Hier soir, c’étair Lag Baomer, le 33ème jour de l’Omer, jour de réjouissance en l’honneur de la hilloula (célébration du jour du décès) de Rabbi Shimon bar Yohaï auquel la tradition attribue l’écriture du Zohar, élément majeur de la Kabbale.

Dans le temps, à Tunis, nous décorions l’appartement de guirlandes multicolores, d’un arc entouré de fleurs et de lanternes vénitiennes.

Le soir, nous nous rendions ainsi que tous les voisins, à la synagogue pour y déposer un candélabre fleuri, toutes bougies allumées, en chantant en judéo-arabe: « Ô Rebbi Chim’on, Ô fils de YohaÏ, quand nous reviendras-tu et mettras-tu fin à notre exil ?»

C’était ensuite la séouda avec fruits secs, gâteaux au miel et l’inévitable verre de boukha, notre alcool de figues. Les hommes chantaient des pioutims, les femmes lançaient des you-you stridents.

C’était la fête.

Aujourd’hui dans cette Tunisie pratiquement vidée de ses Juifs, le seul souvenir qui subsiste de cette période heureuse est le pèlerinage qui se déroule à cette date à la synagogue de la Ghriba à Djerba.

Malgré les vicissitudes du temps et de l’histoire, il faut reconnaitre que les autorités tunisiennes ont toujours tout fait pour maintenir dans les meilleures conditions cette manifestation qui ramenait chaque année des milliers de pèlerins de tous les coins du monde, y compris d’Israël.

Israël a déconseillé cette année à ses administrés de s’y rendre en invoquant les risques élevés d’attentats anti-israéliens ou anti-juifs. Les Tunisiens s’élèvent contre cette recommandation qui contrarie leurs efforts pour ranimer le tourisme dans le pays et affirment que des mesures de sécurité exceptionnelles ont été prises pour que le pèlerinage se passe sans dommages.

Il n’y a aucune raison d’en douter, mais… !

Faut-il rappeler quand même que l’attentat contre la synagogue de la Ghriba, en avril 2002 attribué à Al-Qaïda, qui avait fait 19 morts, ainsi que celui plus récent du Bardo, la persistance dans le pays d’éléments armés djihadistes peuvent inciter les Israéliens à la prudence.

L’importance même des moyens mis en œuvre par le gouvernement tunisien pour protéger le pèlerinage prouve bien que la menace terroriste n’est pas une vue de l’esprit
D’autant que l’on ne peut nier l’existence d’un fort courant antisioniste en Tunisie, et que l’on ne peut oublier qu’il y a quelques mois des passagers israéliens d’un bateau de croisière se sont vus interdire de débarquer à l’escale de Tunis.

Il y a quelques années, j’avais pu constater par moi-même, la présence à Tunis dans le même hôtel que moi d’un groupe important de touristes israéliens, la plupart d’ailleurs d’origine tunisienne, qui voyageaient tranquillement dans tout le pays sans aucun problème. Aujourd’hui l’ambiance n’est plus la même.

Peut-être faudrait-il que la jeune démocratie tunisienne révise un peu sa position vis à vis d’Israël et du Sionisme dans l’intérêt de tous.