Si l’on veut comprendre le secret de l’attitude résolue et de la politique constante de Benjamin Nétanyahou dans le dossier iranien, depuis presque deux décennies, il faut se pencher sur la figure de l’historien Bentsion Nétanyahou, disparu il y a six ans, qui a exercé une influence durable sur son fils. Portrait d’une figure marquante du sionisme révisionniste. P.L.

Bentsion Nétanyahou, père de l’actuel Premier ministre d’Israël, décédé en 2012 à l’âge de 102 ans, était un historien réputé, à l’esprit vif et aux opinions tranchées. Il n’était pas à proprement parler un homme politique, même s’il a connu de près plusieurs figures de proue du mouvement sioniste – au premier rang desquelles il faut citer Zeev Jabotinsky – et s’il a pris une part importante aux activités du mouvement sioniste jabotinskien, en Israël et surtout aux États-Unis, où il a passé une grande partie de sa vie.

Bentsion Nétanyahou est surtout un historien de renommée internationale, spécialiste du judaïsme espagnol au Moyen-Age. Son parcours intellectuel, intéressant à plusieurs titres, permet aussi de comprendre dans quel environnement a grandi son fils, Binyamin Nétanyahou.

Bentsion Nétanyahou est né à Varsovie, en Pologne, en 1909. Son père, Nathan Mileikovski, était un écrivain et militant sioniste. En 1921, la famille émigre en Eretz-Israël, où Bentsion, qui a hébraïsé son nom, fréquente les cercles sionistes révisionnistes et se lie notamment avec Abba Ahimeir (dirigeant du mouvement nationaliste « Brith ha-Byrionim » ou “Alliance des rebelles”).

Bentsion étudie à l’université hébraïque de Jérusalem, où son professeur est le fameux Joseph Klausner, grand-oncle de l’écrivain Amos Oz. Par la suite, il se rend à New-York, où il devient le secrétaire particulier du dirigeant sioniste Zeev Jabotinsky. Après le décès de ce dernier, en 1940, Nétanyahou poursuit ses activités sionistes aux États-Unis.

Il se marie en 1944 avec Tsilla, qui lui donnera trois fils : Yonatan (le légendaire « Yoni », tombé lors de l’opération audacieuse de libération des otages à Entebbé, en 1976), Benjamin et Ido. Bentsion reprend également ses études d’histoire, consacrant son doctorat au philosophe juif Isaac Abravanel.

En 1949, il rentre en Israël, mais l’université hébraïque refuse de lui donner un poste, en raison de ses opinions politiques. Cela n’empêchera pas Bentsion Nétanyahou d’accomplir une brillante carrière universitaire aux États-Unis, où il devient professeur à l’université Cornell.

Ses livres, consacrés principalement à l’histoire des Juifs d’Espagne, ont tous été publiés en anglais (Don Isaac Abravanel, homme d’État et philosophe ; Les origines de l’Inquisition dans l’Espagne du quinzième siècle ; Les Marranes en Espagne). Plus récemment, il a publié un livre en hébreu sur les « Cinq pères fondateurs du sionisme »…

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Empêcher une nouvelle Shoah

Si l’on veut déchiffrer la personnalité du père de l’actuel Premier ministre et tenter – dans la mesure du possible – de comprendre ce que ce dernier lui doit, il faut s’intéresser à l’œuvre historique de Bentsion Nétanyahou. Ce dernier était en effet avant tout un intellectuel et un universitaire, dont le centre d’intérêt principal pendant plusieurs décennies a été l’histoire du judaïsme espagnol au Moyen-Âge, sujet très éloigné en apparence de la vie politique et des préoccupations actuelles des dirigeants israéliens.

Le livre auquel Nétanyahou-père a consacré la plus grande partie de sa carrière est sa biographie de Don Isaac Abravanel, célèbre philosophe et homme d’État juif, qui présida au destin de sa communauté à la veille de l’expulsion des Juifs d’Espagne. La première édition de ce livre est parue en 1953 aux Etats-Unis, et il a été réédité plusieurs fois. Il n’a été traduit en hébreu que tout récemment.

Dans un entretien publié à l’occasion de la parution de ce livre en Israël, Bentsion Nétanyahou racontait avoir été presque convaincu par les arguments messianiques développés par Abravanel en lisant ses écrits, tellement ce dernier était un écrivain talentueux. Mais ce qui l’a le plus intéressé chez Abravanel est la manière dont il a su prendre des décisions courageuses, en une période de crise et de danger suprême pour le judaïsme espagnol dont il avait la responsabilité…

On raconte ainsi qu’Isaac Abravanel usa de toute son influence pour tenter d’annuler le décret d’expulsion pris par le roi Ferdinand II d’Aragon et la reine Isabelle, leur offrant des sommes considérables. Ceux-ci voulurent même le persuader de rester malgré l’expulsion, mais Abravanel préféra suivre sa communauté en exil.

Bentsion Nétanyahou compare l’attitude courageuse d’Abravanel à celle des Juifs américains, avant la Shoah et aujourd’hui, auxquels il reproche leur « manque de conscience historique et de compréhension politique ». A ses yeux, on le voit, l’historien ne doit pas se retrancher dans sa tour d’ivoire, mais tirer les leçons du passé. Celles-ci sont évidentes, en 1940 comme aujourd’hui.

Lors d’une interview à la télévision israélienne, Nétanyahou expliquait ainsi que la Shoah ne s’était pas arrêtée en 1945, mais qu’elle se poursuivait en fait jusqu’à maintenant, à travers la volonté génocidaire des ennemis d’Israël, et notamment de l’Iran des Ayatollah.

On retrouve un écho de cette conviction dans le discours prononcé par Benjamin Nétanyahou lors de cérémonies officielles du Jour de la Shoah à Jérusalem, où il a déclaré que son « devoir suprême » était d’empêcher une nouvelle Shoah. On comprend bien, au vu de son histoire familiale, qu’il ne s’agit pas de simples mots, mais d’une conviction profonde que Nétanyahou a héritée de son père, dont la pensée et l’œuvre continuent ainsi d’inspirer sa politique.

Article initialement paru dans Israël Magazine