûteux (et pas seulement financièrement).

Benyamin Netanyahou ne fut pas en reste. Certes coincé entre des H’aredim furieux et un Lieberman obstiné, on a pu assister à un myriade d’acrobaties politiques, certaines totalement surréalistes, dans le seul et unique but de sauver une coalition qui s’annonçait bancale dès le départ, en tentant de pousser des députés de l’opposition à faire défection, voire carrément en proposant au Parti Travailliste déjà moribond, de se suicider purement et simplement en rejoignant la coalition contre rétribution ministérielle et soutien pour l’élection présidentielle.

Tout ça, non pas dans le but de constituer un gouvernement dont la priorité serait de prendre à bras le corps les dossiers brûlants auxquels Israël doit faire face, mais avant tout et surtout pour s’assurer un bouclier juridique garantissant quelques années supplémentaires d’immunité.

Moshé Kah’lon, en tenant des négociations pour son « retour au bercail » au Likoud, prouve qu’il n’a aucune plateforme politique, et qu’il ne fait rien d’autre que parasiter le processus en ajoutant un facteur supplémentaire dans l’équation. Tout ça sur la base d’une image « sociale » qu’il s’est constituée, d’abord grâce à Moshé Feiglin qui lui a permis de passer les primaires du Likoud de 2008, et surtout grâce à Netayahou et sa loi dynamitant le prix des opérateurs téléphoniques.

La « Nouvelle Droite », du coup, a déjà annoncé qu’elle referait campagne. Ok, mais avec qui ? Ayelet Shaked, après avoir quitté Bayit Yehoudi, est maintenant pressentie pour rejoindre les rangs du Likoud (ce qui en dit long, là aussi, sur ses convictions idéologiques). A voir, mais pour eux, comme pour Feiglin, ces nouvelles élections ultra anticipées sonnent comme une deuxième chance.

Dans l’opposition, ce n’est guère plus réjouissant. Yaïr Lapid a laissé entendre hier qu’il pourrait quitter Kah’ol Lavan, qu’il ne pouvait en tout cas garantir qu’il accepterait d’y rester numéro deux.

Avi Gabbay a refusé la proposition de Netanyahou, et a sauvé son parti du naufrage définitif, mais sa situation n’est pas brillante pour autant. Les premiers sondages sortis ces deux derniers jours alors que la perspective de nouvelles élections devenait de plus en plus plausible, montrent qu’au centre-gauche, le rapport ne force ne bouge pas (pour l’instant en tout cas).

Donc, voilà où on en est. On prend les mêmes et on recommence. Et à aucun moment on ne parle de fond, à aucun moment on ne parle des sujets essentiels.

On va retourner aux urnes le 17 Septembre, ça va coûter au contribuable israélien pas loin d’un demi-milliard de shekels, pour avoir probablement au final une configuration similaire, sans aucune garantie que cette fois, on ait une coalition stable pour diriger le pays. J’ai dit « stable », je ne dis même pas « responsable », là ça tient du fantasme.