Obama & Iran

Les dernières décisions diplomatiques du président des Etats-unis d’Amérique (USA) relatives à Cuba et à l’Iran posent une série de questions.

Cuba

S’agissant de Cuba, le rétablissement de relations diplomatiques, économiques, financières et commerciales ne comportent aucune condition relative à l’établissement de la démocratie sur l’île et consacre la fin de l’isolement cubain.

Cuba restera une dictature libérée de son seul isolement géopolitique.

Iran

S’agissant de l’Iran, la signature des accords nucléaires conduits sous l’autorité du président Obama reprend peu ou prou les mêmes incidences diplomatiques que dans le dossier cubain.

De l’aveu même du président américain, le but des négociations avec l’Iran n’était pas de modifier la nature du régime iranien. Les appels aux meurtres contre les USA et Israël lancés depuis les manifestations organisées à Téhéran pendant les derniers jours de la négociation étaient là pour confirmer les propos d’Obama.

L’argumentaire présidentiel repose sur la volonté d’encadrer le développement nucléaire iranien afin de l’empêcher de développer un quelconque volet militaire. Compte tenu de la conception de la théocratie iranienne sur le sujet, les conditions de contrôle nucléaire sur l’Iran et l’expérience laissent cependant perplexes…

L’argumentaire iranien repose sur deux pans, un intérieur et un extérieur.

A l’intérieur, la volonté exprimée par l’armée, la doxa théocratique et l’Exécutif réclame publiquement et avec force media l’anéantissement de « l’ennemi sioniste », entendez Israël et la mise au pas des monarchies pétrolières avoisinantes, entendez l’Arabie Saoudite, Qatar, Bahrein et les Emirats arabes unis.

A l’extérieur, les diplomates iraniens tentent une application factice des principes de leur république islamique aux éléments de négociation. Le caractère incompatible de ces principes aux principes généraux du Droit international public et aux dispositions des Nations-Unies explique la longueur et la lenteur des négociations.

Parmi les autres parties à la négociation, la position de la France semblait, à l’opposé de la positon américaine, représenter la défense des intérêts des monarchies pétrolières sunnites sur ceux de l’Iran chiite. Les arguments présentés par Paris exprimaient la méfiance quant à la sincérité et le suivi des assurances présentées par Téhéran.

Aux alertes sécuritaires lancées à Obama par Israël et les monarchies pétrolières, la Maison Blanche répond par la nécessité d’encadrement du développement nucléaire civil iranien, le maintien de l’interdiction du développement nucléaire militaire, l’augmentation des « montants compensatoires » militaires alloués par Washington aux Etats de la région désignés à la vindicte iranienne.

Fin des mesures internationales de restrictions commerciales et financières, rupture de l’isolement général et international, maintien assumé de la nature constitutionnelle et belliciste du régime iranien : la satisfaction affichée par Téhéran à l’issue de ces difficiles négociations semble parfaitement justifiée.

Reste cependant à ces accords d’obtenir l’aval parlementaire du congrès américain. La défense des intérêts vitaux israéliens, des intérêts financiers des monarchies pétrolières et des Etats sunnites de la région annoncent à Washington une bataille parlementaire dont il serait prématuré d’en présager le résultat.

Les applications présidentielles américaines illustrent la suprématie des intérêts économiques et financiers sur les intérêts sécuritaires nationaux et internationaux.

Alors pourquoi ces modifications structurelles diplomatiques décidées par le président Obama en fin de mandat ? Quels intérêts les USA retirent-ils de ces accords ?

Les désaccords de l’administration avec les cabinets Netanyahu, le jeu de la carte chi’ite (Iran) contre la carte sunnite (Etats arabes sunnites), la nécessité de développement économique et financier américain sur le sol perse, la volonté du président américain de laisser une image précise de sa politique à l’issue de son deuxième et dernier mandat, la « leçon » qu’il administre à son parti démocrate qui a quelque peu bridé son action durant deux mandats, telles peuvent être certaines des raisons du comportement diplomatique qu’Obama a choisi en fin de parcours présidentiel…

Dans l’hypothèse de la validation par le congrès à Washington de l’accord discuté et sauf modification diplomatique improbable de l’Iran, des éléments certains assombrissent la situation sécuritaire du Moyen-Orient.

La difficulté de contrôle opérationnel et technique des développements nucléaires iraniens est déjà éprouvée.

L’augmentation du péril militaire régional classique se concentre dans l’antagonisme entre Téhéran et les Etats sunnites de la région.

Le renforcement des satellites iraniens aux frontières d’Israël (Hezbollah au Liban, Hamas à Gaza).

La fragilisation du Liban par la milice Hezbollah.

L’encouragement au terrorisme antisémite (Europe) , anti-chrétien (Syrie, Iraq, Liban) et anti-occidental.

En dépit des clauses de caducité que comporte l’accord en cas de violation par l’Iran des dispositions qu’il contient, nul doute que le Moyen-Orient et les relations internationales auront à connaître des modifications importantes.

Pierre Saba