Depuis un certain temps maintenant, nous sommes le témoin en Israël de débats publics extrêmement houleux concernant des affaires judiciaires d’harcèlements sexuels, viols et autres douceurs humaines.

Récemment Ofek Boukris, un officier hautement gradé de Tsahal s’est retrouvé au banc des accusés. Malheureusement, il est le dernier en date d’une longue liste d’hommes dont les noms sont associés à des scandales sexuels ayant agité profondément la société Israélienne.

D’Isaac Mordehai à Moshe Katsav, de Moshe Ivgi à Silvan Shalom, de généraux aux artistes, de politiciens aux journalistes, de ministres aux sportifs, aucune frange de la société israélienne n’est épargnée par ce grand ménage de printemps. Les femmes israéliennes obtiennent justice et revanche mais paient également un prix personnel immense.

Durant toutes ces affaires, ces victimes avaient à leur disposition deux stratégies: la Cour de Justice et/ou la « Justice Sociale » sur les plate-formes sociales et médiatiques. La problématique de cette équation est que la cour de justice est fatale/injuste pour la victime tandis que la justice sociale est fatale/injuste pour l’accusé.

Le prix payé par les victimes lors de procédures judiciaires est inhumain et insupportable. Il est cruel et brutal. Cette procédure liquide leur avenir professionnel et laisse des cicatrices que même une très longue thérapie ne peut soulager. Et cela sans compter les cicatrices que laissent le harcèlement sexuel ou le viol lui-même. La cour demande à ces femmes de décrire et de reconstituer l’acte en lui-même, de le mimer devant témoin lors de contre-interrogatoires ou l’avocat de l’accusé se fait une joie de les traiter de menteuses, de femelles manipulatrices (pour rester polie). Leur vie sexuelle est scrutée et le nom de ces femmes devient synonyme de promiscuité sexuelle, de petite vertu (toujours pour rester polie). Leur nom même si protégé par la censure est trainé dans la boue et est connu de tous.

En parallèle, des hommes comme Moshe Ivgi ou Silvan Shalom ont vu leurs droits de se défendre tout simplement retirer. Les victimes dans ces cas ont utilisé les plate-formes sociales et la presse. Pour la plupart elles ont tout simplement refusé de porter plainte lorsque la police s’est adressée à elles en les suppliants de se déclarer.

Face à des hommes extrêmement puissants, elles se sont tout simplement adressées à des journalistes ou ont fait passer l’information sur Facebook, Twitter etc. Moshe Ivgi a démissionné de la pièce de théâtre dans laquelle il jouait et a annulé tous ses engagements futurs. Silvan Shalom a tout simplement démissionné de son poste de ministre.

Je veux préciser que lorsque j’utilise les termes, « leur droit de se défendre leur a été tout simplement retiré », je ne les défends en rien. Dans ces deux cas, de nombreuses femmes ont témoigné de comportements absolument ignobles et de l’utilisation par ces hommes de leur statut professionnel, de force physique et psychologique pour obtenir ce qu’ils désiraient.

Ce sujet est violent, émotionnel et terrible. Il détruit, casse et laisse des cicatrices sur plusieurs générations. Mais essayons pour quelques minutes seulement de prendre de l’altitude, de nous élever. Ces batailles rangées, ces guerres des tranchées dont nous sommes témoins aujourd’hui sont avant tout l’expression de l’affrontement face à un paradigme social : toute femme était-elle une proie légitime si elle est suffisamment proche pour être empoignée? Choquant, non? Et pourtant c’est exactement le paradigme auquel  les femmes israéliennes à l’heure actuelle ont décidé de tordre le cou.

Changer un paradigme social est certainement l’une des procédures humaines les plus lentes et complexes que les êtres humains se coltinent. On s’y salit les mains, on y perd son âme pour certains ou on la gagne pour d’autres. Le prix a payé est immense. Les cicatrices de ces batailles (entre hommes et femmes dans ce cas) restent présentes en nous sur plusieurs générations. Mais existe-t-il une meilleure manière de procéder? Est-ce que la honte et la mise au banc de la société est la bonne solution pour atteindre ce changement?

Malheureusement la situation actuelle dans les tribunaux ne laisse pas beaucoup de choix aux victimes.

Tant que ce type de crimes ne sera pas jugé par des juges spécialisés, l’utilisation de la justice sociale restera de bonne guerre. Tant que les victimes devront payer un prix immense tout au long de ces procédures, la justice médiatique restera un moyen légitime d’obtenir justice. Tant que les droits des accusés durant les contre-interrogatoires resteront plus importants que l’avenir et la santé mentale de la victime, l’utilisation des plate-formes sociales restera une solution pour les victimes de crimes sexuels.

Et les hommes continueront de payer le prix fort. Coupable ou pas ne sera même pas la question posée dans les médias.

Les questions que j’adresse donc aujourd’hui à nos politiciens et essentiellement à notre ministre de la Justice, Ayelet Shaked sont les suivantes: combien de vies de femmes voulez-vous détruire avant d’agir? Combien de familles désirez-vous écraser? Combien de carrières voudriez-vous liquider avant de trancher? Combien d’enfants désirez-vous fracasser avant de changer les lois permettant une procédure humaine et décente tant pour la victime que pour l’accusé?

La cour de justice est supposée être le terrain de prédilection du changement de paradigme social. Mais seulement une justice humaine, soucieuse et sensible au bien-être des victimes pourra acquérir la confiance des victimes ce qui évitera ces scandales en place de Grève dont nous sommes les témoins. Et tant que détruire une victime de crimes sexuels restera légitime durant un processus juridique, les médias resteront un moyen légitime d’obtenir justice.