70 ans après la Shoah, 60 ans après les premières pierres de la construction européenne, l’Europe a balayé, fort heureusement, de nombreux symboles de la gangrène nazie. A l’image du centre des congrès de Nuremberg, de la station balnéaire de Prora, l’emblème national ne fait-il pas lui aussi partie de ce patrimoine bien encombrant que La République fédérale devrait jeter aux oubliettes ?

A chaque événement institutionnel, culturel ou sportif, l’hymne raisonne dans les chaumières du pays des Länders. Son harmonie musicale ne saurait être démentie et pour la génération Erasmus, Das Deutschlandlied, le Chant d’Allemagne, évoque les victoires retentissantes de Michael Schumacher, de la National Mannschaft, Steffi Graf… Mais pour les rescapés des camps de la mort, pour la mémoire des 6 millions d’âmes parties entre 1942 et 1945 et pour leurs descendants, l’hymne ne porte t-il pas en lui les braises du IIIème Reich, même si son compositeur, l’autrichien Joseph Haydn, n’a pas été mandaté par le régime nazi ?

Le Das Deutschlandlied a fait l’objet de débats, au plus haut de l’état, entre le conservateur Konrad Adenauer, fidèle aux traditions, et le démocrate Theodor Heuss, qui souhaitait faire table rase du passé. Tronqué de ses deux premiers couplets, dont l’expression connote fortement l’idéologie hitlérienne, il est réduit aujourd’hui à son troisième couplet, et prône des valeurs démocratiques.

Un hymne dont les accents martiaux rappellent immanquablement les grandes assemblées du Parti national-socialiste, au cours desquelles les drapeaux rouges floqués d’une croix gammée et déployés d’un geste parfait, témoignaient d’une fidélité sans faille au Führer. Le Das Deutschlandlied, symbole de la nation allemande, n’offre t-il pas aux esprits nazillons d’aujourd’hui une caution de l’idéologie nazie ?

Ce n’est que l’humble réflexion d’une citoyenne française.