Mon maître m’a raconté un jour une histoire qu’il tenait de son père, le grand kabbaliste Rav Yéhouda Ashlag. Il était une fois un vieux roi puissant qui avait un fils unique. Dès sa naissance, le roi avait entouré son fils des hommes les plus sages du royaume, d’architectes et bâtisseurs les plus réputés, de musiciens et poètes les plus talentueux et des meilleurs chefs cuisiniers et pâtissiers.

Mais à la consternation du roi, le garçon s’avéra être stupide, ne se souciant pas du savoir. Pis encore, il était aveugle et ne pouvait voir la beauté des édifices. Il était sourd aussi et ne pouvait apprécier la musique. De plus, il était maladif et ne pouvait manger que du pain grossier. C’était donc un supplice pour le vieux roi si puissant.

Tout comme dans cette histoire du prince souffrant, jamais dans notre histoire n’avons-nous eu de meilleures conditions de vie qu’à présent. Nous avons tout ce dont nous avons besoin : un coffre-fort plombé, des vies remplies de joie, de santé et d’abondance. Nous jouissons d’une médecine moderne, d’une industrie à la fine pointe de la technologie, d’un commerce reconnu mondialement, et de l’Internet qui nous connecte à chaque recoin du monde en quelques secondes.

Et pourtant, nous souffrons d’interminables crises sociales, politiques, économiques et environnementales. Le terrorisme et la violence font rage partout, le fondamentalisme religieux menace de prendre le contrôle du monde, l’économie est instable, et les désastres naturels sont chose courante.

Quand verrons-nous la fin de nos malheurs ? Lorsque nous grandirons.

De l’enfance à l’âge adulte

Quand un enfant naît, les parents comblent chacun de ses besoins. Avec amour et dévouement, ils procurent à l’enfant tout ce qui lui est nécessaire pour se développer : de la nourriture, un toit, des vêtements, et de l’affection à profusion. Au fur et à mesure que l’enfant grandit, les parents lui accordent de plus en plus d’indépendance et commencent à lui apprendre comment trouver sa place dans le monde. Ensuite vient l’adolescence.

L’adolescence est une partie complexe de la vie. Bien que les adolescents réclament des prérogatives réservées aux adultes, ils préfèrent nettement éviter les responsabilités des adultes. Les parents et les professeurs sont souvent indignés de ce qu’ils perçoivent comme de l’ingratitude de la part des adolescents : vouloir seulement profiter des avantages de l’âge adulte sans en endosser les responsabilités.

Et pourtant nous devons tous développer un sens de nos obligations et de nos responsabilités au fur et à mesure que nous grandissons, ce qui différencie les adolescents des adultes. Alors que les adolescents jouissent d’une vie de plaisirs, les adultes pensent à se bâtir un futur et ce faisant, ils donnent un but et une signification à leur vie. Comme la société accorde de l’importance à une contribution positive, elle considère l’adulte qui n’y participe pas comme un infirme ou un handicapé.

L’adolescence de l’humanité

Comme un enfant qui grandit, l’humanité a atteint son adolescence. Pendant des milliers d’années, la nature a comblé tous nos vœux. Elle a préparé tout ce qui était nécessaire à notre existence afin que nous puissions jouir d’une vie heureuse et sécurisée. Maintenant, comme des adolescents, nous voulons continuer à profiter de tout ce que le monde nous offre, mais sans en assumer les responsabilités. Nous exploitons toutes les ressources de notre planète, mais quand il s’agit de réparer les dégâts, nous refilons cette tâche à quelqu’un d’autre.

Mais dans un monde où notre comportement collectif affecte notre bien-être collectif, notre négligence est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre. Il est temps de changer. Maintenant, nous devons grandir et apprendre les règles qui gouvernent notre monde. À l’âge de la globalisation et de la dépendance réciproque, nous devons nous adapter à notre environnement et développer des relations de soutien réciproques. Tout comme un enfant rebelle est puni pour son refus de faire ses devoirs, nous sommes punis pour notre mépris des lois de notre environnement. Il en est de même pour notre environnement social et écologique. Nous avons atteint l’adolescence, et la nature nous demande de grandir, tout comme les adolescents doivent devenir des adultes, qu’ils le veuillent ou non.

Il est intéressant de noter que Rav Ashlag a décrit le sujet de l’adolescence de l’humanité il y a presque 90 ans, alors que personne ne pouvait en comprendre la signification. Pour le citer : « La nature, comme un juge expérimenté, nous punit selon notre développement. Car nous pouvons observer qu’au fur et à mesure du développement de l’humanité, les souffrances et les tourments propres à notre subsistance et à notre existence se multiplient aussi. »

Devenir des adultes heureux

Nos relations et nos liens sociaux, entre conjoints, entre parents et enfants, entre patrons et employés et entre collègues de travail, se détériorent de jour en jour, à cause de notre narcissisme. Nous devons adopter une nouvelle approche. Nous serons heureux seulement si nous apprenons à surmonter notre aliénation réciproque par la connexion. Les réussites formidables de l’humanité dans sa recherche de plaisirs égocentriques ne doivent pas être bannies. Au contraire, il est impératif de les partager avec tous et de les utiliser dans l’intérêt mutuel.

La nourriture, l’eau, les technologies et autres ressources sont suffisamment abondantes pour assurer à chacun une vie heureuse et sécurisée. Si nous concentrons notre attention sur l’édification de connexions positives, nous n’aurons pas à gaspiller notre énergie, à nous démener pour simplement survivre. Le fait de devenir des adultes responsables ne signifie pas cesser de jouir de la vie. Cela signifie que nous devrions veiller à ce que chacun en jouisse autant que nous. Lorsque nous grandirons et arrêterons de jouer au « Roi de la colline » et au Monopoly, mais travaillerons plutôt à développer une préoccupation mutuelle et nous découvrirons qu’il y en a assez pour tous.

Lorsque nous commencerons à soutenir réciproquement notre société globale, nous nous apercevrons que nos problèmes ont disparu, qu’ils n’existaient que, « dans la mesure où l’humanité se développe, les douleurs et les tourments de notre survie et de notre existence se multiplient », comme Rav Ashlag l’a dit.