Le peuple de France est touché dans sa chair, un symbole a été touché : la presse ! Des journalistes ont été tués, de manière ignoble !

Alors spontanément le peuple de France se mobilise, se rassemble par milliers, par centaines de milliers; les partis politiques et les corps constitués s’activent afin de faire de ce Dimanche un rassemblement mémorable, peut-être le plus grand que notre pays ait connu.

Je tiens à le dire, je suis heureux, très heureux que spontanément la France se soit mobilisée, enfin, contre le crime odieux dont a été victime Charlie Hebdo et ces valeureux journalistes et dessinateurs avec qui, on ne partageait pas tout, mais avec qui on partageait l’essentiel, c’est-à-dire, notre soif de liberté et de démocratie.

Mais cette mobilisation, à laquelle j’adhère totalement et sans réserve, me laisse, tout de même, une tâche d’amertume dans mon cœur car quand on a tué des juifs et notamment des enfants juifs, nous n’avons pas constaté, loin de là, la même mobilisation. Cela pourrait se comprendre quand on connait la symbolique que représente une attaque mortifère contre un journal et des journalistes, mais peut-être qu’on aurait pu espérer 50%, 10%, voire même 1% de cette mobilisation spontanée lorsqu’il s’agissait de compatir avec les familles des enfants juifs assassinés, ou avec une de nos communautés nationales meurtrie dans sa chair, ou quand il s’agissait de crier sa révolte contre les émeutes antijuives de l’été dernier, nous ne l’avons pas eue !

Je ne veux nullement ternir l’image d’unité et l’unanimisme face à la barbarie dont a été victime Charlie Hebdo. Mais je ne pouvais pas, je n’avais pas le droit de laisser passer sous silence cette réflexion.

Je le devais, non seulement, à la communauté juive de France mais surtout à nos martyrs juifs que ce soit à Toulouse, à Bruxelles ou ailleurs en France.

L’assassinat de journalistes a, certes, une résonnance symbolique forte, très forte, mais l’assassinat du jeune Ilan Halimi avec une barbarie inouïe, ou celui d’enfants juifs pour la seule raison qu’ils étaient juifs, et de plus, dans le pays qui a osé rafler et déporter ses citoyens juifs pour le seul fait qu’ils étaient Juifs, n’était-ce pas là aussi une symbolique forte, peut-être encore plus forte ?

Dans la Bible, dans le livre de Samuel, Aga, Roi d’Amalec, s’exprimant face à sa mort imminente, et entendant ce déchirement suprême auquel nous sommes tous condamnés s’interroge: « Est-ce ainsi que la mort amère doit nous séparer ? ».

Dans le cas présent, nous devons , bien entendu, répondre NON ! Bien sûr que NON !

Car la mort n’est pas naturelle mais cruelle quand elle frappe la jeunesse alors qu’une longue vie se dessinait devant elle, elle est atroce et odieuse quand elle frappe par la main d’un bourreau, mais elle est encore plus odieuse quand ces bourreaux assassinent des personnes pour leur idéologie, leur croyance ou leur non-croyance.

Mais pour les Juifs de France, cette phrase a un sens encore plus lourd. En effet, elle a un sens très fort quand nous apprenons soudainement que la mort de citoyens juifs fait apparaître que leur mort les sépare du reste de la France, du reste de leurs concitoyens.

En effet, on ne peut que constater que la réaction du peuple français est différenciée face à la mort de victimes innocentes, elle différencie la mort d’un Juif, de la mort d’un non-juif !

Nous avions déjà constaté qu’elle différenciait la mort d’un enfant israélien de celle d’un enfant palestinien, mais aujourd’hui, nous avons la tristesse de constater qu’elle différencie la mort d’un citoyen français juif de celle d’un citoyen français non-juif !

Ainsi, il y a tout juste un mois, après une attaque antisémite ignoble, un rassemblement républicain a eu lieu à Créteil. A peine un millier de citoyens ! Le Premier Ministre s’interrogeait et s’étonnait du manque de mobilisation des Français. Il avait raison. Mais, comme je l’avais écrit récemment, cette indifférence citoyenne ne visait que nos frères Juifs. La situation aujourd’hui le démontre !

Nous ne pouvons pas, non plus, passer sous silence la réaction de la presse qui a été pendant des années l’incubateur de la violence qui pointe son nez aujourd’hui, en minimisant, voire en occultant ce qui se préparait sous nos yeux.

Jeudi, une jeune policière, Clarissa Jean-Philippe, 26 ans, a tristement perdu la vie en rencontrant Amedy Coulibaly qui allait faire œuvre de boucherie contre une Ecole juive à Montrouge. La vie de cette policière a sauvé celle de nombreux enfants, et personne ne connait son nom ! Car c’était bien une Ecole Juive qui était la cible à Montrouge ! Jamais au cours de ces longues heures répétitives de reportages la mémoire de cette policière n’a été évoquée ! Les véritables héros restent dans l’anonymat ! Les médias sont-ils incapables de s’indigner pour le meurtre de ceux qui ne font pas partie de leur corps ?

Que dire encore d’un Aymeric Caron qui vient justifier devant les téléspectateurs, avec des précautions oratoires peu audibles, l’assassinat d’un Ilan Halimi ? Mais, malheureusement, il n’est pas le seul !

Et que dire encore de ceux qui se mettent aujourd’hui en première ligne pour manifester : le Parti Communiste, les Verts, le N.P.A, le Front de Gauche,… Tous ceux qui ont manifesté sous le drapeau de la Barbarie Islamique, ou qui ont levé une barricade pour protéger les terroristes en tous genres, pire qui les ont décorés quand ils étaient en responsabilité et en possibilité de le faire.

Voilà donc que les incendiaires veulent devenir pompiers bénévoles ! Et, comble du comble, le corps des pompiers les accepterait en son sein et les embaucherait dans ses rangs ! Cela est absurde et immoral !

Et à la horde de ces indésirables, voilà que le Premier Ministre Turc, Ahmet Davutoğlu, se rajoute à la fête ! Incongru et honteux que ce gouvernement turc qui a condamné Charlie Hebdo, pourchasse les journalistes indépendants et attise l’antisémitisme vienne participer à ce rassemblement !

Que penser encore de la présence dans ce rassemblement des représentants des Frères Musulmans, l’U.O.I.F, qui a été placé dans la liste des groupes terroristes par les Etats du Golfe ! Et la présence du Hamas qui feint de se joindre aux condamnations des attaques contre Charlie Hebdo, peut-être afin de renforcer son soutien aux attaques qui ont touché les Juifs de France. Ils sont les représentants de ceux qui financent l’islamisme radical qui tue non seulement les chrétiens et les juifs mais surtout les musulmans modérés !

Que penser du silence face à ce qui s’est passé jeudi et vendredi, dans les écoles et les lycées de Seine-Saint-Denis ? Le journal « Le Monde » rapporte ce qui s’est passé au Lycée Paul-Eluard de Saint-Denis et d’autres établissements et qui est inadmissible: le refus de la minute de silence et du soutien à Charlie Hebdo !

Que penser de la fête qui a été organisée dans différentes villes d’Algérie et d’ailleurs, à l’annonce de l’attaque contre Charlie Hebdo ?

Voilà toutes les questions auxquelles nous attendons des réponses concrètes avant de festoyer sur l’Unité Nationale !

En lieu et place de s’interroger sur la place du Front National dans le cortège de Dimanche, c’est à la place de ces commanditaires des assassins au sein de la République que l’on devrait se préoccuper !!!

A moins que, tristement, le rassemblement de ce Dimanche ne soit plus un rassemblement contre le terrorisme et la barbarie de l’islamisme radical mais qu’il ne se transforme en un rassemblement, inutile et illusoire, pour un « Vivre Ensemble », insipide et anesthésiant, qui ne serait alors qu’un étouffement supplémentaire du sursaut face au vrai danger qui menace la France. Il ne deviendrait alors qu’un nième slogan incantatoire à un fantasme illusoire !

Oui, pour toutes ces raisons, une tâche d’amertume fait saigner mon cœur !

Cependant, dans un infinitésimal espoir, j’appelle tous nos concitoyens à venir manifester Dimanche avec deux badges: « Je suis Charlie » et « Je suis Juif » !

Naguère, dans un contexte nettement moins dramatique, les français défilaient en criant nous sommes tous des juifs allemands !

Nous osons espérer qu’aujourd’hui nous puissions entendre dans les bruissements de nos villes et de nos villages, cette phrase qui réchaufferait le cœur d’une communauté meurtrie et désespérée par l’indifférence citoyenne: «Nous sommes tous des Juifs français ».