Inquiétude, vigilance, résignation : décidément, cette campagne restera dans la mémoire des Juifs français, l’une des plus désespérantes de la cinquième république.

Autour de la table du chabbat, à la sortie de l’office, dans les restos cashers, sur les plages israéliennes, devant la porte des écoles juives toujours gardées par des hommes en arme, partout où ils se rencontrent, de Paris à Marseille et de Natanya à Ashdod, c’est le même sentiment d’amertume et de dégout devant le spectacle qu’offre la classe politique française.

Si, il y a encore quelques années, la présence du front national au second tour était perçue comme un choc, c’est devenu aujourd’hui une évidence acceptée de tous. Mais le pire, c’est qu’on n’est plus vraiment persuadé qu’une victoire de Le Pen soit le plus grand des cauchemars ! Les autres candidats rivalisent d’hostilité vis-à-vis d’Israël, hostilité faite d’ignorance et d’incompréhension dans le meilleur des cas, de haine et d’agressivité pour les autres.

En tant que français, l’opportunisme creux d’un Macron, la corruption d’un Fillon et la démagogie agressive d’un Melanchon rendait déjà le choix difficile. En tant que Juifs, le dilemme entre la peste et les différentes sortes de cholera devient carrément douloureux. « Il n’y a personne pour qui voter », entend-on le plus souvent, « pas un pour relever le niveau ».

Et pourtant…

Et pourtant les phrases qui vont suivre ont bien été prononcées par l’un des candidats à la présidentielle. Et elles l’ont été ouvertement, devant des caméras, sur le ton de la franchise et de l’admiration. Vous êtes nombreux, je le sais, à ne pas les avoir entendues. Ces phrases, les voici :

– L’histoire juive n’est semblable a aucune autre
– Le peuple juif a toujours été à l’avant-garde pour surmonter des épreuves qu’aucun autre peuple n’a connues
– Les israéliens ont réussi l’impossible : faire naitre de la verdure sur du désert!
– Ce que vous, les juifs israéliens, faites dans la recherche de la paix n’a jamais été fait ailleurs
– Israël est un soleil qui brille sur toute l’humanité
– Israël est pour moi une source d’étonnement, de réflexion et d’inspiration permanente
– Israël peut être fier de tout ce qu’il a fait et continue à faire

Mais n’allez surtout pas croire que notre homme n’a pour seule qualité, que celle d’être ouvertement pro-israélien et admirateur du peuple hébreu. Il se trouve qu’il a aussi un projet social, un courage et une détermination hors du commun dans le monde des élus parlementaires. Vous en connaissez beaucoup, vous, des élus qui, pour éviter la délocalisation d’une usine de la région dont ils sont les représentants, font une grève de la faim jusqu’à obtenir gain de cause et empêcher ainsi le licenciement des ouvriers ?

Vous en connaissez beaucoup des élus qui, pour mieux connaitre l’Hexagone, pour mieux découvrir ses régions et rencontrer ses habitants, entreprennent de faire durant des mois un tour de France de 6000 km à pied ! L’homme duquel je vous parle représente la France des campagnes et du terroir, la France ignorée par la bulle parisienne et les faiseurs de Une des grandes citées froides et impersonnelles.

Vous dites qu’il faut voter utile, pour éviter le pire. C’est mal comprendre le principe de l’élection a deux tours. Le premier tour d’une élection sert à voter positivement pour le candidat avec qui vous vous identifiez. C’est au second tour que vous aurez l’occasion de voter pour empêcher le pire.

Les amis d’Israël sont-ils si nombreux pour qu’on ait le droit moral de leur tourner le dos ? Les hommes droits et intègres sont-ils donc légion pour qu’on puisse se permettre de les ignorer superbement ?

L’homme qui a prononcé ces mots et qui a fait ces gestes ne caracole pas en tête des sondages. Parce qu’il a un accent rigolo, parce qu’il a un nez imposant, parce que son élocution est originale, parce qu’il ne remplit pas les critères exigés (par qui ?) pour crever l’écran et attirer les journalistes ! Est-ce une raison pour l’ignorer lorsque nous serons derrière l’isoloir ?

« Ne regarde pas l’emballage, dit le Talmud, mais ce qui est à l’intérieur ! ». Sage conseil. Plus actuel encore aujourd’hui, dans ce monde qui privilégie si grossièrement le paraitre sur l’être !

Jean Lassalle a un accent. Et Moise était bègue. Ça n’a pas empêché ce dernier de guider son peuple vers la liberté. Ça ne vous empêchera pas, dimanche prochain, de mettre le nom du premier dans l’urne. Simple question de bon sens, de savoir-vivre et de savoir reconnaitre ses amis. Bon vote !