Ceux qui croyaient qu’Israël se distinguait des autres pays du monde, sont à présent convaincus que l’État juif est entré dans l’ère normative avec ses génies, ses voleurs, ses héros, ses gangsters, ses mafieux, ses assassins et ses pervers sexuels.

Plus rien ne distingue l’État exceptionnel, conçu dans l’esprit de Théodore Herzl, de n’importe quel autre État.

Le créateur du pays, David Ben Gourion, doit se retourner dans sa tombe devant les évènements néfastes qui se renouvellent de mois en mois et qui ternissent l’image de marque d’Israël.

Son personnage austère et sa réputation d’ascète le feraient paraitre aujourd’hui comme un extra-terrestre débarqué d’une planète inconnue, dans un monde perverti par le vice.

Les temps ont changé et l’avidité des hommes a pris le dessus sur les idées, le don de soi, les dogmes et la probité.

Accusation en série

La mise en accusation de hauts personnages de l’État, de ministres, d’avocats de renom, de maires et de soldats de Tsahal, en indélicatesse avec la justice, sonne comme un signal que le pays s’éloigne de ses concepts fondateurs.

Les commentateurs étrangers s’en donnent à cœur joie et, quand les prévenus sont poursuivis pour des malversations financières, certains n’hésitent pas à rappeler les rapports conflictuels des Juifs avec l’argent, l’affaire Bernard Madoff étant citée en exemple.

Des scandales à répétition ont tendance à généraliser le concept d’hommes politiques ou de dirigeants «tous pourris» et justifient le désintérêt des Israéliens pour les affaires de l’État.

D’ailleurs l’élite du pays ne s’y est pas trompée puisqu’elle déserte les cabinets ministériels au profit des hauts postes privés plus rémunérateurs, à l’abri des fluctuations électorales.

La multiplication d’affaires, qui sentent le souffre financier, donne à l’opinion israélienne l’impression néfaste que l’engagement politique reste le moyen le plus rapide pour s’enrichir à bon compte.

L’ancien ministre des finances Avraham Hirshon, qui a piqué dans la caisse de l’organisation qu’il dirigeait, vient de sortir de prison après quatre années d’enfermement.

L’ancien ministre de la santé et des affaires sociales, le rabbin Shlomo Benizri a été condamné lui-aussi à quatre ans de prison ferme après avoir été reconnu coupable de pots de vins et de transfert d’argent public sur son propre compte.

L’ancien président de l’État, Moshé Katsav, purge sa peine de sept ans de prison comme tout citoyen ordinaire, après avoir été jugé coupable de «harcèlement sexuel ou actes indécents». La liste n’est pas close.

Suite à une accusation de faux témoignage, le Tribunal de Jérusalem avait décidé de frapper d’infamie le député Tzahi Hanegbi (Kadima). L’ancien ministre et député, président de la puissante commission de la Défense et des Affaires étrangères du Parlement israélien, avait été contraint à la démission de la Knesset.

Ancien premier ministre condamné

Le procès en corruption de l’ancien premier ministre Ehoud Olmert a alimenté un feuilleton pendant plusieurs mois. Il était poursuivi pour des libéralités du temps où il était maire de Jérusalem puis ministre du Commerce et de l’Industrie. Si les accusations concernant l’achat sous-payé de sa maison rue Crémieux ont été écartées, la justice lui avait imputé un système de doubles factures qui lui aurait permis d’être remboursé plusieurs fois pour le même voyage. Il a été blanchi pour cette accusation.

Mais l’ex-premier ministre a aussi été impliqué, du temps où il était maire de Jérusalem, dans le plus grand scandale de corruption depuis la création de l’État juif. Il est soupçonné, avec celui qui lui a succédé à la mairie, le rabbin Uri Lupolianski, d’avoir touché un million de dollars pour favoriser l’émergence d’un luxueux projet immobilier, Holyland, qui a dénaturé une partie de la capitale. Les sentences viennent de tomber. Sévères, elles révèlent l’importance des faits.

Le juge David Rosen vient de condamner Hillel Cherney, promoteur du projet à 3,5 ans de prison et une amende de deux millions de shekels (426.000 euros). Cherney a été reconnu coupable de 19 infractions de corruption. Avigdor Kelner, co-promoteur du projet a été reconnu coupable de corruption dans l’affaire et condamné à trois ans de prison et une amende d’un million de shekels (213 000 euros).

Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, un ancien premier ministre, Ehud Olmert a été condamné à six ans de prison pour son rôle dans cette affaire immobilière et pour avoir accepté un pot de vin de 160.000 dollars. Il va rejoindre en prison l’ancien président de l’État du temps de sa mandature. C’est un coup dur pour le monde politique qui subit de plein fouet des affaires à répétition.

Exemples d’en haut

Les exemples viennent d’en haut et pourrissent l’état d’esprit d’une jeunesse qui ne peut plus s’accrocher aux fondamentaux hérités du temps des personnages historiques qui ont fait l’État avec beaucoup d’esprit de sacrifice et d’ascétisme.

Même une institution vénérée comme Tsahal est ébranlée par ses mêmes enfants qui se sacrifient pour défendre les frontières menacées. Avec l’affaire Anat Kam, des documents secrets sont passés entre les mains des journalistes. La limite étant à présent franchie, d’autres actions plus dramatiques, avec le profit comme intérêt, pourraient aider un jour ceux qui envisagent sérieusement d’éradiquer l’État juif.

Ces procès à répétition, qui sont désolants pour l’image de marque du pays mais qui ne sont pas étouffés par la puissance publique, prouvent la vitalité de la démocratie israélienne puisque des ministres et présidents défaillants sont punis au même titre que des citoyens ordinaires.

Ils démontrent la liberté d’action des enquêteurs de police et l’indépendance totale du pouvoir judiciaire vis-à-vis du pouvoir politique. Les hommes politiques ne bénéficient d’aucune protection par une loi de circonstance. De nombreuses démocraties devraient s’inspirer du système israélien.

Mais les turpitudes de certains dirigeants, qui perdent leurs repères, transforment l’État d’Israël en un pays semblable aux autres, en risquant de lui faire perdre l’auréole messianique de la terre du Peuple Élu. Plus dure sera la chute.