Je suis né dans une famille chrétienne au Liban en 1961. Mon premier souvenir d’Israël remonte au début des années 1970. Nous étions à table pour dîner, et les adultes parlaient de certains affrontements israélo-arabes. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’un de mes oncles (qui n’avait que dix ans de plus que moi) a dit avec défiance qu’il avait plus de sympathie pour Israël que pour les Palestiniens.

Je n’ai aucun autre souvenir de ma famille parlant d’Israël, même pendant l’opération Paix en Galilée qui a commencé en 1982 et durant laquelle des soldats israéliens sont arrivés jusqu’aux rues de Beyrouth. Cependant, je me souviens que mon père a lamenté la mort du président égyptien Gamal Abdel Nasser en septembre 1970, trois ans après la défaite humiliante de Nasser aux mains d’Israël. En dépit d’avoir eu à fuir l’Égypte où il a grandi, mon père, comme beaucoup de chrétiens égyptiens, a maintenu une affection pour l’Égypte et même pour le chef qui les a forcé à quitter.

Durand mes années au Liban, ma sympathie pour Israël était fondée sur une appréciation de sa modernité. Dans la société conservatrice libanaise, j’étais envieux des pays comme la France (à laquelle j’étais exposé tous les jours à l’école et à travers les médias) qui offraient des libertés dont nous, les jeunes libanais, ne pouvions que rêver. Quand j’ai entendu parler de Golda Meir, son air autoritaire et sa réputation de leader tenace contrastaient dramatiquement avec les rôles secondaires réservés aux femmes libanaises.

Quelques années après le début de la guerre civile libanaise (qui a commencé en 1975), j’étais en classe à l’école. Pendant que certains élèves travaillaient en groupe et que le professeur parlait avec d’autres, je suis allé au tableau et j’ai dessiné une étoile de David. Je ne me souviens pas de la réaction des autres élèves, mais cet incident a sans aucun doute confirmé la conviction de certains de mes camarades que j’étais un enfant bizarre.

En 1978, je me suis inscrit à l’école d’ingénieurs. Vers la fin du programme d’études, il y a eu plusieurs mois pendant lesquels j’ai traversé un point de contrôle israélien en route vers l’université. Les points de contrôle étaient communs durant la guerre civile, et nous devions tous porter une carte d’identité qui montrait notre religion. Les postes de contrôle tenus par les milices musulmanes étaient dangereux pour les chrétiens parce que, de temps en temps, les milices chrétiennes et musulmanes se vengeaient l’une de l’autre en tuant des individus d’après leur religion. Les points de contrôle israéliens, tenus par des jeunes soldats, ne m’ont pas dérangé.

 Au Liban au début des années 1980 avec deux amis - je suis celui du milieu

Au Liban au début des années 1980 avec deux amis – je suis celui du milieu

Je n’ai rencontré aucun des rares Juifs libanais qui étaient encore au Liban à cette époque, mais j’ai été exposé aux Juifs à travers la littérature française. J’ai lu à propos du premier ministre socialiste français, Léon Blum, un juif qui a refusé de quitter la France lorsque les nazis ont envahi le pays en juin 1940, et qui a été emprisonné par les autorités françaises et accusé de trahison pour s’avoir opposé au nouveau gouvernement pro-nazi du maréchal Pétain. J’ai lu aussi les penseurs juifs français modernes, tels que l’auteur de gauche Jean Daniel, fondateur et rédacteur en chef du Nouvel Observateur.

Quand j’ai quitté le Liban pour le Canada en novembre 1984, j’avais une haute opinion des Juifs et beaucoup de respect pour Israël, mais je n’en savais toujours pas grand-chose. Ce n’est qu’en 2003 que j’ai commencé à apprendre l’histoire israélienne en lisant le livre d’Alan Dershowitz, «The Case for Israel» (Le droit d’Israël : Pour une défense équitable), qui a attiré mon attention, et que je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt. Les arguments rationnels de Dershowitz basés sur des faits prouvables convenaient à mon esprit d’ingénieur. Après avoir lu ce livre, je suis devenu un champion de l’État juif.

Après «The Case for Israel», j’ai lu beaucoup d’autres livres à propos Israël. Les quatre livres qui m’ont le plus marqué sont «Ma vie» de Golda Meir (que j’ai lu en Français), «Shalom, Friend : The Life and Legacy of Yitzhak Rabin» (Shalom, ami : la vie et l’héritage d’Yitzhak Rabin) de David Horovitz, «The Prime Ministers : An Intimate Narrative of Israeli Leadership» (Les Premiers ministres : un récit intime du leadership israélien) par Yehuda Avner, et «Menachem Begin : The Battle for Israel’s Soul» (Menahem Begin : la bataille pour l’âme d’Israël) par Daniel Gordis.

J’en suis venu à admirer l’étonnant mélange de courage, de dévouement et d’humanité des dirigeants israéliens, tant de la gauche que de la droite. J’étais frappé par le respect inébranlable de Menachem Begin à l’égard de la primauté du droit en Israël, malgré le fait qu’il a été humilié à plusieurs reprises et mis à l’écart par les politiciens travaillistes et par les électeurs. J’étais impressionné par la force et l’intellect de Meir et Rabin combinés avec leur foi obstinée dans la paix avec le monde arabe.

Ma conversion au sionisme – la croyance que les Juifs ont le droit à l’autodétermination sur leur terre ancestrale – est banale. Je n’ai pas travaillé pour Shin Bet, je n’ai pas fui le Liban et franchi la frontière d’Israël, et je n’ai jamais été entouré d’un antisémitisme virulent que j’ai dû surmonter. J’ai grandi dans une famille solidaire et attentionnée où mes idées indépendantes n’étaient pas découragées. Mon sionisme est né naturellement de la curiosité intellectuelle et de l’apprentissage.

Un ami arabe m’a dit récemment qu’Israël est la meilleure chose qui aurait pu nous arriver à nous les Arabes. Cela m’a rappelé que je ne suis pas le seul parmi les Arabes à pouvoir comprendre le potentiel incroyable qu’Israël représente pour les Arabes en tant que voisin et partenaire. Je suis cependant l’un des rares à parler publiquement.

Quand il s’agit d’Israël, il n’y aucun doute que je porte mon cœur sur ma manche, et pourquoi ne le ferais-je pas ? Israël est un voisin duquel nous, Arabes, pourrions tellement apprendre, et avec qui nous pourrions avoir d’excellentes relations mutuellement bénéfiques, si seulement nous le souhaitions. Les Israéliens veulent simplement vivre en paix. Le monde arabe a utilisé et abusé de la cause palestinienne pour combattre Israël, et à cause de ça, il a heurtée le peuple palestinien et s’est heurte lui-même.

Les dirigeants arabes pourraient rapidement trouver une solution favorable pour les Palestiniens s’ils le souhaitaient, mais ils choisissent plutôt de continuer la haine. Je ne peux pas accepter ça, et je refuse de me taire. Je sais qu’une seule voix arabe dissidente ne veut pas dire grand-chose, mais si quelques milliers ou même quelques centaines d’Arabes s’exprimaient pareillement, les dirigeants arabes auraient beaucoup plus de difficulté à cacher la vérité.

Version anglaise: Growing up north of Israel: How I became an ardent Zionist