Netanyahou a échoué à combattre l’antisémitisme

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu donnant une conférence de presse, à Jérusalem, le 10 août 2025. Crédit : Abir Sultan/POOL/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu donnant une conférence de presse, à Jérusalem, le 10 août 2025. Crédit : Abir Sultan/POOL/AFP)

On a l’habitude de dire que « l’antisémitisme n’est pas que l’affaire des Juifs », et Sartre écrivait à juste titre : « (La question juive) nous intéresse tous directement ; nous sommes tous solidaires du Juif puisque l’antisémitisme conduit tout droit au national-socialisme. » ¹

Cela est vrai ! L’antisémitisme fut l’axiologie du nazisme, son essence même ; Hitler lors d’une interview publiée en janvier 1931 expliqua clairement au journaliste qui l’interrogeait que : « S’agissant de l’antisémitisme, sachez que ce n’est pas qu’un aspect de notre programme. C’est le cœur de notre programme (…)» ² Le nazisme a mené à l’extermination insensée de six millions de Juifs, dont plus d’un million d’enfants, mais aussi à la guerre la plus grande et la plus destructrice que connut le monde.

Il n’empêche que même si le nazisme/antisémitisme entraîna une catastrophe absolue pour le monde entier, le sort réservé aux Juifs fut le plus cruel étant donné qu’ils furent le seul groupe humain à avoir été désigné comme l’unique cible d’une extermination systématique et industrielle. En cela, si l’antisémitisme n’est certainement pas que l’affaire des Juifs, les Juifs sont malgré tout les premiers à devoir s’en inquiéter et les premiers à devoir le combattre. Souvenons-nous que c’est l’antisémitisme qui sévissait lors de l’Affaire Dreyfus qui fut à l’origine de la fondation du sionisme politique que Theodor Herzl nous a légué. Dès lors que, Dieu merci, Israël existe, il se doit d’être le fer de lance de la lutte globale contre l’antisémitisme. Nous ne pouvons donc que déplorer amèrement l’échec que constitue la pusillanimité avec laquelle l’antisémitisme a été combattu de la part de tous les gouvernements israéliens depuis au moins la Conférence de Durban de 2001, et en particulier depuis les massacres du 7 octobre 2023.

Le fait de ne pas avoir lutté contre l’antisémitisme est une trahison commise contre le Peuple juif et contre l’essence même du sionisme ! Le manque de réaction de la part d’Israël face aux attaques et aux pires diffamations dont l’État juif est l’objet – y compris de la part de chefs d’État et de gouvernement – est totalement sidérant. Les insultes et les mensonges éhontés à l’encontre d’Israël pleuvent de la part de pays comme la France, l’Espagne, le Canada, l’Irlande, le Royaume-Uni, etc. (je ne parle ici que des pays occidentaux), et pourtant Benyamin Netanyahou et ses équipes restent quasiment impassibles, réagissant de façon sporadique aux attaques verbales et aux actes hostiles par des banalités du type « vous faites le jeu du Hamas », argument qui n’impressionne personne… Les mesures de rétorsion vis-à-vis de ces pays restent très symboliques ou anecdotiques, et ne rétablissent en rien la dissuasion politique nécessaire d’Israël sur l’échiquier international. Ni explication (hasbara), ni coup de gueule pour dénoncer les propos abjects de chefs d’États, de journalistes, d’intellectuels, d’artistes, sans parler du manque de réaction totale face aux ONG noyautées par le Hamas, le Hezbollah, et le Fatah comme l’est Médecins sans Frontières (MSF) à Gaza (dont la complicité avec le Hamas a été dénoncée et documentée avec courage par l’ancien Secrétaire général de MSF, M. Alain Destexhe qui m’accorda plusieurs interviews à ce sujet), ou comme l’est La Fondation Hind Rajab qui se situe en Belgique et qui harcèle nos soldats en vacances à l’étranger en déposant contre eux des plaintes juridiquement ridicules. Son fondateur, Dyab Abou Jahjah, a reconnu être un ancien membre du Hezbollah. Idem pour l’organisation de boycott d’Israël BDS cofondée par le qatari Omar Barghouti et dont le centre névralgique se situe – selon les renseignements militaires israéliens – à Ramallah sous contrôle de l’Autorité palestinienne.

Pourquoi ce gouvernement et les services de l’État ne réagissent pas aux accusations ô combien fallacieuses et abjectes de « génocide » dont Israël est injustement accusé et dont l’impact sur tout le peuple juif se fait ressentir ? Pourquoi Israël ne porte-t-il pas plainte de façon systématique contre les personnalités dénonçant ce prétendu « génocide » à Gaza ? Pourquoi faut-il attendre les actions individuelles d’un courageux et brillant juriste tel que Yann Jurovics, maître de conférence en droit international (Université d’Évry Paris Saclay) qui a écrit dans la revue de la LICRA, Le Droit de vivre, que « l’accusation de génocide contre Israël (est) une instrumentalisation du droit international » à des fins antisémites, et que « dans l’affaire Afrique du Sud c/ Israël, la Cour internationale de justice n’a jamais employé les termes « risque de génocide » à Gaza, qui lui ont été tant imputés dans les médias » ?

Pourquoi Benyamin Netanyahou avec son éternel petit sourire en coin ne porte pas haut et fort cette parole au lieu de jouer les comiques sur les réseaux sociaux en pensant que se montrer ballon au pied pendant la Coupe du monde de football aura un effet positif sur l’opinion publique mondiale ? Pour éviter tout malentendu, je veux ajouter ici que je ne fais aucunement partie des « Bibiphobes » primaires, je suis même à l’initiative d’une tribune de soutien à Benyamin Netanyahou et à son gouvernement que j’ai pu faire publier dans l’excellent site d’informations Atlantico, et ce grâce au courage du directeur de la rédaction et cofondateur du site M. Jean-Sébastien Ferjou.

Alors, pourquoi les services secrets israéliens ne sont-ils pas employés à cibler les propagandistes antisémites comme le fit en 1972 le Mossad – sous la direction de Zvi Zamir – à l’encontre de Bassam Abou Sharif qui était alors le porte-parole du groupe terroriste FPLP ? Pourquoi cette terrible aboulie de la part des dirigeants israéliens face au déchaînement de haine et de mensonges qui s’abat sur le pays, et sur les Juifs du monde entier ? Le chanteur Boy George a fait plus pour défendre l’État hébreu avec sa formidable chanson de trois minutes « We will dance again » (ou עוד נרקוד en hébreu) – dont les paroles commencent par le fracassant : « Vous dites génocide, je dis guerre. » – que tous les services de l’État d’Israël n’ont fait en trois ans de conflit ! En fait, Israël n’a étrangement jamais compris le rôle essentiel de la guerre informationnelle, surtout à l’heure des réseaux sociaux ! Ce front – car c’est un front tout comme les fronts militaires auxquels Israël fait face – n’a même pas été perdu par Israël car il n’a même jamais été sérieusement envisagé comme un champ de bataille à conquérir !

Benyamin Netanyahou reste dans sa bulle en pensant comme beaucoup de responsables israéliens de droite comme de gauche que le légitime bon droit d’Israël suffit à combattre les diffamations et les fake news propagées par les médias occidentaux. Que dire de la communication de Tsahal sur Instagram ou Facebook qui relève plus souvent de l’amusement de collégiens dont le but est de « divertir » que de contrer la propagande anti-israélienne et d’imposer le respect ?

Israël devrait même passer à l’offensive en rappelant par exemple à tous ces Américains qui lui crachent dessus en le traitant d’« État colonial » – alors que les Juifs répondent à tous les critères correspondant à la définition du peuple autochtone (lien historique avec la territoire, langue, culture et religion) –  qu’ils habitent une terre qui appartenait aux Amérindiens ! Pourquoi ne pas rappeler à cette Europe donneuse de leçons que son histoire est à jamais entachée par l’événement (comme le disait Jean-François Lyotard), c’est-à-dire par Auschwitz (au sens métonymique du terme), à savoir par le plus grand crime de l’Histoire, et qu’elle s’en est sortie à bon compte alors que sa dette morale vis-à-vis des Juifs ne pourra jamais être couverte par la prescription (il y a imprescriptibilité du crime contre l’humanité).

Il est vrai alors que l’Europe préfère se débarrasser des derniers témoins de son crime que sont les Juifs, plutôt que de payer sa dette en soutenant Israël dans son légitime combat contre ses ennemis fanatiques et irréductibles. Alors que nous savons que le Qatar et l’Arabie saoudite ont investi des milliards de dollars dans les universités américaines afin de diffuser leurs thèses politico-religieuses, Jérusalem reste sans réaction et regarde le train de la propagande antisémite passer avec la même apathie que des vaches dans un champ de marguerites.

Pourquoi faut-il attendre que ce soit des organisations indépendantes, quelques excellents journalistes de bonne foi qui risquent gros, alors qu’ils ne sont souvent pas Juifs, tels que Jean Quatremer, Caroline Fourest, et quelques autres (honneur leur soit rendu !), qui arrivent en parfois à peine quelques minutes de brillantes plaidoiries à anéantir les fake news concernant un prétendu génocide et une prétendue famine à Gaza ?

Tous les gouvernements israéliens qu’ils soient de droite comme de gauche ont totalement échoué depuis des décennies à agir contre la propagande antisémite/antisioniste ! Il ne faut plus seulement être réactif, mais proactif : Israël doit infiltrer les milieux politiques, les médias, les universités, le monde artistique et culturel et faire ce que ses ennemis arrivent à réaliser dans le domaine de la guerre informationnelle.

Il est déjà trop tard, mais tentons de remonter au moins un peu la pente…

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¹  Réflexions sur la question juive; Jean-Paul Sartre
² Les Entretiens oubliés d’Hitler 1923 – 1940 ; Éric Branca
à propos de l'auteur
​Frédéric Sroussi est journaliste et essayiste. Il a collaboré, entre autres, au Journal du Parlement français, à l'édition française du Jerusalem Post, à la revue de l'Instituto Centroamericano de Prospectiva e Investigación (ICAPI), à la revue France-Israël Information, à Front Populaire, Tribune Juive et Atlantico. Il est aussi l'auteur de trois essais dont un ouvrage collectif pour les éditions du Centre Pompidou de Paris.
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