Mercredi 7 janvier 2015, un attentat a eu lieu à Paris.

Les auteurs de cette fusillade invoquaient les caricatures injurieuses publiées par Charlie Hebdo à l’encontre du Prophète Mohammed, qu’ils estimaient alors venger.

Nous ne saurons jamais si le Prophète aura été vengé, mais la République s’en est trouvée, elle, meurtrie. En tuant Charb, Cabu, Wolinski et tous les autres, les balles ont abattu les valeurs républicaines chères à la France que sont la laïcité et la liberté d’expression.

A cette annonce, l’effroi me saisit à la gorge, l’émotion me submergea, les larmes me montèrent aux yeux.

La colère, d’abord, monta en moi, je ne réalisai pas. Tuer autant de monde pour une caricature…

La tristesse, après, remplaça la colère, douze personnes étaient mortes, dont certaines d’entre elles avaient fait partie des plus grands dessinateurs satyriques français, douze familles étaient détruites et rien que l’on ne pût faire pour eux. Puis ma raison prit petit à petit le pas sur mes émotions. Les terroristes s’étaient attaqués aux fondements de notre pays.

L’arrivée au rassemblement, Place de la République, m’a brièvement consolé, la place étant tellement pleine qu’il m’a fallu plus de quarante-cinq minutes pour retrouver les autres membres de Saut Jeune.

La foule constituée de citoyens concernés et touchés m’a réconforté. La population choquée a su réagir spontanément, le jour même, malgré les appels à la vigilance et contre tout rassemblement.

Le but même d’un acte terroriste est en effet, au-delà de la violence meurtrière, de paralyser psychologiquement la population et ainsi, de nuire à la Nation et à l’État.

Dans ce cas précis, si les Français commençaient à avoir peur et sombraient dans l’amalgame entre musulmans et islamistes, la psychose et le racisme s’installeraient, gangrenant la population en radicalisant musulmans et non-musulmans. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, la victoire des terroristes serait totale.

C’est pourquoi, malgré le choc, il relève du devoir de combattre cette violence tout en continuant de vivre notre quotidien normalement et sans tomber dans les extrêmes.

En Israël par exemple, quelque soit la situation, après s’être recueillis et avoir fait le deuil des personnes décédées, les citoyens retournent à leur « vie de tous les jours ». Ce phénomène atteint son paroxysme à Tel Aviv, où l’on parle même de « bulle ».

En effet, cet été, lorsque des roquettes tombaient très régulièrement sur la ville, les habitants de la métropole méditerranéenne continuaient de se rendre à la plage ou au restaurant et, en boite, leur devise était « F*** les roquettes, nous on fait la fête ! ».

Cette habitude, même si elle peut paraître étonnante, leur permet, telle un bouclier, de ne pas sombrer dans la tristesse, la peur, la radicalisation, et de ne pas laisser leurs ennemis triompher.

Malgré ce début d’année tragique, Saut Jeune vous souhaite à tous une année où la solidarité et le militantisme seront au rendez-vous pour que, jamais, nous n’acceptions que la violence ait le dernier mot.

Séphora Myara, membre de Saut jeune