C’est donc avec l’appui de 61 députés sur les 120 siégeant à la Knesset que le gouvernement essaie vaille que vaille de survivre. A peine née, cette petite coalition est à la peine. Ses responsables doivent en permanence veiller à la présence dans l’hémicycle des députés du Likoud et des partis alliés : les séjours à l’étranger, la participation à des évènements familiaux … font courir au gouvernement le risque d’être mis en minorité (c’est arrivé une fois).

Plus encore, les textes importants portés par les membres du gouvernement sont à la merci de quelques élus du peuple soucieux de manifester leur indépendance ou voulant simplement défendre leurs convictions. Miri Regev, l’inénarrable ministre de la Culture et des sports, en a fait les frais : son projet de loi dit « culture et fidélité » (qui entendait interdire le financement par l’Etat de projets culturels ‘anti-nationaux’) a été obligée de retirer son texte.

Plusieurs députés de la coalition (Benny Begin du Likoud, Rachel Azaria du parti Koulanou) avaient manifesté leur refus de voter un texte jugé liberticide. Avigdor Liberman, lui, était animé par des sentiments beaucoup moins altruistes : il subordonnait son vote à l’acceptation de son projet de loi relatif à l’application de la peine de mort aux terroristes. Nul doute que dans la prochaine période, d’autres péripéties de ce type se produiront.

De toute façon, petits et grands de la politique israélienne ont déjà la tête ailleurs, à la recherche d’un positionnement optimal en vue d’une échéance électorale qui ne pourra pas être éternellement repoussée. Ce climat délétère encourage la navigation à vue.

D’abord pour les ‘petits partis’. Le seuil d’éligibilité fixé à 3,25 % (soit 4 députés) fait courir le risque de la disparition aux petites formations tentées par la traversée en solitaire. Les grands partis connaissent d’autres dilemmes. La bataille pour le leadership a déjà commencé.

A droite, la perspective d’une mise en examen de Binyamin Netanyahou encourage les vocations. Gideon Saar en particulier, est persuadé qu’il sera bientôt le capitaine du navire. Dans l’opposition, Ehoud Barak, vent debout contre le gouvernement, tente de revenir et consulte Tsipi Livni (cheffe officielle de l’opposition) et Moshé Yaalon (ex-Likoud).

Ce n’est qu’un début, Benny Gantz, ancien chef d’Etat-Major, que la gauche attend comme le Messie, n’ayant pas encore précisé ses intentions. Avi Gabbay semble marginalisé et aura bien du mal à rester tête de liste, avec un Parti travailliste en perte de vitesse et agité par des courants contraires.

Au sein de la liste arabe unie, une rivalité désormais officielle oppose le commandant du paquebot, Ayman Odeh, et Ahmed Tibi qui ne veut plus jouer les éternels seconds. A droite comme à gauche, le débat d’idées cède devant le choc des ambitions. Il est vrai que la navigation à vue peut aussi se pratiquer en eaux troubles.