Samedi soir, c’éait la nuit de Chavouot, la fête des Semaines. Pour les pratiquants parmi nous, le point culminant est l’étude de la Torah tout au long de la nuit, ou dans mon cas, l’étude de la Kabbale. Le lendemain, nous mangeons des blintzes et du gâteau au fromage, et la fête se résume à peu près à cela.

Mais est-ce là toute la signification de Chavouot ? Il est bon de savoir Comment faire les blintzes parfaits, mais si l’on considère cela comme l’apogée de la célébration, alors nous ratons le sens réel du don de la Torah et comment elle peut nous aider ici et maintenant.

La Torah, loi de l’unité

La Torah a été donnée au pied du mont Sinaï, du mot sin’a [haine]. Cependant, elle a été donnée seulement après que nos ancêtres, hommes et femmes, aient transcendé leur haine, se soient unis et se soient tenus au pied de la montagne « comme un seul homme dans un seul cœur ». Cet événement a donné naissance à notre nation.

Nos Sages nous disent que depuis lors, nous avons été obligés de recevoir la Torah chaque jour en utilisant avec exactitude la même méthode pour transcender notre ego. Le roi Salomon a formulé de façon très précise et succincte ce principe quand il a écrit (Proverbes 10:12), « La haine fomente les conflits, mais l’amour couvre tous les crimes ».

Il y a une bonne raison pour laquelle l’unité, en particulier au-dessus des conflits, est si essentielle à notre nation. Nous sommes tous nés égoïstes, égoïstes dans l’âme. Et si nous l’oublions, la Torah nous rappelle que « le penchant du cœur d’un homme est mauvais dès sa jeunesse » (Genèse 8:21). Mais ce n’est que chez l’homme que le cœur est mauvais. Le reste de la nature suit son cours en douceur et en toute quiétude dans une harmonie parfaite.

De toute l’histoire, seul Abraham avait trouvé un moyen d’équilibrer notre égoïsme avec la bonté et la miséricorde. Ses descendants ont développé son legs en une méthode appropriée pour les masses, et ceux qui l’ont pratiquée sont devenus « le peuple d’Israël ». Alors que le reste du monde est resté en mode de « survie du plus fort », les anciens Hébreux ont construit une société qui était juste, morale, miséricordieuse, et où chaque membre prospérait en contribuant au bien commun. La Torah qu’ils avaient reçue au pied du mont Sin’a est la force de surmonter l’ego par l’unité et de construire une société équilibrée, où le mauvais penchant ne règne pas.

De l’altruisme au narcissisme

Jusqu’à ce jour, l’ancienne société des Hébreux sert encore de modèle de justice et d’humanisme. Même le dévot antisémite, Henry Ford, l’a souligné quand il voulait dénoncer le comportement des juifs contemporains. Dans sa composition infâme, intitulée « Le juif international, problème primordial du monde », il a partagé des observations très surprenantes sur les juifs. Dans un de ses articles, Ford a déclaré : « Les réformateurs modernes, qui construisent des modèles de systèmes sociaux sur papier, feraient bien de se pencher sur le système social autour duquel les premiers juifs se sont organisés. »

Mais lorsque nous avons cédé à la haine sans fondement, nous avons également remis la terre d’Israël aux nations qui exaltaient des valeurs que nous avons maintenant adoptées. Peu à peu, le vrai sens de la Torah a été presque oublié et elle est devenue ce que la plupart d’entre nous considèrent comme un livre, et une liste d’obligations à remplir ou d’actes défendus. Pnimiout HaTorah [l’intériorité de la Torah], son pouvoir de nous élever au-dessus de la haine, de nous unir, et de créer ainsi une société solide, a pratiquement disparu chez notre peuple. Nous sommes devenus absorbés par l’hédonisme, le narcissisme, et le pire, dans la séparation les uns des autres. La Torah peut nous avoir été donnée, mais nous avons oublié comment la recevoir, et ce à quoi elle sert !

Nulle lumière pour les nations

Les nations qui ont repris notre terre, ont également pris nos cœurs. Au lieu d’aspirer à être « une lumière pour les nations », une lueur d’espoir contre l’égoïsme, nous avons adopté les valeurs des Romains et laissé l’égocentrisme et l’individualisme prendre le dessus. Nous avons pensé que par le biais de la démocratie et du libéralisme, nous serions en mesure de contenir l’ego humain, mais l’injustice croissante et les inégalités dans nos sociétés indiquent que nous avons besoin d’un remède plus puissant qu’un nouveau président ou Premier ministre.

Le monde nous reproche ses malheurs non pas parce que nous faisons du mal intentionnellement. Il nous blâme parce que nous ne faisons pas ce que nous sommes censés faire, à savoir rétablir la méthode d’unité au-dessus de l’égoïsme.

Il est vrai que pour deux juifs, on peut compter trois opinions, mais il est également vrai que la diversité renforce plutôt qu’affaiblit, pourvu que chacun contribue sa perception personnelle au bien commun. Nos ancêtres attachaient tellement de valeur à l’unité qu’ils en ont fait le principe fondamental du judaïsme.

« Aime ton prochain comme toi-même » est devenue la loi inclusive de toutes les autres pour notre peuple, et tant que nous avons pu la maintenir, ne fusse qu’un tout petit peu, nous avons pu maintenir notre statut de nation. Et lorsque nous avons succombé à l’hellénisme, nous sommes devenus des Hellénistes.

Comme tels, le monde n’a que faire de nous. Il a seulement besoin que nous sachions ce que signifie réellement recevoir la Torah et que notre conduite en soit le reflet. Ce n’est que si nous surmontons notre discorde égoïste, non pas en la supprimant, mais en nous élevant au-dessus de nos différences et en les utilisant comme un levier pour une plus grande unité, que nous mériterons alors le titre de « peuple d’Israël », et que le monde saura le pourquoi de notre existence.

Jusqu’à ce que nous agissions de la sorte, le monde continuera de nous blâmer pour chaque guerre et conflit, parce que sans méthode de connexion, le résultat inévitable sera la guerre. Quand le professeur d’études coraniques, Imad Hamato, déclare : « Les juifs sont même responsables des batailles des poissons dans la mer », ce n’est pas seulement de la propagande. Lorsqu’un Mel Gibson ivre lance à un officier de police : « Les juifs sont responsables de toutes les guerres du monde », il le pense vraiment.

Nous ne devons pas nous trouver d’excuses et penser que les antisémites sont des gens sans éducation. Tout au long de l’Histoire, quelques-uns des personnages les plus éduqués étaient néanmoins des antisémites zélés qui nous rendaient responsables de tout ce qui allait mal dans le monde.

Recevoir la Torah

Pour célébrer pleinement la fête de Chavouot, nous ne devons pas célébrer seulement le don de la Torah. Nous devons embrasser son message le plus profond : celui de l’unité au-delà de nos différences. Alors seulement la Torah sera ce que son nom signifie : la lumière, la lumière de l’unité.

Tout le monde a besoin d’unité. Mais nous sommes les seuls, si nous le choisissons, qui puissions la susciter parmi nous afin de la transmettre aux autres. À Chavouot, les laitages que nous consommons sont le symbole de la miséricorde. Si nous cultivons cette qualité entre nous et rétablissons notre principe d’aimer notre prochain comme nous-mêmes, pour le partager avec le monde, nous serons comblés par les faveurs des nations, car elles bénéficieront de notre travail.

Méditons sur ces messages alors que nous nous rassemblons en cette fête de Chavouot, et puissions-nous la célébrer comme une nation unie.