La plainte du procureur Nisman rejetée par le juge Rafecas: zones d’ombre, questionnements et analyse.

Le Juge Rafecas estime que dans l’accusation du procureur Nisman il n’y a pas « la moindre connotation pénale », donc pas de délit constaté et qu´elle se fonde uniquement sur des écoutes téléphoniques et des rapports des médias.

Selon lui Nisman fabule: « la position officielle de l’Argentine, avant, pendant et après l´accord signé est concluante pour juger des événements. »

Une question se pose: Lorsqu´il dit « officielle », devrait-on en déduire qu´il a en a une non officielle? Rappelons que selon les écoutes téléphoniques entre certains des imputé font allusion au chef de bureau d’affaires iranien en Argentine et que le procureur décédé a rapporté une ambassade parallèle.

Bien que le juge ait disqualifié la dénonciation de Nisman, en partie parce qu’étant basée sur « des écoutes et les rapports des médias », il cite, pour défendre sa position, plusieurs journalistes ainsi que des articles de presse. Pour soutenir sa décision, le journal Página 12 est la source la plus citée.

Un autre signe frappant est la décision d’écrire « accusation » entre guillemets. Le juge se réfèrerait à la plainte du procureur comme à un « Château de spéculations et d´accusations »:

En tout cas, il n´est pas difficile de percevoir dans ces guillemets, une connotation péjorative, plus proche de l’évaluation subjective que du langage juridique.

Se référant à l’une des réunions du procureur avec Interpol, le juge dit « Aucune mention ni citation encore moins une ou plusieurs analyses sur ces faits ». On se demande, comment analyser ce qui n’est ni cité ni mentionné.

Un des arguments de la défense du ministre Timerman est basé sur sa condition de « membre actif et réputé de la communauté juive », citant à nouveau le journal Página 12, qui rappelle sa visite à Yad Vashem le jour de la commémoration de l’insurrection du ghetto de Varsovie.

Le juge ignore-t-il qu´une grande majorité de la communauté juive le considère un traître et que le ministre a dû rester invisible pendant diverses célébrations juives, dans le domaine de la famille aussi bien que dans la vie communautaire?

Il ne tient pas compte de la forte opposition le 27 Janvier dernier à l’acte en chancellerie. Dans quel sens la visite à Yad Vashem ce jour-là, serait une garantie de l’éthique de Timerman? Comment devrions-nous interpréter alors la coïncidence entre la date d’un accord approuvé par un président négationniste de la Shoah avec le jour de la commémoration de la Shoah?

De plus, dans sa déclaration, le juge commet un lapsus quand il écrit, se référant à la signature de l’accord, « le 27 Janvier 2014 » au lieu de 2013.

Dans ses tentatives pour expliquer la réticence de l’Iran à signer l’accord et le rendre public, le juge suppose une « position inconfortable de négocier avec un ministre des Affaires étrangères Juif et au nom d’un pays qui pendant 10 années l’a insulté à l’ONU ».

Que veut dire le juge avec ces appréciations? Comment faut-il comprendre l’inclusion du mot «insulté»? Insulter n´est pas dénoncer ou accuser. D´après la définition du dictionnaire : insulter signifie outrager, offenser, injurier. Le choix sémantique semble étrange.

Selon l´examen du juge « la position manichéenne de la présidente est écartée », se référant au présumé virage à 180 degrés de la présidente concernant sa politique étrangère, et dont le dernier discours à l’ONU serait une preuve.

Validant son affirmation, le juge déclare impensable et absurde un tel changement de valeurs chez une présidente qui pendant 20 ans a défendu la mémoire, la vérité et la justice.

Quelques commentaires maintenant sur les écoutes téléphoniques.

Celle que le juge considère la plus « embarrassante », est celle où le militant Esteche et l´iranien Khalil sont impliqués.

Sur ce point, on remarque une déroutante contradiction: « Ils ont la certitude que les deux sont soumis à l´espionnage de leurs conversations téléphoniques … donc … on peut s´attendre à ce qu´ils soient très prudents dans leurs conversations. »

Enfin, le juge détermine que les propos de Esteche à son interlocuteur Khalil, constituent une « proposition délirante » … « elle n´est qu´une instigation égarée et éculée ». Reste à savoir : Y a-t-il instigation ou pas?

Le juge évalue ensuite la piste concernant les écoutes de Khalil:  « La facilité avec laquelle Khalil établit des liens avec Rabbani, poursuivi par la justice est troublante (…) On l´a déjà dit, il recevait des directives et le tenait au courant de la situation en Argentine « .

On peut donc se demander quels sont ces aspects de la situation en Argentine, et quelles sont les ordres et les directives traitées entre ces deux imputés?

Puis il exprime sur ce point qu´il ne s´agit que: « d’allégations fausses et délirantes. »

Une dernière inquiétude, le juge parle de la « maladresse et la naïveté » du procureur.

Le procureur Nisman ne pourra pas répondre : il est mort.