Il aurait été loisible de négocier avec Poutine, dès l’incident en 2007 avec les USA concernant l’installation, en Pologne, d’un « dôme de fer », et, en Tchéquie, d’un radar ultra performant, en lui expliquant qu’il ne s’agissait que d’une modernisation de leur défense toujours liée à une appréhension légitime issue de leur passé proche où ils firent face à l’expansionnisme soviétique. Or, au lieu de cela, Obama se mit à mentir à Poutine en parlant de…menace iranienne. Ce qui fit rire Poutine puis ricaner, sonnant le glas des négociations visant à réduire le stock d’armement nucléaire.

Certes, l’Europe n’a pas de défense autonome et donc dépend de l’OTAN donc des USA principalement, suite au refus français de créer dans les années 50 une défense commune sans union politique préalable (position partagée par De Gaulle et Aron comme le rappelle Baverez dans son livre sur ce dernier). Était-ce d’ailleurs prémonitoire au vu de l’état actuel de l’UE ?… Pas sûr parce qu’il n’était déjà pas dit que la politique des petits pas qui a permis tout de même de construire peu à peu les Trente Glorieuses au sein de ce qui devint l’U.E avait en germe sa dérive technocratique actuelle. Au contraire même, une défense autonome aurait peut-être incité les Européens à mieux harmoniser leur politique étrangère puis, à partir de là, budgétaire, du moins concernant déjà la défense.

Observons en fait que c’est bien plutôt parce que l’Europe communautaire a adopté depuis la fin des années 60 et surtout les années 90 (avec Maastricht) une politique relativiste et technocratique considérant que l’Europe doit seulement être réduite à un marché ouvert à tous les vents (les immigrés considérés par exemple uniquement comme des bras et des ventres et non pas des cerveaux désireux de vivre dans leur culture politique d’origine) qu’il existe des tensions à la fois au sein de l’Europe et à l’extérieur, en particulier avec la Russie.

En fait Obama est le symbole de cette dérive post moderne relativiste et technocratique ne voyant le monde que sur l’écran des statistiques (alors que celles-ci peuvent se tromper car elles ne prévoient pas le grain de sable qui fait dérailler la Machine). Cette dérive n’est en effet pas seulement européenne mais mondiale et elle provient du choc des années 60-68 croyant qu’il faut en finir avec l’universalité éthique (après celle de l’esthétique dans les années 30) au moment même pourtant où l’on prône l’universalité des droits politiques et sociaux, ce qui est évidemment contradictoire comme on l’a vu avec le communisme et comme on le voit encore dans la confrontation actuelle avec l’islam wahhabite.

En d’autres termes et pour en revenir à la confrontation Obama/Poutine, si leur conflit a donc bien débuté avec l’extension de l’OTAN, il s’est aggravé depuis le fiasco libyen et le niet concernant la Syrie avant d’exploser avec l’affaire de ladite « propagande homosexuelle devant mineurs » dénoncé par Poutine l’hiver 2014 et qui a mis le feu aux poudres entre eux avec l’Ukraine comme prétexte et bouc émissaire. Car, concernant cette dernière, il aurait été également possible d’expliquer à Poutine qu’une Ukraine fédérale prospère pourrait être un plus pour le marché et la culture russes.

Sauf qu’en voulant à tout prix faire plier Poutine sur la question des moeurs Obama a montré par là qu’il menait également et peut-être surtout une guerre spirituelle, guerre pourtant qu’il refuse de mener avec ‘islam wahhabite…sauf quand celui-ci se diffracte en courants refusant les équilibres existants comme c’est le cas avec ledit  » État islamique » mais ce Obama l’effectue toujours au nom d’un islam imaginaire dont il serait en définitive le garant ; comme il effectue la guerre contre Poutine au nom du réalisme caché post soviétique via l’extension de l’OTAN, et aujourd’hui au nom d’une morale relativiste prenant pour argent comptant le fait que l’homosexualité serait un choix de vie au lieu d’être seulement une tendance innée par ailleurs très minoritaire (environ 4% de la population).

C’est d’ailleurs cette attaque relativiste voire nihiliste sur les moeurs (avec la conception queer -LGBTIQ- du « genre ») qui alimente autant les conversions à l’islam radical que son expansion intégrant d’ailleurs des cohortes venant pourtant d’un Occident féru de « vrai » (true) islam concocté par les docteurs es-islam tel…Obama.

Dans un tel contexte géopolitique et idéologique on peut comprendre pourquoi le conflit Obama/Poutine ne peut que continuer voire s’aggraver. Surtout si l’UE continue à rester un nain politique.

Il est temps que la France tape du poing sur la table, que ce soit à Bruxelles à l’OTAN à l’ONU. Mais le peut-elle ?…. (C’est là tout l’enjeu de mon dernier opuscule, Intérêt général et Bien commun, pour une théorie rénovée de l’action publique).