Ce que nous avons vu hier, comme le samedi précédent, nous révolte et nous inquiète, nous Juifs de France.

Hier comme avant, dans une manifestation théoriquement interdite comme dans celles autorisées d’ailleurs, ces mêmes mots porteurs de haine ont retentit dans le cœur de la capitale : « Mort aux Juifs ».

Je dis « nous Juifs de France » car cela semble être uniquement notre affaire et notre émotion. Une manifestation peut être interdite par le ministre de l’Intérieur, ceci étant confirmé par le Tribunal Administratif puis par le Conseil d’Etat et finalement se tenir sans que les slogans, les drapeaux du Jihad islamique, les croix gammées dessinées sur la statue de la Place de la République (tout un symbole), les prières publiques dans la rue, les femmes voilées, ne soient de nature à disperser, serait-ce par la force publique, un rassemblement illégal.

C’est la République que l’on bafoue et que l’on piétine mais cela, une fois encore, ne semble n’émouvoir que les Juifs.

Nous, tous les Shabbath au moment le plus solennel de l’office, nous prions pour la République, pour la concorde et la paix, tandis que eux, oui eux, prient sur la Place de la République sous l’étendard du Jihad, de la guerre sainte. Sous le regard impassible de 2000 policiers et gendarmes, 5 000 manifestants ont pu en toute illégalité durant plus de 3 heures vociférer.

Il y a t-il eu depuis le début de ces manifestations une seule interpellation et a fortiori garde à vue à l’encontre d’une personne qui a hurlé « mort aux Juifs » ? Aucune ! On peut en toute impunité aujourd’hui à Paris en appeler au meurtre des Juifs en se revendiquant du Jihad sans que la République ne protège ses enfants de ces agressions qui ne sont pour l’instant « que » verbales.

Il y a un décalage extraordinaire entre la parole publique et les actes. Comme beaucoup en étant présent dimanche dernier lors de la cérémonie du Vel d’Hiv j’ai été impressionné par les paroles fortes et la détermination du premier Ministre Manuel Valls. Hélas, la manifestation de mercredi et celle d’hier ont témoigné de l’impuissance des autorités françaises. La France perd de sa crédibilité en laissant se dérouler des rassemblements interdits. Le pouvoir n’est plus là où on le pense.

Je voudrais croire en un mouvement marginal qui ne représente pas l’Islam de France. Je voudrais aussi me laisser convaincre par l’espoir que représente une poignée de mains entre le Recteur de la Mosquée de Paris et le Président du Consistoire sur le perron de l’Elysée.

Non, en réalité le mal est profond et durable.

Qui écoute encore Dalil Boubakeur parmi les musulmans et combien de temps encore Joël Mergui pourra t-il contenir l’émotion de la communauté juive ?

L’Etat doit assurer sa fonction de faire régner l’ordre public au risque d’attiser plus encore les divisions.