Nous les auteurs et les illustrateurs pour la jeunesse

Il y a une semaine précisément

Nos enfants

Nos petits-enfants

Et les millions d’autres enfants qui ne sont pas de notre chair et notre sang mais pour lesquels nous écrivons et dessinons

Se sont réveillés dans un monde en chaos.

Ils ont vu les visages sidérés de leurs aînés

Ils ont vu défiler en boucle les images ensanglantées

Ils ont entendu les larmes et les cris

Certains ont perdu des êtres chers

Qui un père

Qui une mère, une sœur, un frère, un ami, un voisin

On connaît tous quelqu’un qui connaissait quelqu’un…

Ils ont demandé à leurs parents épouvantés :

Qu’est-ce qui se passe, Papa ?

Pourquoi les méchants ne sont pas gentils, Maman ?

Est-ce qu’ils vont revenir Papie ?

Est-ce qu’ils vont nous tuer, nous aussi, Mamie ?

Et nous, impuissants, ne trouvant pas toujours les mots, pour tenter de les rassurer

Avec plus ou moins de succès.

Ils ont fait une minute de silence en se donnant la main

Ont déposé des fleurs

Ont allumé des bougies

Ils se sont vus brutalement dépouiller de leur innocence, de leur insouciance, de leurs jeux, de leurs rires

Ont appris des mots qui claquent

Qui à leur âge devraient être encore absents de leur vocabulaire :

Terrorisme, fanatisme, martyrs, daesh, kalach, otages, armes, mort…

Et ont vu les pires visages de la barbarie

Alors, nous, les auteurs jeunesse, qui aujourd’hui, demain, et dans les semaines à venir irons à leur rencontre

Nous à qui l’on offre la possibilité d’entrer dans leurs écoles, dans leurs classes

Et de nous adresser à eux en face à face

Plus que jamais nous aurons pour mission de leur offrir, la main sur le cœur, le meilleur de ce que nous savons faire, écrire, dessiner, créer.

Plus que jamais nous aurons à remplir notre mission qui est de les faire rêver, sourire, rire, battre des mains, inventer, réfléchir

Avec les plus grands, les adolescents, des beaux quartiers comme ceux des cités, nous aurons à dialoguer, échanger, débattre.

Et ce avec pour seule arme nos mots, crayons, stylos, papier, couleurs…

Il nous faudra sans doute ramer pour effacer les images de l’horreur, leurs larmes, leurs peurs

Mais nous, les auteurs et les illustrateurs

En ces jours de douleur profonde

Nous qui avons la chance d’exercer l’un des plus beaux métiers du monde

Nous nous refusons à ce que ces enfants apprennent autre chose qu’à aimer, rire, chanter, partager, fraterniser.

Et c’est en cela que la Littérature pour la jeunesse est si grande !

Yael Hassan