Lettre au Président de la République

Avec en annexe une lettre au Président du Mémorial de Caen

Envoi électronique du 5 Juin 2019

Monsieur le Président,

Je voudrais vous faire part de mon émotion suscitée par l’absence de la Russie demain lors de la commémoration du débarquement dont l’importance objective a, à mon avis, été exagérée dans le contexte global du conflit. L’invitation de la Russie est à mon opinion un devoir éthique de gratitude à l’égard du sacrifice d’environ 25 millions de morts soviétiques (à comparer à moins d’un million de morts pour les alliés anglo-saxons) qui ont permis à l’URSS de vaincre pratiquement seule le nazisme.

Ce respect de l’objectivité de l’Histoire est d’autant plus important que la France a joué un rôle sombre au cours de la guerre qui a objectivement entraîné dans une certaine mesure l’allongement du conflit global.

Je tiens à rappeler qu’Israël qui est pourtant un allié inconditionnel des Etats Unis, a érigé en 2012 un magnifique Mémorial au nom du peuple juif et de celui d’Israël en remerciement du sacrifice du peuple russe et des peuples de l’URSS pour avoir joué le premier rôle dans la victoire qui a mis fin à la Shoah.

Ce Mémorial a été inauguré le 25 juin 2012 par Shimon Peres Président de l’Etat d’Israël et le Président Poutine. Le peuple juif a suffisamment souffert pour savoir à qui ils devaient la fin de leur enfer sur terre et la France devrait avoir un comportement éthique comparable.

Je vous joins une lettre adressé au Mémorial de Caen qui joue un rôle important dans la diffusion du récit de l’Histoire du second conflit mondial et au président duquel je demande que parmi les drapeaux qui flottent toujours devant le mémorial figure celui de la Russie et que secondairement celui de l’Allemagne qui n’a pas sa place en ce lieu soit retiré. A ce jour je n’ai pas reçu de réponse.

Je désirerais aussi que les programmes d’Histoire dans les lycées et collèges soient revus pour qu’y soit introduit plus d’objectivité dans la narration du second conflit mondial en y incluant le rôle négatif que la France y a pu jouer par sa politique intérieure et sur les conséquences militaires de celui-ci sur la durée du conflit global. On doit noter que l’effort de l’Allemagne en matière d’honnêteté historique a eu des effets vertueux sur la nouvelle génération.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma considération respectueuse.

Didier Bertin

Annexe:

A : Messieurs Christophe Prime, Historien et Stéphane Grimaldi, Président du Mémorial de Caen

Transmission par courrier électronique – Urgent-  29 Mai 2019.

Messieurs,

La guerre froide est terminée et avec elle l’incitation à faire en Europe une narration déformée du second conflit mondial motivée par l’anticommunisme ; il est donc temps de redonner sa place à l’Histoire dans sa réalité.

J’avais fait valoir auprès du Président Hollande la dette de l’Europe à l’égard de l’immense sacrifice des peuples de l’URSS pour son rôle clef dans la Libération et cela avait eu à mon avis une certaine influence en ce qui concerne l’invitation du Président Poutine pour la première fois lors de la commémoration du 70e anniversaire du débarquement en Normandie.

L’opinion que l’on peut avoir sur l’action de la Fédération de Russie (notamment en Ukraine) ne doit pas faire oublier cet immense sacrifice des peuples de l’URSS. La moyenne des estimations des pertes civiles et militaires de l’URSS s’élève  à environ 25 millions de victimes contre moins d’un million (principalement des militaires) pour les alliés anglo-saxons (Etats Unis, Canada, Royaume Uni et Australie).

J’avais aussi fait une intervention dans ce sens dans le cadre d’une conférence à l’UNESCO (*) devant un certains nombre de représentants des pays alliés. Je ne ferai pas de commentaires sur l’imbroglio à l’origine de l’absence regrettable du Président Poutine pour le 75e anniversaire.

Je félicite l’équipe du Mémorial de Caen de l’avoir sorti de sa seule consécration au débarquement en Normandie en élargissant son champ de vision à l’ensemble du conflit. Sans entrer dans des détails que vous connaissez l’écrasement progressif des troupes allemandes a été notamment le résultat d’immenses batailles de chars à l’Est (dont l’URSS était à cette époque le premier producteur mondial juste devant les Etats Unis).

En comparaison le débarquement de Normandie n’a été qu’un élément d’appoint bien tardif et finalement lent. A ce moment, les forces russes étaient en forte progression vers l’Ouest et une très grande partie des forces allemandes était anéantie. Nous ne devons pas non plus oublier que la collaboration de la France avait permis dans les faits aux allemands de concentrer plus de forces à l’Est.

Sauf erreur de ma part, je n’ai pas vu au Mémorial le drapeau de la Fédération de Russie (principal allié) dont l’absence serait une insulte à la mémoire des 25 millions de victimes de l’URSS tombées pour la libération de l’Europe du fascisme et du nazisme. Si c’était le cas cela devrait être immédiatement rectifié.  

Par ailleurs je suis choqué de voir le drapeau allemand flottait parmi ceux des alliés même s’il n’arbore plus la croix gammée. Le nazisme a été porté au pouvoir par les allemands et leur drapeau n’a pas sa place en ce lieu de mémoire et de respect bien qu’il l’ait légitimement pour tout ce qui se rapporte à l’Union Européenne.

J’attends, Messieurs, votre réponse dans les plus brefs délais et je vous prie d’agréer mes meilleures salutations.

Didier BERTIN

(*) Conférence organisée par le Centre Simon Wiesenthal le 2 Juillet 2015.