Après le décès de mes deux parents, fille unique, il m’est revenu d’inventorier leurs papiers et d’exhumer les détails d’un passé dont ils ne m’avaient tracé que les grandes lignes.

Il fallut baisser l’abattant d’un beau secrétaire Empire, qui s’ouvrait sur des rayonnages et une série de tiroirs à bouton d’ivoire.

Au-dessus de nombreux dossiers s’écrasait une sacoche de cuir usé qui n’aurait pas pu accepter un papier supplémentaire.

Sans doute avait-elle complété la tenue de maquisard de mon père. La pochette avant contenait son brassard FFI, plié en quatre. Je l’ai offert le 8 mai 2016 à la commune de Beuil, dans les Alpes maritimes, village qui a caché notre famille du 13 septembre 1943 jusqu’à la Libération, et où il avait pris les armes.

Une petite enveloppe bleu ciel, dans la poche centrale, attira mon attention. De sa belle écriture, Papa l’avait décorée de l’inscription : « Faux papiers pendant la guerre ». Elle contenait, pliés en deux ou en quatre selon leur taille, une série de documents que je découvris pour la première fois.

Il y avait plusieurs formulaires vierges, et d’autres remplis. Vierges : un extrait des actes de baptème du diocèse de Lyon ; une « Carte d’Identité de Citoyen Français » comportant la photo de mon père, ainsi qu’un tampon de la ville d’Aubagne, Bouches du Rhône, et un timbre fiscal de 15 Francs ; la même carte avec la photo de ma mère.

Les formulaires remplis étaient : un acte de baptême pour mon père, « baptisé catholique-romain », où il apparaissait sous son identité véritable, hormis son prénom de Salomon transformé en Simon, signé par le curé de l’église de Saint Pierre à Strasbourg, assorti d’une copie en allemand ; un bulletin de naissance de ma mère, qui en 1913 serait née Suzanne Marie Tattinclaux en la commune de Bonneville, Haute-Savoie ; sa carte d’épouse Chauvin, brodeuse, certifiée par le commissariat de police du 4e arrondissement à Nice ; un extrait des minutes des actes de naissance du 6e arrondissement de Paris, attestant qu’une fille (c’est moi) était née au 33 rue Palatine, de Charles Louis Chauvin et Suzanne Marie Tattinclaux (alors que je suis née à Nice) ; enfin un extrait des Registres des Actes de Baptême de la Paroisse de Saint-Michel, diocèse de Paris, où le vicaire certifiait m’avoir baptisée en présence d’un parrain et d’une marraine dûment nommés. Tous ces papiers ont été établis pendant les années 1940, 1942, 1943, au plus fort de la tourmente.

Je n’ai jamais rencontré ni le curé de Saint Pierre à Strasbourg, ni le maire de Bonneville, ni le commissaire de police du 4e arrondissement à Nice, ni l’adjoint au maire et le vicaire de Saint Michel, tous deux du 6e arrondissement de Paris, ni le parrain ni la marraine…

Je suis heureuse de leur dire ici ma plus profonde gratitude.

 

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