Il y a fort à parier que Libération a réalisé il y a quelques temps déjà que son correspondant en Israël pose problème. Le fait qu’il écrive avec un pseudonyme est assez mauvais signe.

On a vu dernièrement avec Mehdi Meklat que l’usage d’un pseudo peut servir à exprimer des convictions profondes mais honteuses ( dans le cas de Mr. Meklat il s’agissait de faire l’apologie de Mohammed Merah, d’appeler au retour d’Hitler, d’égorger quelques ennemis, et de vomir sur les homosexuels, bref, la totale).

Chez un journaliste couvrant le Proche-Orient, ce pourrait être compréhensible pour se protéger du déluge de haine quotidien sur les réseaux sociaux. Mais lorsque l’on sait que le journaliste en question utilise un deuxième pseudonyme (Serge Dumont) cela devient un peu suspect.

Le journalisme engagé est la marque de fabrique de Libération, qui a su rester fidèle à sa tradition éditoriale malgré les changements de direction et impératifs économiques. Mais le journalisme engagé ne peut exister que lorsque les règles élémentaires du journalisme sont respectées.

Sinon, on prend le risque de sombrer dans le monde des « alternative facts » comme les porte-paroles de l’administration Trump et des médias « aternatifs » qui les soutiennent.

Le dernier article de Nissim Behar (dont on préservera bien entendu l’anonymat) semble tout droit sorti de Breitbart News ou d’Al-Jazeera, mais il est indigne d’un grand quotidien français. Nissim Behar titre « Le soldat ayant tué un palestinien s’en tire avec les honneurs »

L’article porte sur Elor Azaria, ce soldat-racaille qui a achevé un terroriste palestinien alors qu’il était déjà neutralisé et au sol et qui vient d’être condamné à 18 mois de prison.

Le journaliste parvient à écrire tout un article sur cet épisode sordide sans mentionner une seule fois que la victime palestinienne venait de poignarder les soldats, ce qui est quand même un élément assez central de l’histoire.

Nissim Behar nous dit bien qu’Elor a tué « un palestinien blessé» mais choisi de ne pas fournir de contexte. Blessé par qui? Par quoi? Il venait d’avoir un accident de la route? Il avait trébuché sur le bitume? Il avait en réalité été blessé par des tirs de riposte des soldats qu’il avait tenté de poignarder.

Ensuite le journaliste nous dit que « selon les sondages » Elor Azaria est un « héros » pour 65 à 70% de la population israélienne.

C’est probablement avec cette affirmation que Nissim Behar s’affranchit des règles les plus fondamentales du journalisme. Il existe deux sondages sur le sujet dont aucune de pose la question de l’héroïsme du soldat (?) mais seulement celui de sa grâce éventuelle post-condamnation.

Le sondage de Panel Politics que Behar a choisi de ne pas citer (surprise…) montre que 49% des sondés soutiennent une grâce.

Dans le sondage de la deuxième chaine de télé auquel le journaliste fait référence sans le citer, 67% des personnes interrogées pensent qu’il faudrait accorder une grâce à Azaria. Encore une fois il n’est à aucun moment question dans ces sondages de l’héroïsme du soldat.

On peut penser (comme moi) que ce n’est pas glorieux que 67% ou même 49% des israéliens pensent qu’il faille gracier un soldat qui a achevé un terroriste au sol. Mais ce n’est pas la même chose que de dire que 67% des israéliens pensent qu’un soldat qui a tué un simple palestinien innocent qui gisait au sol est un héros.

Monsieur Behar finit par nous dire que le manque d’empathie des israéliens « est le résultat de cinquante ans d’occupation des territoires palestiniens par Israël.

Un demi-siècle durant lequel les Israéliens ont appris à tellement mépriser les Palestiniens qu’une partie d’entre eux en est arrivée à trouver normal de leur tirer une balle dans la tête lorsqu’ils sont au sol ». Là encore notre journaliste masqué s’égare.

Peut-ont déduire de la séquence Azaria que les israéliens n’ont pas d’empathie à l’égard des palestiniens et qu’ils les méprisent? Sauf à penser que tous les palestiniens sont des terroristes en puissance il y à la une généralisation troublante.

On n’osait pas attendre de Nissim Behar qu’il rappelle à ses lecteurs que ces 18 derniers mois il y a eu près de 200 attaques similaires qui ont fait 47 victimes (ce qui n’encourage pas l’empathie) mais on est en droit d’attendre qu’il s’en tienne aux faits.

Les articles de Behar, hélas, se suivent et se ressemblent. Ils sont un mélange d’approximations, d’ignorance, des phrase à l’emporte-pièce et, plus grave, de contre-vérités.

Un journaliste (même engagé) de Libération aurait dû commencer par rappeler les faits. Il aurait ensuite pu aborder les résultats des sondages sans déformer la question posée. Et alors seulement, il aurait pu livrer son analyse sur la droitisation de la société israélienne.

Nissim Behar est au journalisme ce qu’Elor Azaria est à Tsahal : une tache. Elor a pris 18 mois et tout porte à croire que, gracié ou pas, il ne revêtira plus l’uniforme.

Nissim pense que c’est trop peu et je suis entièrement d’accord avec lui. Toutefois, je suis curieux de voir ce que va prendre Nissim. Je crains qu’il ne soit lui aussi gracié par la médiocrité ambiante et qu’il continue à nous infliger son pseudo-journalisme.