Full disclosure (désolé pas d’équivalent en français, ce qui est d’ailleurs très significatif) : je milite pour la campagne du Likoud. Mes relations personnelles avec Naftali Bennett se limitent à quelques réunions à l’époque où il dirigeait le cabinet de Binyamin Netanyahou, vers 2006-2007.

Naftali Bennett est incontestablement une des plus grandes déceptions de ces dernières années.

Il avait tout pour être le futur leader de la droite israélienne, celui que le public attend depuis de nombreuses années et qui soutient Netanyahou essentiellement parce que la gauche est largement pire : le parcours, le charisme, les idées. Son ascension semblait irrésistible. Il a quadruplé le score du Beit Yehudi, passant de 3 mandats en 2009 à 12 en 2013, et semblait parti pour atteindre 18 ou 19 cette fois-ci. Et puis, soudain, la machine s’est enrayée, et plus rien n’a fonctionné.

Bennett a un parcours parfait, l’incarnation du rêve israélien : ancien commando dans les unités d’élite les plus prestigieuses (Sayeret Matkat et Maglan), il a fait fortune dans la high tech avant de se lancer en politique il y a une petite dizaine d’années. Il a dirigé le conseil des implantations de Judée Samarie en 2008 et créé le très puissant mouvement extra-parlementaire « Israel Sheli » en 2011.

L’étape suivante devait être son entrée fracassante au Likoud à laquelle il travaillait ardemment, lorsque la désintégration de l’ancien Mafdal lui a ouvert une opportunité qu’il n’a pas voulu laissé passer. Il a pris le parti d’assaut et l’a conquis sans faire de prisonniers dans l’espoir de le transformer en « Likoud B » et à terme de remplacer le Likoud A. Ce fut sans doute sa principale erreur. Car le Mafdal/Beit Yehudi n’est pas et ne sera jamais un autre Likoud.

Le parti religieux national, un des plus anciens d’Israel, ne s’est pas laissé mangé si facilement. Il avait besoin d’un renouveau et a accepté la réthorique de Bennett et son recentrage tant que cela permettait de gagner des voix, mais jusqu’à une certaine limite.

Les dernières primaires, pourtant ouvertes autant que possible, n’importe qui pouvant adhérer et voter immédiatement, ont élu une liste parfaitement sioniste religieuse, les candidats de Bennett étant pour la plupart relégués à des rangs inéligibles.

Ajoutons à ceci l’accord humiliant avec le parti Tekuma, représentant l’aile droite du courant sioniste-religieux. En 2013, ce parti avait obtenu 40 % des sièges de la liste du Beit Yehudi, sans passer par des primaires. Ils ont obtenu cette fois-ci 25 %, toujours sans primaires et alors qu’ils ne représentent sans doute au mieux que 2-3 mandats. Or, ces mandats vont se retrouver pour une bonne partie dans l’escarcelle du parti Yahad d’Eli Yishai et de Yoni Shetboun. Bennett a donc fait d’énormes concessions pour ne rien obtenir en échange, voilà qui présage mal lorsqu’on veut diriger le pays.

Et c’est là qu’est arrivée la débâcle Eli Ohana. On pouvait difficilement faire pire : à la consternation de tous, Bennett a décidé de donner une place éligible sur la liste à l’ancien footballeur Eli Ohana.

Dans l’esprit de Bennett il s’agissait de s’adresser aux électeurs séfarades/orientaux traditionalistes du Likoud. Mais cette approche était tellement transparente et condescendante qu’elle a été perçue comme presque raciste.

De l’autre côté la réaction absolument hystérique du parti, qui ne voulait pas de « ça » chez lui, a tout aussi convaincu que le Beit Hayehudi n’avait pas transcendé ses vieilles habitudes élitistes ashkénazes.

Sans compter qu’Ohana n’a strictement aucune compétence en matière de politique publique et n’a jamais rien fait dans ce domaine en dehors de … soutenir le désengagement de Gaza, un véritable chiffon rouge pour la base électorale du parti. Bref, un désastre dont il ne s’est jamais remis depuis et qui a ramené son parti à 12 sièges dans les sondages.

Cependant le véritable échec de Bennett n’est pas dans son parti mais dans son comportement. Le côté « commandant cool de l’armée », appeler tout le monde « mon frère » ou « ma soeur », c’était sympathique au début, énervant ensuite, pathétique et certainement indigne d’un grand leader national aujourd’hui.

Se présenter comme un homme de valeurs et de convictions, pour ensuite se vanter d’une politique qui est opposée de ce qu’il a prêché avant les élections n’aide pas non plus à la prendre au sérieux. C’est pourtant précisément ce qu’il a fait en tant que ministre de l’économie.

Son discours économique de candidat en 2013 comme en 2015, est parfait – il explique clairement pourquoi par exemple il ne faut pas aider les entreprises défaillantes, ou pourquoi il ne faut pas augmenter le salaire minimum. Et une fois aux manettes, il fait exactement le contraire, par populisme, par facilité, parce qu’il prend les gens pour des imbéciles.

Ses rapports détestables avec Sarah Netanyahou et son mari sont connus de tous, mais cela peut difficilement justifier son soutien initial à la loi contre le quotidien Israel Hayom. Cet acte, qui lui a valu des articles positifs dans Yedioth et Ynet, a été perçu dans le public de droite comme une trahison pure et simple.

Il semblait avoir fait amende honorable or voici qu’il est le seul homme politique à croire aux pseudo-révélations mensongères du journal de Noni Mozes sur de prétendues concessions qu’aurait fait Netanyahou face au Palestiniens.

Face à sa baisse dans les sondages, il semble que Bennett n’hésite pas à collaborer avec le pire ennemi de la droite dans les médias pour salir Netanyahou et espérer récupérer quelques mandats.

En politique, tout n’est pas permis, et en particulier d’affaiblir son propre camp pour de faibles gains personnels. Mais au final, Bennett est la principale victime de son comportement irresponsable. Il s’est mis à dos une grande partie du public dont il espère être le leader dans le futur. Il va devoir travailler beaucoup plus fort et prouver qu’on peut lui faire confiance s’il souhaite avoir l’avenir qu’il s’imagine.