Avec la section de cette semaine nous assistons au départ des enfants d’Israël d’Egypte et à une première règle assez surprenante pour un peuple qui recouvre la liberté : la création d’un calendrier.

Chap. 12, V. 1 et 2 : « Hachem parla à Moïse et Aaron dans la terre d’Egypte, en disant : « Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois, il sera pour vous le premier des mois de l’année. » »

Surprenant, car le peuple juif fête la nouvelle année non à cette date mais sept mois plus tard à Rosh Hashana.

Essayons de comprendre pourquoi.

Le rav Munk nous explique la différence entre Rosh Hashana et le 1er du mois de Nissan qui est la date dont nous parle le verset cité plus-haut.

« Le premier Nissan marque le début de l’ère mensuelle, tandis que le compte des années se rapporte au premier Tichri, jour anniversaire de la création du monde, d’après la tradition la plus accréditée. Le premier Nissan est le jour du nouvel an pour l’histoire des rois juifs et pour les fêtes alors que le premier Tichri commence l’année civile. L’année juive possède ainsi un double cycle.

Le premier, de caractère temporel, débute en automne ; le second, de caractère spirituel et national, s’ouvre au printemps. Le premier suit l’évolution de la nature elle-même et il commence sous le signe de la création du monde ; le second intervient qu’ultérieurement, il suit l’évolution historique et prend naissance avec la création d’Israël.

Cependant, les deux cycles se complètent mutuellement, à l’instar du corps et de l’âme qui se soutiennent l’un l’autre. Ainsi, le mois de Nissan, mois anniversaire de notre libération nationale, nous apporte chaque année la libération de nos impuretés physiques et matérielles, en vue de la renaissance du corps national, concordant avec l’époque de la renaissance dans la nature. Le mois des Tichri, en revanche, nous invite à l’affranchissement de nos tares morales, afin de nous préparer dignement, pendant l’époque hivernale, à la réalisation de notre mission nationale. L’année juive se déroule ainsi dans le cadre d’un rajeunissement alternatif de nos forces morales et physiques, consacrées au service de Dieu. »

Ainsi, le peuple juif a deux calendriers : le premier de caractère temporel (Tichri) et le second de caractère spirituel et national (Nissan).

Le Rav Munk nous enseigne que : « La proclamation d’une nouvelle ère, partant du jour de la libération, devait marquer la rupture définitive avec l’Égypte. Les ponts avec l’exil et l’esclavage égyptien sont coupés. Cette nouvelle évolution historique qui commence et, en comptant désormais toutes les dates à partir de l’heure de sa libération, Israël est appelé à se souvenir d’elle à perpétuité. Il se souvient, par la même occasion, de la grâce divine manifestée à son égard en cette heure historique. »

Israël prenant conscience de sa particularité nationale doit s’imprégner de la nécessité de conserver un élan toujours renouvelé vers son idéal et une éternelle jeunesse morale

Un petit peu plus loin le Rav Munk nous enseigne que le peuple juif doit être dans un constant renouvellement. « Le nouveau calendrier contient, en plus, un important facteur d’ordre moral. Il est basé sur l’astre de la lune sur son constant renouvellement.

Or, Israël prenant conscience de sa particularité nationale doit s’imprégner de la nécessité de conserver un élan toujours renouvelé vers son idéal et une éternelle jeunesse morale. Le cinquième livre de Moïse nous parle du danger de vieillissement de cet état d’esprit qui s’enlise dans un bien-être matériel, et qui y subordonne toutes les aspirations spirituelles, état d’esprit qui ravale Israël au rang d’une communauté d’hommes qui ne peut en rien justifier de sa volonté particulariste. La lune, dont l’évolution comporte en apparence un rythme régulier de disparition et de renouveau, est alors choisie comme symbole éloquent de cette expérience capitale qui conditionne l’existence d’Israël en tant que nation. Elle devient « l’astre d’Israël », au double sens, morale et historique. »

Le Grand rabbin de Bruxelles, Albert Guigui insiste sur cette notion de renouvellement constant en écrivant : « Le mois, quant à lui, est un mois lunaire. La Torah demande de contempler la lune pour fixer le nouveau mois. Pourquoi cette obligation de scruter la naissance de la Lune ? À l’instar de cette lune qui se renouvelle chaque mois, la Torah veut rappeler que nous avons le devoir de nous renouveler constamment. Nous devons refuser de tomber dans le piège de l’embourgeoisement et de l’habitude. Il nous faut continuellement renouveler notre table de valeurs et secouer nos certitudes. »   

Ainsi, nous pouvons comprendre pourquoi la religion juive a décidé d’utiliser le calendrier lunaire. Calendrier fondé sur la lune régulée par le soleil, ce qui amène une difficulté qui heureusement a été résolue.

  •  Le temps qui s’écoule entre une nouvelle lune et la suivante est de 29 jours, 12 heures, 44 minutes, 3 secondes et un 1/3 de seconde.
  • Le mois doit comporter un nombre entier de jours : 29 et 30 jours se succèdent en alternance.
  • Une année de 12 mois contient 354 jours (29X6) et (30X6) donc 11 jours de moins qu’une année solaire (365 jours).

Ainsi sur plusieurs années, le mois de Nissan se situerait en hiver. Or, les textes sacrés précisent que ce mois et le mois du printemps.  Afin de surmonter cette difficulté, le calendrier juif a créé une « année embolismique » qui consiste à ajouter un treizième mois à l’année, sept fois sur une période de dix-neuf ans. Ainsi le mois de Nissan se situe toujours à la saison appropriée.

Chabbat chalom

Eric Gozlan