Quand le lieutenant-colonel Dreyfus fut déshonoré et humilié sur la place publique avant d’être envoyé en quarantaine, cet affront est devenu aux yeux de Théodore Herzl, la goutte qui a fait déborder le vase empli de haine antisémite.

Il fallait d’urgence trouver une réponse à la question juive. L’établissement d’un foyer national devenait la solution privilégiée, la seule pouvant réellement offrir une réponse à la hauteur de cette répulsion anti-juive qui faisait rage sur le vieux continent.

Quand les pogroms russes faisaient des victimes juives par centaines, quand les soldats et les cosaques pénétraient les shtetels et décimaient aveuglément femmes, enfants et vieillards, le projet sioniste qui venait de naître s’avéra être une solution idéale, comme le salut rêvé et tant attendu par ces masses juives réprimées et écrasées dans cet empire russe en déclin.

Quand les nazis s’emparèrent du pouvoir (en étant élus démocratiquement par leurs pairs) les premières lois antisémites ne tardèrent à sévir.

Après les lois de Nuremberg, même les juifs allemands les plus assimilés, l’élite intellectuelle de cette société éclairée finirent par comprendre que leur place n’était plus dans le Reich. Alors encore impensable pour eux quelques mois plus tôt, la Palestine devint d’un coup une réelle option, un plan de secours, un refuge disponible qui répondait aux extrêmes conditions de l’urgence.

Quand après l’horreur des camps et la destruction de l’Europe, l’immigration clandestine vers la terre d’Israël sous mandat britannique était devenu un choix de survie, les juifs se bousculèrent par milliers sur des embarcations de fortune vers les plages de la terre promise.

Quand Israël devint enfin un pays indépendant des dizaines de milliers des juifs affluèrent brusquement, par amour du pays ou car expulsés des terre arabes. Israël était devenu une réalité, un projet concret qui permettait à tous les juifs opprimés d’obtenir ici une nationalité, des droits civiques.

Quand en 1967 Israël surprit le monde entier en écrasant la Syrie et l’Égypte en moins d’une semaine, la taille du pays venait de quadrupler. Des dizaines de milliers de juifs débarquèrent alors et une ère de rédemption planait dans les cieux, Israël était devenu l’endroit du monde où le juif était devenu fort, fier et sur de lui.

Depuis bientôt 120 ans, le projet sioniste d’Herzl et des ses descendants s’est imposé comme une réelle solution au problème de la question juive en Europe. Israël est aujourd’hui un foyer, une maison pour l’ensemble des juifs de ce monde.

Ces derniers temps, un vent de panique et d’incertitude souffle sur les communautés juives d’Europe.

Avant que cette bourrasque ne se transforme en tornade, souvenons nous que le siècle qui a précédé est rempli d’enseignements et de leçons inoubliables.

Pour avancer prudemment, il serait bon de regarder derrière nous pour ne pas céder à la tentation de la précipitation et du catastrophisme. Il existe aujourd’hui un pays pour nous les juifs, libre chacun de trouver fortune la ou bon lui semblera. Il y a cent ans de cela, ce choix n’existait pas et c’est la que réside toute la différence.

Vous dire que la situation aujourd’hui relève de l’urgence primordiale et que l’alyah est la seule issue possible, serait vous leurrer, au vu des événements décrits au début de ce billet vous comprendrez facilement que le contexte n’est pas semblable et que l’urgence n’est pas comparable à celle du siècle dernier.

Israël avant d’être un refuge, est une terre, un pays dans lequel chacun d’entre vous trouvera sa place à condition d’y venir par amour du pays et non par crainte de votre patrie d’adoption. L’alyah ne se fait pas à l’emporte pièce, elle doit être construite et réfléchie, pour mettre toutes les chances de votre côté et d’assurer ici votre avenir et votre sécurité.

Ce n’est plus le pays que vous viendrez ici construire mais bien votre propre destin qui ici, vous tend la main.