Le mois d’Eloul 5774 a commencé au 28 août dernier, les Sépharadim et Orientaux/Mizrahim commencent la lecture des « Selihot/סליחות  » ou prières de pardon.

Les Achkénazim attendent jusqu’à la sortie du chabbat qui précède l’an neuf 5775/תשע »ה . C’est justement cette semaine, à minuit, le 25/26 septembre !

Le pardon est l’âme du judaïsme.

Tout le monde connaît le Kippour ou Jour du Grand Pardon. Jeûne pendant 26 heures, abstinence sexuelle, pas de cuir, les hommes ne se rasent pas. On ne se lave pas. Dénuement. Pour parler judéo-français, c’est le jour (ou jamais) pour « faire teshouvah/לעשות תשובה ». En français courant, cela veut dire « se convertir, se tourner vers Dieu ».

Ce n’est pas toujours clair. Si ! Le Kippour, c’est sacré, c’est communautaire. Personne n’est jamais seul ce jour-là. Donc, du 21 septembre/26 Eloul au 3 octobre/9 Tichri 5775, la communauté juive dira les Selihot, les prières de pardon.

Les choses ne sont pas claires parce que « pardonner »… demander pardon…, c’est tendance mais pas très évident.

En yiddish, on dit « kayn tshive is akh a tshive/קיין תשובה איז אויך א תשובה = aucune réponse est déjà une réponse ». Il s’agit donc d’une « réponse », d’abord à Dieu que l’on ne voit pas mais avec Qui on peut dialoguer, puis à ceux qui sont les membres de notre famille, notre clan, notre ville ou village, kibboutz ou « rova’, quartier », pays…

Mais est-il question que de nous ou bien aussi de vous et surtout des « autres » ? L’anglais est cool car Kippour se dit : « Day of Atonement = Jour de l’at-One-ment ». La communauté fait corps et âme avec le Dieu Un.

Oui, mais tout cela c’est juif. Que viennent faire les chrétiens dans ce cycle ? Un petit exemple : il est normal de souhaiter « Chabbat shalom » le vendredi, sinon même dès le jeudi après-midi (c’est ça le plus israélien). Souvent, pas de réponse… est-ce quand même une réponse ? Le Chabbat n’est pas identitaire: il est local, biblique. Il est surtout mondial, au-delà des frontières. Il est terrestre et universel. Un jour peut-être – sans doute –  on le célébrera sur Mars, la Lune sinon bien plus loin. Mais là commence une autre question…

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Il y a des Chrétiens en Israël.

Treize Eglises officielles selon un ordre strict de reconnaissance acquis au temps de l’Empire ottoman, du mandat britannique, de l’époque jordanienne.

L’Etat d’Israël n’a rien changé. Il a confirmé cet ordre respectueux de l’histoire locale. Ce sont : le Patriarcat Grec-orthodoxe (de langue grecque et arabe, initialement aussi en araméen – mais aussi de toute langue), le Patriarcat Catholique Latin (rétabli e n1847; les Franciscains sont présents depuis le le 13ème siècle, la Custodie ou Garde de Terre Sainte date de 1342), le Patriarcat Arménien apostolique (première Eglise d’Etat en Arménie, en 301), l’Eglise Grecque Melkite (Orientaux très proche des Grecs-Orthodoxes, majoritairement de langue arabe), l’Eglise Maronite (originaires du Liban), l’Eglise Syrienne-orthodoxe (surtout d’expression araméenne et arabe), l’Eglise Syrienne-catholique, l’Eglise Copte orthodoxe (Egypte), l’Eglise Ethiopienne orthodoxe, l’Eglise Arménienne catholique, l’Eglise Assyro-Chaldéenne (peu nombreux en Israël, des réfugiés en Jordanie), l’Eglise Anglicane et l’Eglise Luthérienne (toutes deux réparties géographiquement sur un accord entre le Kaiser et sa cousine Victoria…).

Mais autant le dire tout de go, cette unité à Treize est largement complétée par la présence de toute sortes d’Eglises : tout le monde a voulu et veut être au lieu originel de la foi. Il y a les Russes, les Roumains, les Serbes orthodoxes qui reviennent en nombre.

Les Géorgiens ont créé leur Eglise à Jérusalem ainsi que leur alphabet avant la construction du Saint Sépulcre (325/326) qui s’appelle l’Anastasis/Lieu de la résurrection (en grec – en arabe Qiyama).

Il y a aussi toutes les formes de foi chrétienne qui ont pu apparaître à travers le monde au cours des siècles. Des mouvements protestants, des Evangélistes américains, plus connus en ce moment.

Il y a des Amish (venus en première visite organisée voici un an) qui parlent un dialecte suisse alémanique très proche du yiddish (cf. le film « Witness »).

En fait, avec les Messianiques (tendance protestante), il y a bien plus de 400 communautés rattachées au Christianisme d’une manière ou d’une autre.

Les Mormons se sont installés à Jérusalem avec l’accord de Teddy Kollek. La fête de Souccot va attirer beaucoup de chrétiens charismatiques de toutes les nations.

Cela donne un paysage très contrasté entre les temps anciens, des attitudes locales et la modernité. Je passe mon temps à expliquer en hébreu et en yiddish qu’il faut connaître ce monde de la foi chrétienne en la Résurrection ; il est historiquement présent non seulement dans les pierres, les monuments ; nul ne peut en effacer la mémoire, pas mêmes les Chrétiens eux-mêmes.

D’autant qu’il y a les « cousins ».

Car nous vivons aussi en terre d’Islam. Comme le prof. Mordechai Keidar le rappelle en arabe sur Al-Jazeera en duplex avec le Qatar, Jérusalem n’est pas mentionnée dans le Coran.

Seulement, le Prophète Mahomet s’est élevé aux cieux depuis la Kaaba de La Mecque et l’Ange Gabriel le porta sur « al- Burqa » (créature entre l’âne et la mule, grande et blanche) pour le porter jusqu’à Al Aqsa (la mosquée la plus lointaine) – donc à Jérusalem (Sourate 17, Al-Isra). D’où un lien éternel avec le mont du Temple.

Nous sommes donc le monde ! Et pourtant, ne serions-nous qu’en selfies ces temps-ci. « Je me tiens, tu me tiens par la selfie » et aussi beaucoup de photos. Il est temps de dépasser les clichés.

Et les Selihot, le Kippour dans tout ça ?

C’est le temps que nous vivons. Le Saint Sépulcre a été dédicacé le 13 septembre, donc le 27 du mois selon l’Eglise orthodoxe de Jérusalem.

Nous suivons un calendrier sémitique, hébraïque hérité et partagé de la civilisation mésopotamienne. Nous vivons tous selon un rythme sumérien.

Donc en pleine actualité: au fond, çà signifie quoi de se croiser, de se recroiser, « people speaking without talking » au long des siècles et surtout aujourd’hui ?

Nous sommes le centre spirituel du globe, encore faut-il l’être avec bonté et humanité.

Alors, l’an prochain à Jérusalem !