Hier après-midi, la nouvelle est tombée, sèche, implacable, et les recours du Likoud à la Cour Suprême n’y ont rien fait : le Procureur Général de l’Etat suit les recommandations de la police, et décide d’entamer une procédure d’inculpation à l’encontre du Premier ministre Benyamin Netanyahou dans les trois dossiers « 1000 », « 2000 » et « 4000 ». Les chefs d’accusation sont abus de confiance, fraude et corruption.

Ca se complique sérieusement, donc, pour Netanyahou, qui a réagi en organisant une conférence de presse quelques heures après, lors de laquelle il attaqué violemment le système judiciaire, qu’il a accusé ouvertement « d’avoir cédé aux pressions d’une gauche incapable de rivaliser avec lui sur le plan politique« , et a appelé son électorat à tenir bon. Son discours s’est voulu offensif, pugnace, mais il est désormais dos au mur.

L’annonce de son inculpation a déjà fait perdre quatre sièges dans un sondage paru ce matin, et si cette tendance se confirme, cela viendrait montrer que sa base lui reste fidèle, mais que le ventre mou de l’électorat israélien, ce « Centre » mouvant et volatile ne lui pardonnera pas. En 2015, les élections étaient serrées, le bloc Avoda/Livni avait tenu la dragée haute jusqu’au soir même des résultats, qui donnaient initialement une égalité parfaite, et avaient brièvement donné espoir à la gauche de former un contrre-bloc avec Lapid. Netanyahou l’avait finalement largement emporté après décompte des voix des soldats. Mais ça, c’était à une autre époque.

En 2015, Netanyahou n’était pas handicapé par des ennuis judiciaires, et surtout, le paysage politique israélien était très différent. Il avait pu compter sur des partis de centre-droit et de droite suffisamment robustes pour construire une coalition stable. Aujourd’hui, ce n’est plus la même musique. Le Likoud conserve un score certes très solide, mais le centre lui échappe totalement, et les partis de droite sont affaiblis, à tel point que Netanyahou a du déployer des efforts considérables, écourtant même un voyage en Russie, pour unifier les partis de la droite religieuse nationaliste et les partis d’extrême-droite, et conserver un espoir d’avoir de quoi construire une majorité.

D’autre part, en unifiant le centre sous une bannière largement « militaire », en entretenant un flou artistique sur une quelconque plateforme politique, et en jouant sur la fibre patriotique, Gantz, Ya’alon et Ashkenazi séduisent le centre et la gauche du Likoud. Leur alliance avec Lapid donne espoir à des laïcs toujours exaspérés par des dossiers toujours non résolus comme l’incorporation des H’aredim dans Tsahal ou le fonctionnement des transports publics pendant Shabbat.

Cependant, la situation n’est pas plus simple pour « Kah’ol Lavan » (bleu blanc), et Gantz va se retrouver face à des calculs compliqués. D’abord, même si le sondage de ce matin lui octroie un score important (38 mandats), il ne lui donne pas pour autant la possibilité de former une coalition.

L’état des partis de gauche n’est pas en meilleur que celui des partis de droite : Avoda est à la peine avec moins d’une dizaine de mandats, et Meretz flirte très dangereusement avec le pourcentage minimum obligatoire. Dans ces conditions, il est à peu près certain que Gantz, s’il arrive en tête, n’aura pas le choix, et devra former un gouvernement d’union nationale avec le Likoud.

Or, Gantz et Lapid ont clairement exprimé leur refus de siéger dans un gouvernement avec Netanyahou. Travailler avec un Likoud « Post-Netanyahou », oui, ont-ils dit hier, mais pas question de former un gouvernement avec Netanyahou. Alors, si Netanyahou refuse de quitter la tête du Likoud, que va-t-il se passer ?

D’autres facteurs compliquent encore l’équation. Dans l’hypothèse où Netanyahou arriverait en tête et voudrait former un gouvernement, quelle serait la position du Président, Ruby Rivline, qui déteste cordialement Netanyahou ? Rivline approuverait-il Netanyahou pour former le gouvernement, alors que la justice l’a formellement inculpé ? D’autre part, n’oublions pas ce qui se passe au Likoud. Pour l’heure, la base reste fidèle au chef. Mais qui peut dire si cela restera le cas indéfiniment ?

Après tout, les candidats soutenus par Netanyahou ont tous été boudés par les membres du Likoud lors des dernières primaires. Et Gideon Sa’ar, pour qui Netanyahou avait ouvertement appelé à ne pas voter, est arrivé tout en haut de la liste. Ce n’est un secret pour personne que Sa’ar lorgne sur la tête du Likoud depuis des années, tout comme Gilad Erdan et Israël Katz. Ils sont influents, ils disposent de fidèles et de bases électorales solides au Likoud, resteront-ils fidèles au chef indéfiniment ?

A quarante jours des élections, bien malin qui peut prévoir ce qui va ressortir de tout ça, et à quoi va ressembler le prochain gouvernement.