Que ce journaliste ait souffert sous les coups de son bourreau qui s’avère être membre dudit « E.I » et non pas le loup solitaire tant décrit, n’excuse en rien sa prétention et surtout sa persistance à faire croire que cet assassin soit sinon un loup solitaire du moins un « paumé » pour qui, est-il expliqué dans Le Point,

 » le djihad n’est finalement qu’un prétexte pour assouvir sa soif maladive de notoriété. Un jeune homme paumé et pervers qui, le soir, une fois sa tâche achevée auprès des otages, vient les narguer, pousser la chansonnette et leur raconter les épisodes de Faites entrer l’accusé, l’émission de Christophe Hondelatte, téléchargés sur un ordinateur et dont il rêve de devenir un jour l’un des personnages… Un bourreau ordinaire en somme.(…) »

Ce que ne semble hélas pas saisir (ou se rendre compte) Nicolas Hénin c’est que, d’une part, cette analyse est non seulement fausse mais se trouve démentie jour après jour.

Ce n’est pas la première fois : il ne comprenait pas non plus la présence djihadiste en Irak dans ses divers reportages faits à partir de 2003, présence qu’il liait, exclusivement, à la présence américaine, alors que Saddam Hussein non seulement avait formé des régiments djihadistes (les fedayins) et payait les attentats du Hamas lors de la seconde infitada en 2000, mais Hussein était djihadiste, sous une apparence cravatée, tout comme par ailleurs Nasser cet admirateur du nazisme.

D’autre part, jamais un islamiste et encore moins un djihadiste ira discuter avec lui, un non musulman, de points doctrinaux ou même de politique au quotidien ; un tel « dialogue » (au sens grec) est impensable, car on ne discute pas, d’égal à égal, avec un « déviant » en islam (sauf en Occident parce que l’on n’y est pas dominant) ; le djihadiste, dans les temps morts de cruauté gratuite comme ici la geôle, ne peut que tenter de faire croire, par exemple à Hénin, qu’il excelle aussi dans les canons qu’il pense « occidentaux » en frimant comme il l’a indiqué ci-dessus.

Bref, avancer comme le fait Hénin l’idée bateau (un « marronnier » en langage journalistique) que le djihad ne serait « qu’un prétexte »pour certains c’est, encore une fois, non seulement ne rien comprendre au djihad, ce coeur même de l’islam (comme l’expliquent bien les différents textes rassemblés par Andrew Bostom et préfacés par Ibn Warraq dans The legacy of Jihad) mais c’est surtout, malgré le malheur que Nicolas Hénin a pourtant subi dans sa chair, faire déni de réalité par le biais d’une analyse psychologique de Café du Commerce alors que pour « assouvir » une « soif maladive de notoriété » il y a bien d’autres moyens que d’aller choisir la fraction la plus dure de l’islam radical sur le marché de la « rébellion » (non progressiste bien sûr selon le canon à la mode, quoique sous la critique d’un Régis Debray qui s’y connaît toujours : -l e Che n’était pas spécialement pro LGBT-, un Debray qui affiche encore un antisionisme qu’un Dieudonné ne démentirait pas).

Autrement dit, et c’est d’ailleurs valable pour le manque d’intégration perceptible chez certains nord africains sous influence arabo-musulmane, l’on peut, par défi, orgueil, ambition (et non pas simple narcissisme) mais surtout désir d’adhérer corps et âme à une vision totalisante du monde (si l’on n’admet pas cela alors on ne comprends toujours rien à l’adhésion au communisme), on peut refuser d’accepter, d’entrée, l’idée que vivre et travailler dans une société démocratique c’est faire sien certains principes de respect des autres, surtout non musulmans, surtout les femmes, comme le font, certes, la plupart des musulmans vivant en Occident ; sauf qu’ils se sont, de fait, éloignés de leur religion (hormis le fait de suivre le ramadan) qui sinon interdit du moins malmène un tel respect comme on le voit expressément dans les pays où l’islam est dominant, ne serait-ce qu’en Égypte, Algérie, Turquie, Maroc, ne parlons même pas de l’Arabie Saoudite. D’où la confusion, l’ambiguïté, la complexité de l’approche que l’on ne peut réduire comme le fait Hénin et bien d’autres encore, à de plates considérations psychologiques par ailleurs bien sommaires.

Il est donc bien dommage que malgré la multiplicité des faits qui démontre le contraire des dizaines de Nicolas Hénin, à commencer par Obama et Hollande, continuent à répandre l’idée que le djihadisme ne serait qu’un succédanée d’un manque de notoriété, voire la conséquence d’un « rejet » si l’on en croit la littérature dominante actuelle à commencer par le nouveau chroniqueur à la chaîne qatari « Bing sport ».

C’est, encore une fois, nier la responsabilité d’individus majeurs et vaccinés capables de calculer qu’ils pourraient bien plus briller et rapidement dans l’accomplissement djihadiste que dans l’apprentissage d’un métier ordinaire (surtout que des territoires sont à commander).

À moins d’expliquer que tous ceux qui choisissent d’entrer dans une vie dominée par le religieux ne font que chercher un « prétexte »pour assouvir des intérêts plus prosaïques, alors que le problème, central, de l’adhésion humaine à une passion, n’est pas là.

Puisque l’on ne va pas faire l’injure à Nicolas Hénin de laisser supposer qu’il fait du journalisme pour voir uniquement son nom en bas d’articles publiés dans un magazine de renom.

Un tel réductionnisme, c’est précisément ce dont on meurt, ici, en Occident, à petit feu, allant par exemple accuser Valeurs Actuelles de racisme ou à peu près parce que ce journal a qualifié la nouvelle ministre de l’éducation « d’ayatollah ».

Pourquoi pas en effet « croisé » ? rétorque avec véhémence et acrimonie un « professeur » en science politique chez Field et Duhamel sur Europe1 samedi 6 septembre (10h).

Mais pourquoi pas « ayatollah » également ? N’est-ce pas parce que ce dit « professeur » accepte,de fait, comme argent comptant la fusion entre religion et ethnie, et surtout adhère à l’idée que l’islam serait saisissable au même titre que n’importe quel corps de doctrine alors que l’on sait bien que de telles idéologies totalisantes dépassent ce seul aspect ?

Or, l’on peut ne pas aimer l’islam et pourtant n’avoir aucune antipathie spéciale contre le Nord Africain du coin, généralement un berbère marocain, qui tient l’épicerie du soir, y vendant même jambon et vin, du moins lorsqu’il résiste à la pression de ses congénères le forçant à « s’ahalaliser »tandis que le bobo de souche le traitera hélas d' »arabe », le confinant aussi, comme Nicolas Hénin, dans sa fausse silhouette de pauvre petit immigré « paumé » etc, et, pourtant, c’est bien cette façon mièvre de procéder qui fait aussi accélérer le décrochage de certains enfants de cette génération puisque pour eux ils seraient bien mieux dans un environnement complètement formaté par un islam qui ne voit pas en eux des « paumés » en « absence de repères » (ce qui est impossible psychologiquement)  mais de vaillants combattants et combattantes.

Voilà le hiatus, un gouffre sans fond bien loin de se résorber, visiblement.