Nous partirons, de temps à autres, à la rencontre de gens et de lieux qui peuplent Israël. Et pour ce premier billet, nous iront sur le mont Grizim à la rencontre des Samaritains.

Le mont Grizim se trouve en Samarie, au sud de Naplouse, à 886 mètres d’altitude.

Nous avons tous entendus, au moins une fois, le nom des Samaritains, mais bien peu savent qui ils sont, d’où ils viennent et qu’elles sont leurs croyances.

De nos jours, ils sont, en tout et pour tout, 770 à vivre en Israël. Ils étaient 1 000 000 à l’époque byzantine (du 4ème au 7ème siècle de notre ère).

Alors qui sont-ils?

Le monde chrétien les connaît à travers le nouveau testament.

Dans les évangiles selon Luc, un voyageur, blessé, au bord d’une route qui traverse le désert de Judée et ayant besoin d’aide voit un juif, un Cohen, passer à côté de lui sans s’arrêter pour lui porter assistance. Un peu plus tard, un autre juif, un Lévy cette fois fait de même. Seul un Samaritain s’arrête pour l’aider, d’où l’expression que nous connaissons tous, le bon samaritain.

Les écrits antiques des samaritains se trouvent pour la plupart dans des musées, vendus pour pouvoir faire subsister la communauté.

Les samaritains ont leur propre Torah. Il existe de nombreuses différences entre la leur et celle des juifs. Par exemple, pour les Samaritains, c’est sur le mont Grizim qu’a lieu le sacrifice d’Isaac et non sur le mont Moria. C’est aussi ici que Jacob fait son fameux rêve de l’échelle reposant sur la Terre et dont l’extrémité atteignait le ciel, apercevant les anges de Dieu qui la montaient et la descendaient et non à Bet-El.

Site archéologique

Site archéologique (Crédit : Fabrice Mihaïletz)

 

Il existe 3 versions différentes sur leurs origines. Une selon les juifs, une selon les samaritains eux-mêmes et une dernière selon la communauté scientifique.

Pour les juifs, ils sont mentionnés pour la première fois dans la Torah dans le second livre des Rois.

Le roi d’Assyrie, Sargon II, déporte les juifs de leur terre en 722 avant notre ère (ce sont les 10 tribus perdues d’Israël) et les remplace par les samaritains, peuple venant de Kute, une région qui se trouve dans l’actuelle Jordanie.

Leur religion est un mixe entre leur religion d’avant leur arrivée en Israël et la religion juive.

Une seconde déportation, des élites juives cette fois, a lieux entre l’an 586 et l’an 597 avant notre ère par Nabuchodonosor, roi de Babylone. Il reste désormais très peu de juifs qui peuplent Israël et en parallèle, les samaritains, eux, s’installent et se multiplient.

Le retour des juifs de Babylone en 538 avant notre ère marquera le début des conflits entre les juifs et les samaritains. Zorobabel, leader des juifs à cette époque, refusera même leur aide pour rebâtir le temple détruit 70 ans plus tôt.

Les samaritains, eux, se définissent comme étant les descendants des tribus de Menashé, d’Ephraïm et des Levy. Pour preuve, leur écriture est très proche de l’hébreu ancien. Pour eux, les juifs, en revenant de Babylone, ont transformé l’alphabet hébraïque originel.

Ils croient en la sainteté du mont Grizim et y construisent un temple. Au file des ans, le site devient le centre spirituel, religieux et administratif des Samaritains.

Ils croient aussi en la Torah écrite (et non orale), en Moïse et au Jour du Jugement Dernier. Ce sont les bases de leur foi. Ils célèbrent donc les fêtes mentionnées dans la Torah (avec quelques différences) comme Rosh Hashana, Kippur, Pessah et Shavuout. En revanche, ils ne commémorent pas les fêtes qui précèdent la Torah, comme Hannuka. Ils se définissent comme étant « les vrais juifs », ils ne se sont pas détournés de la Torah et de ses préceptes comme l’ont fait les juifs à Babylone.

Les scientifiques, eux, donnent raison aux 2 versions. Les experts reconnaissent la déportations des deux peuples, et il est vrai que les juifs, restés en Israël après l’exil de Babylone, s’assimilent aux Samaritains venus de Kute.

De nos jours, les Samaritains parlent arabe et ont une mentalité orientale. Cependant, dans leurs maisons, ils continuent de respecter leur tradition. La langue utilisé lors des prières reste l’hébreu ancien.

Il existe une forte communauté de Samaritain à Holon où ils peuvent pratiquer leur culte plus librement. La communauté de Naplouse et de ses environs est donc plus petite et plus âgé. Ils disposent de la nationalité palestinienne mais aussi israélienne parce que l’état d’Israël les voit un peu comme les cousins du peuple juif mais aussi parce que le mont Grizim est un point stratégique au dessus de la ville palestinienne de Naplouse.

Aujourd’hui, le mont Grizim est un site archéologique où ont eu lieu des fouilles menées par le Dr Itshak Magen 20 ans durant; de 1982 à l’an 2000. Pendant la second Intifada, le site est jugé trop dangereux et est fermé 3 ans.

Si vous êtes férus d’archéologie, ce site est idéal. Tous les grands empires qui ont contrôlé la région y ont réalisé de nombreuses constructions, nous laissons pour preuve de nombreuses ruines témoins de ce passé.

Les perses y construisent une ville. Détruit par les grecs, ils y fondent par dessus une immense ville païenne en l’honneur de leurs dieux. 10 000 samaritains y vivent alors.

En 116 avant notre ère, le roi juif Jean Hyrcan 1er, de la dynastie des Hasmonéens, rase la ville grec et essaie de convertir de force les Samaritains s’y trouvant. Mais le coup de grâce sera donné par les byzantins qui les massacrent et leur interdit l’accès au mont saint. Ils y construisent à la place une église de forme octogonal en l’honneur de la Vierge Marie. Ils s’efforcent aussi d’effacer toutes traces d’une présence des Samaritains sur les lieux, c’est la raison pour laquelle il reste très peu de ruine du temple construit par les Samaritains.

Le massacre des Samaritains et leur conversion de force au christianisme et plus tard à l’islam aura pour conséquence de faire baisser leur nombre de 1 000 000 d’individus à 117 en 1900 !

Le mont Grizim est aujourd’hui géré par l’office des parcs nationaux israélien qui se fera un plaisir de vous accueillir sur ce site encore trop peu visité.