Entre souvenir et indépendance, le pays se recueille et tente de cautériser des blessures qui peinent à cicatriser. Pourtant ce soir, la fête battra son plein, nos sourires auront raison de nos larmes. Nous célèbrerons notre souveraineté retrouvée.

Dans la succession de ces deux dates capitales (jour du souvenir, jour de l’indépendance) se tient toute l’histoire de notre jeune nation.

Du deuil à la renaissance, de la détresse à la réjouissance, ainsi est fait notre destin. Israël a grandi au gré de ces paradoxes, de ces émotions intenses et extrêmes nous ayant déjà menés dans des états de nerfs allant de l’hystérie à l’euphorie. 

Israël nous fait tous vibrer, pour le meilleur comme pour le pire.

En 67 ans existence, Israël aura perdu plus de vingt trois mille de ses enfants. Les meilleurs d’entre nous sont tombés, déchirant le cœur des mères et ne laissant qu’un tombeau pour pleurer à chaudes larmes l’héroïsme de cette jeunesse israélienne, fauchée avant d’avoir atteint sa maturité. Triste destin d’une si jeune nation, contrainte de payer un si lourd tribut pour sa survie.

C’est à travers ce jour du souvenir que nous réalisons toute la perplexité de notre vie sur cette terre. 

En perpétuant la mémoire de nos héros tombés au combat nous nous remémorons les valeurs fondamentales sur lesquelles repose notre jeune société : le don de soi, la solidarité, le souvenir.

Ce soir, les festivités débuteront et le pays entier fanfaronnera dans toutes les rues des villes, des mochavim et des kibboutzim. Déjà accrochée sur les terrasses des immeubles et aux portières des voitures, notre bannière bicolore ornée de notre Magen David flotte au vent. Notre étoile protectrice, qui veille sur nous, l’emblème de notre roi conquérant, le bouclier du Roi David.

Si je suis moi-même envoûté par la puissance symbolique et l’attrait esthétique de notre drapeau j’aimerais nous mettre en garde du danger de la vénération de l’écusson et des dérives potentielles qui nous guettent avec la tentation d’attacher trop d’importance à nos emblèmes sans prendre en compte la dimension historique et spirituelle que nous révèle à elle seule cette étoile.  

Le danger principal est l’excès de patriotisme, quand il tourne au nationalisme, faisant de l’État et de ses symboles le centre et la raison d’être des législateurs, le bon ton et le consensus au sein des électeurs.

Nous sommes un si jeune pays et nous oublions que nous sommes aussi fragiles. Ne nous réfugions pas derrière notre hymne et notre drapeau, entonnons le fièrement, mais rappelons nous que nous avons toujours été une minorité écrasée et opprimée, ne devenons pas imbus de notre patrie.

Sachons la respecter sans l’adorer et laissons aussi de la place aux autres groupes qui vivent en notre sein.

Souvenons-nous qu’avant d’être un pays, Israël est un peuple, un peuple millénaire, le peuple éternel. Ce n’est pas un drapeau qui fera notre force, ni une armée aussi puissante fusse-t-elle, notre force n’est pas celle de notre bras mais bien celle de nos cœurs et nos esprits remplis d’amour et de bon sens.

Ne soyons jamais réduit à un pays, un État, aussi crucial et déterminant qu’il pourra être pour notre futur, notre essence juive sera celle qui toujours nous fera vivre. Comme cette étoile au milieu de notre drapeau nous le rappelle, notre bonne étoile, qui nous protège d’en haut.

Hag sameah lekhol am Israël.