Il ne faut pas se méprendre sur les intentions françaises après la visite chaleureuse de Benjamin Netanyahou à Paris. Le premier ministre israélien avait beaucoup insisté pour se faire inviter, tentant même d’obtenir une place sur l’estrade d’honneur en compagnie de Donald Trump, au défilé du 14 juillet.

Il ne s’agissait pas à l’origine d’une visite politique puisqu’elle était consacrée à la commémoration des 75 ans de la rafle du Vel d’Hiv. D’ailleurs la présence du président de l’État d’Israël aurait été plus appropriée en la circonstance. Il représentait mieux l’État d’Israël plutôt qu’un clan politique.

Mais le Premier ministre avait besoin de redorer son blason après toutes les affaires judiciaires qui entourent ses proches. Il tenait aussi à effacer la mauvaise impression laissée par son refus de recevoir le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, lors de sa visite privée en septembre 2015.

À l’époque, on n’entrevoyait pas encore la montée de l’étoile filante Macron et il ne fallait en aucun cas indisposer les amis de toujours, Nicolas Sarkozy et François Fillon, considérés par les sondages d’alors parmi les futurs présidentiables probables, avant que Macron ne se porte candidat.

Le président Macron a voulu calquer cette visite sur celle de Mahmoud Abbas, le 5 juillet, pour éviter toute interprétation abusive et tout impair politique, en organisant un entretien en tête à tête suivi d’une conférence de presse commune sans questions des journalistes.

Face à Mahmoud Abbas, le président français avait alors réaffirmé le soutien de la France à une solution à deux États pour ramener la paix entre Israéliens et Palestiniens.

Il s’était dit favorable à l’initiative du dialogue du président américain Donald Trump, qui avait rencontré en mai les dirigeants israéliens et palestiniens et qui espérait relancer des négociations de paix.

Emmanuel Macron avait confirmé que : «Cette paix doit passer par la réalisation des droits légitimes des Palestiniens à disposer d’un État indépendant et passe aussi par la sécurité d’Israël, à laquelle la France est indéfectiblement attachée».

Il avait toutefois exprimé sa «préoccupation face à la dégradation de la situation en Cisjordanie, à Jérusalem Est et à Gaza.

Il n’existe aucune alternative viable à une solution à deux États mais aujourd’hui cette solution est mise en péril sur le terrain et dans les esprits. Les causes de cette érosion sont connues : la France a toujours condamné la poursuite de la colonisation qui a atteint depuis le début de l’année un niveau sans précédent».

Benjamin Netanyahou et Emmanuel Macron ont eu un entretien de deux heures à l’Élysée durant lequel les points sur les i ont été mis. La France défendra toujours la solution à deux États et s’opposera toujours à la construction dans les implantations.

Selon quelques indiscrétions, la réunion a été plus longue que prévue mais il a été dit que Netanyahou avait surtout pris la parole face à un Macron très attentif, très prudent et peu volubile.

Il est vrai que le président français n’a pas pris position sur les deux conférences de paix de Paris, organisées par François Hollande. Par ailleurs, il n’a envisagé aucune initiative de paix parce qu’il semble vouloir calquer sa position sur celle de Donald Trump.

Certes, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves le Drian a préparé la stratégie française au Moyen-Orient après sa visite au Qatar, les 15 et 16 juillet, pour tenter de recoller les morceaux entre ce pays et l’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats. Le ministre souhaiterait que la France prenne des initiatives pour une médiation entre les parties.

De son côté, le président Macron est très sensible aux relations avec le Liban qu’il veut privilégier. Il avait visité Beyrouth en janvier où il avait fait une déclaration ferme en partageant «les préoccupations israéliennes concernant l’armement du Hezbollah dans le sud du Liban. Nous recherchons la stabilité du Liban dans le respect de toutes les minorités».

Netanyahou avait pris la balle au bond en confirmant lors de sa rencontre «les préoccupations profondes d’Israël concernant la présence du Hezbollah au Liban et son réarmement avec des armes qui, en partie, pourraient être fabriquées dans le pays».

Pour l’instant le président Macron n’est pas prêt à prendre d’initiative politique avant l’Assemblée générale de l’Onu de septembre, attendant certainement que Donald Trump ne précise son plan pour faire avancer les pourparlers. Le Quai d’Orsay a choisi de suivre l’attitude des Américains.

Des deux côtés on semble privilégier l’attentisme. Ce qui est sûr, c’est que malgré les grandes effusions entre Macron et Netanyahou, le président français va imposer son agenda.

D’ailleurs sa visite en Israël avait été déjà planifiée dès septembre, en même temps que la visite du ministre Bruno Le Maire prévue au début de 2018. On sait déjà que la visite du président inclura une visite à Ramallah.

Les effusions un peu trop voyantes de Bibi, dans sa façon d’enlacer le président, ne doivent pas masquer le fait que les positions françaises sont aux antipodes des positions israéliennes, d’une part en ce qui concerne la création d’un État palestinien avec Jérusalem comme capitale partagée et d’autre part au sujet de l’arrêt exigé des constructions en Cisjordanie.

Or, ces deux positions sont un casus belli pour les partenaires de droite du Premier ministre. Toute évolution contraire entraînerait la chute du gouvernement de coalition.

Le silence de Macron lors de leur rencontre ne peut pas être interprété comme un assentiment des thèses israéliennes mais comme une attitude protocolaire normale face à un invité que l’on veut respecter.

Si les deux personnalités se sont retrouvées sur la condamnation de l’antisémitisme, sur la «vigilance» à propos de la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 et sur le «partage des inquiétudes sur l’armement du Hezbollah libanais», le chemin est encore long avant de trouver une solution acceptable au Proche-Orient.

Certes, Netanyahou a déclaré : «Nous partageons le même désir pour un Moyen-Orient paisible», mais il n’a pas précisé comment il entrevoyait les éventuels pourparlers de paix. C’est ce qui lui est reproché par les Occidentaux qui considèrent que rien n’avance dans ce domaine.

Alors que Macron avait fait un effort d’initiative avec Donald Trump, il s’est montré plus réservé avec le Premier ministre israélien au point qu’il a été difficile à Netanyahou de tester les intentions françaises.

L’optimisme est un sentiment exagéré en l’état actuel des positions sur le conflit israélo-palestinien.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/07/netanyahou-teste-les-intentions.html