Cette semaine, nous allons étudier la section la plus longue de la Torah : Nasso.

De cette section, nous apprenons que voler, détourner des fonds, ne pas payer un salaire sont des fautes de premier ordre. Nous verrons aussi qu’être Cohen ne veut pas dire détenir un quelconque pouvoir d’accorder ou de retenir les bénédictions. Nous étudierons avec le Rav Feinstein ce que veut dire la paix dans la tradition juive et nous conclurons en démontrant que donner de l’argent à la synagogue n’est pas tout.

Chap. 5 V. 5 à 7 : « Hachem parla à Moïse en disant : « parle aux enfants d’Israël : un homme ou une femme qui commet quelque péché que puisse commettre l’homme, en perpétuant une trahison envers Hachem, et que cet individu se rende coupable ; ils confesseront leur faute qu’ils auront commise ; il fera restitution de sa faute, en sa totalité et y ajoutera son cinquième et le donnera à celui envers qui il est redevable. » »

Le non-paiement d’un salaire est une faute de premier ordre

Comme nous le lisons, ce passage traite de la faute par tout individu qui retient de façon illicite le bien d’autrui, et d’après le Rav Feinstein qu’il « s’agisse d’un emprunt, d’un vol, du non-paiement d’un salaire ou de tout autre forme de détournement de fonds. Ce passage nous enseigne en outre que tout abus financier à l’égard d’un autre juif équivaut à une trahison vis-à-vis de Dieu lui-même. »

Nous pouvons nous poser la question de savoir pourquoi dans ce passage il est écrit : « une trahison envers Hachem. » Rabbi Aquiba répond ainsi dans le Sifra : « que signifie « forfaiture commise contre l’Eternel ? » C’est que le prêteur et l’emprunteur, le vendeur et l’acheteur concluent leurs transactions au moyen de contrats et de témoins, celui qui nie ensuite ses obligations renie de ce fait les témoins et les contrats. Mais celui qui confie un dépôt à son prochain ne veut pas que cela s’ébruite ; or un tiers (l’Eternel) en a eu connaissance et c’est Lui qui est renié lorsque le dépositaire nie le dépôt. »

Jusqu’à maintenant, nous comprenons que voler, détourner des fonds, ne pas payer un salaire sont des fautes de premier ordre. Certains présidents de communauté refusent de payer leurs employés ou les payent avec retard en invoquant le fait que les caisses sont vides. Non seulement ce principe est scandaleux et illégal selon loi française mais comme nous l’avons vu, la Torah interdit cette pratique.

« Et le donnera à celui envers qui il est redevable » Cette phrase m’intrigue car elle est trop logique pour la Torah. En recherchant des commentaires sur ce verset, j’ai compris que la stipulation pour autrui n’est pas une technique nouvelle mais notre texte parle bien de ce moyen. Rabbi Elia Ben Abraham écrit : « cela signifie que, si l’argent volé qui a fait l’objet d’un serment provient de Ruben et que Ruben lui-même est débiteur de Simon, cette somme ne sera pas rendue à Ruben mais versée à celui dont Ruben est le débiteur, c’est-à-dire Simon. »

 Les Cohanim ne détiennent un quelconque pouvoir d’accorder ou de retenir les bénédictions

Pour ceux qui vont à la synagogue, il est toujours impressionnant d’entendre la bénédiction des Cohanim. Cette tradition est expliquée au chap. 6 V. 22 à 27 : « Hachem parla à Moïse en disant : « Parle à Aaron et à ses fils, en disant : ainsi bénirez-vous les enfants d’Israël, leur disant : que Hachem te bénisse et te protège. Que Hachem éclaire sa face pour Toi et te soit bienveillant. Que Hachem lève Sa face vers toi et t’accorde la paix. Qu’ils placent mon Nom sur les enfants d’Israël et Je les bénirai. »

Ainsi, Dieu ordonne à Moïse d’informer les Cohanim qu’ils auront le devoir et le privilège de bénir le peuple d’Israël au temple et, par la suite, à la synagogue. Rav Feinstein nous indique que « cela ne veut pas dire qu’ils détiennent un quelconque pouvoir d’accorder ou de retenir les bénédictions »

Le Rav Feinstein nous enseigne à propos de ces versets une très belle définition de la paix : « La paix n’est pas simplement l’absence de guerre. C’est une harmonie entre des forces contraires. Pour l’homme, c’est le juste équilibre entre ses besoins matériels et ses obligations spirituelles. Pour l’univers, c’est l’équilibre entre l’infinité de ses éléments, entre le sacré et le profane. Quand Israël faute, cet équilibre est rompu car les ressources dont Dieu a doté la terre ne sont pas exploitées convenablement. Un écran se dresse alors entre Dieu et son peuple, un écran que Dieu, dans sa clémence, retire afin de permettre le repentir et le retour à cet état d’harmonie et de paix. »

Non, l’argent n’est pas au-dessus de tout

Terminons le commentaire de cette section par le dernier verset de cette dernière. Chap. 7 V. 89 : « Et quand Moïse venait à la tente d’assignation pour parler avec Lui, il entendait la Voix lui parler du dessus du couvercle qui était sur l’arche du témoignage, d’entre les deux chérubins, et il lui parlait. »

Le Rav Munk commente ce dernier verset en donnant une très belle leçon aux grands donateurs qui pensent qu’avec l’argent ils sont au-dessus de tous. « Ce dernier verset consacré à Moïse, sur qui pesait la tristesse après le récit des sacrifices offerts par les princes. Le Midrach (Lev. Rabba I,6) raconte que Moïse pensait avec amertume à ce qu’a écrit Salomon dans ses proverbes (XX,15) : « Il existe de l’or, une quantité de perles fines : mais la parure précieuse entre tous, ce sont des lèvres intelligentes. » Moïse méditait : « les princes ont tous apporté des offrandes, mais moi je n’ai rien apporté. » L’Eternel lui dit : « ta parole m’est plus chère que tous les sacrifices. » Et c’est pourquoi le versé se termine par « Moïse lui parla. » Alors que jusque-là il n’avait fait qu’écouter, il osa désormais Lui parler. »

Chabbat Chalom à toutes et à tous

Eric Gozlan