En Mai 2017, Emmanuel Macron est devenu le huitième Président élu de la cinquième République (on ne peut pas compter l’intérim assuré au décès de Georges Pompidou par le Président du Sénat Alain Poher).

Mais la véritable légitimité du Président s’acquiert dans sa réélection et seuls le Général De Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac ont bénéficié deux fois des faveurs du suffrage présidentiel. Et encore faut-il nuancer les choses, François Mitterrand a utilisé l’épouvantail de la cohabitation pour reconquérir le vote du peuple français pour un second septennat et Jacques Chirac a bénéficié d’un premier tour incroyable, qui a abouti à l’élimination de Lionel Jospin, pour être réélu triomphalement face à Jean-Marie LePen.

En réalité, seul le fondateur de la cinquième, disposait de cette réelle légitimité acquise durant la guerre bien avant son élection. L’Homme qui avait su dire «NON» tenait sa légitimité de sa résistance aux forces nazis, à son refus de la défaite et du renoncement.

Il portait avant tout l’idée de la grandeur de la France et a facilité l’action de technocrates de grand talent.

Emmanuel Macron a gagné mais il lui reste à convaincre pour acquérir une telle légitimité seuls à même de lui permettre de modifier profondément le pays.

Il a battu des partis politiques agonisants et a convaincu les éléments les plus modernes de l’électorat (guère plus du quart des votants). Mais la France, ce pays royaliste et régicide, ne croit plus à sa Grandeur et pas encore à celle d’une Europe trop anglo-saxonne et germanique dans ses fondements.

Il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’il acquiert cette légitimité sans laquelle il n’accomplira pas son œuvre de refondation du pays à travers son action européenne. Au contraire, cette légitimité est nécessaire pour relancer une Europe étouffée par une bureaucratie et des lobbies tentaculaires.

Trente années d’immobilisme ont accompli leur œuvre et le pays reste bloqué et habitué à une absence de perspectives claires.

Le comportement récent des deux ministres démissionnaires montre que l’un (Nicolas Hulot) était déjà dans la septième République (la sixième est réservée au tribun castriste), quand l’autre (Gérard Collomb) était resté dans celle des notables de province (la troisième ou la quatrième je vous laisse le choix) – ces derniers incarnant selon lui un vrai pouvoir décentralisé.

Seule la pratique du pouvoir sur le moyen terme permettra de forger ce que l’on pourra appeler le macronisme, pour l’instant il ne s’agit que d’une aventure brillante partagée avec quelques amis courageux (il faut y voir les racines de ce que l’on a nommé l’affaire Benalla).

Beaucoup tablent sur l’échec de ce président atypique qui a la prétention d’égaler le Général ou François Mitterrand.

Tous chercheront à faire capoter la révision constitutionnelle fixant ainsi les limites du pouvoir présidentiel. Une coalition d’intérêts hétéroclites, barons locaux, politiciens professionnels plus attachés aux partis (qui les font vivre et souvent bien vivre) qu’à un pays privé d’une gouvernance claire et décidée, est à la manœuvre pour gripper une machine convalescente.

Certes des erreurs ont été commises et le Président a sous-estimé la capacité de nuisance de ces corps intermédiaires. Certes le Président a laissé croire qu’il avait besoin de parrains (mais le pouvoir présidentiel ne se partage pas).

Le parti présidentiel (qui est en fait un mouvement) trop dépendant du Président, ne s’est pas réellement mis en ordre de marche et à du mal à influer sur l’opinion des Français.

Il restera un Mouvement de Godillots (qui ne sont pas de mauvaises chaussures) sauf à s’illustrer rapidement par une action renforçant sa cohésion, permettant de développer et d’intérioriser la pensée du Président pour en faire l’équivalent d’une idéologie.

Désormais il ne reste au Président qu’une seule voie pour acquérir la légitimité nécessaire à son œuvre : Le referendum.

C’est le seul moyen de confirmer sa volonté, son audace, son discernement et son ambition. Car la reforme constitutionnelle est la pierre angulaire des reformes à venir, et le véritable acte fondateur d’une nouvelle ère pour la France et pour l’Europe.

En Marche ne pourra se constituer en tant que force politique majeure qu’autour de ce combat décisif.

Car ne nous leurrons pas les armes employées dans ce que certains appellent l’Affaire Benalla sont plus du ressort du Coup d’État politique que dans la simple volonté de corriger des dysfonctionnements de la République.