Le carnage causé le 14 juillet par un fou furieux originaire de Msaken près de Sousse n’a pas fini aussi de marquer Msaken et sa très importante communauté franco-tunisienne.

Depuis des lustres cette ville limitrophe de Sousse a une très forte tradition d’immigration vers la Côte d’Azur. Tous à Sousse nous connaissons des boulangers, des mécaniciens, des horticulteurs installés à Nice, Grasse ou St Raphaël. Dans quasiment toutes les familles de Msaken il y a des frères, des cousins, des voisins qui depuis des années sont partis tenter de vivre dignement sur la ‘Riviera’.

Acheter un scooter dernier cri passe également souvent par Msaken ou grâce à ses enfants revenus au bled chaque été on peut pour des prix raisonnables acheter des piaggio qui, certes n’ont pas tous des papiers réglementaires mais enfin!

Des Bouhlel (prononcé Boualel) à Msaken il y en a plusieurs centaines. C’est un nom aussi répandu que Martin ou Dufour en Normandie ou en Bretagne. Pour ma part j’en connais bien au moins une trentaine.

Le carnage meurtrier de Nice le 14 juillet a plongé  Msaken dans la stupeur. Comment est ce possible ? Pourquoi ? Au nom de qui ? Dans les terrasses de café de Msaken on ne parle que de cela. On est tellement pétrifié qu’à l’approche d’un français même ami et connu une réserve se fait jour. La gêne, la honte l’emportent.

D’autant qu’à Msaken on n’est pas particulièrement connu pour des pratiques religieuses extrémistes. Bien au contraire. Et d’ailleurs le Bouhlel de Nice ne fréquentait pas la mosquée et n’était semble-t-il pas connu pour la moindre pratique religieuse. Il buvait et fumait du cannabis nous dit-on.

Alors quoi ? En tous cas s’il n’exerçait pas dans un domaine professionnel très lucratif il a tout de même pu envoyer près de 100 000 euros à sa famille quelques jours avant d’assassiner 84 personnes (source Kapitalis). Comment est-ce possible ? De quels trafics vivait-il? Comment est-il passé au travers du fisc français ou des organismes sociaux, lui qui vivait dans un modeste appartement d’un quartier populaire de Nice?

Beaucoup de questions vont être soulevées désormais par les services français. Les enquêtes qui vont déboucher jetteront nécessairement le trouble et concerneront peut être aussi les conditions d’existence de nombreux Msaknis sur la Côte d’Azur. D’autant que si nous en connaissons beaucoup qui sont régulièrement installés, il en existe aussi un très grand nombre en situation irrégulière arrivés sur la Côte d’Azur grâce à des filières parfaitement connues en Tunisie et de longue date.

Qu’on n’aille pas nous dire que Bouhlel n’était pas intégré dans la société française. Avoir 31 ans et disposer de 100 000 euros d’économies à cet âge est souvent inimaginable pour un Français avec un même métier. Alors quoi ? Ce n’est donc pas la misère ou la crise qui l’auraient poussé dans les bras de Daech ? Ce ne sont pas non plus des convictions religieuses car on le sait désormais, il connaissait le chemin des bars mais pas celui des mosquées. Un besoin de reconnaissance et de notoriété ? L’envie de laisser son nom sur un marbre, fut-ce sur des pierres tombales en l’occurrence ?

A brève échéance Msaken sera très impactée par ce carnage et il y a fort à parier que les années qui viennent verront infiniment moins de ses enfants parvenir à obtenir des visas pour la France. L’économie locale bien sûr en souffrira car les flux financiers entre la Côte d’Azur et Msaken sont nombreux et fort importants en volume.

L’acte fou d’un déséquilibré peut-être tombé entre les mains et sous l’influence d’un gang de criminels sanguinaires n’a pas fini de plomber encore un peu plus l’avenir déjà incertain de la Tunisie. Vraiment on n’avait pas besoin de cela.

La Tunisie connaît une crise économique et sécuritaire sans précédent. Les réserves monétaires fondent au fur et à mesure que le dinar s’effondre. La plage de Boujaafar il y a quelques années encore bien fréquentée par Tunisiens et touristes est devenue une annexe du bled. La police certes est très présente et d’une certaine façon c’est rassurant mais à quoi bon! J’ai du croiser une Russe très enveloppé accompagnée d’un jeune bledard. De ce côté là pas de changement, les affaires sont faibles mais elles continuent.

Les efforts louables et constants du président Caïd Essebsi et de son gouvernement se heurtent à des forces d’inertie qui remontent à la nuit des temps. Marcher dans les sables mouvants et tenter d’avancer est toujours contr-productif. On piétine, on patauge et finalement on s’enlise.

En 2010 Mohamed Bouazzizi a laissé son nom dans l’histoire en devenant l’élément déclencheur d’un changement de régime. Six ans plus tard c’est un dingue qui marque à de son empreinte meurtrière un pays en proie à toutes les crises. Quel dommage. Quelle connerie.

Vraiment,  non, on n’avait pas besoin de ça.