En 1916, les grandes puissances alliées de l’époque, la France et la Grande-Bretagne, redessinaient les frontières du Moyen-Orient, en prévision de l’effondrement de l’Empire Ottoman. Ce sont les accords Sykes-Picot.

La plupart des frontières de la région remontent à ces accords.

Les favoris des puissances sont sortis gagnants de leurs tractations : la famille Saoud (sunnite) qui a reçu l’Arabie Saoudite, la famille Hussein qui a reçu la Transjordanie et l’Irak en prix de consolation tandis que les Arabes chiites et les Kurdes n’ont pas obtenu ce qu’ils souhaitaient.

Ce que nous voyons se dérouler sous nos yeux actuellement au Moyen-Orient sont les derniers moments de cet état de faits centenaire – et artificiel.

Les véritables divisions ne sont pas les frontières dessinées par Londres et Paris, mais bien les différences entre chiites, sunnites, kurdes, alaouites, etc. Les pays créés font place aux tribus et autres groupes qui commandent véritablement l’appartenance des habitants de la région.

La frontière entre la Syrie et l’Irak est en voie de disparition de facto par les djihadistes de l’EIIL (État islamique en Irak et au Levant), qui avancent vers le centre de l’Irak en massacrant. Leur but est de créer un califat sunnite et islamiste de la Mer méditerranée à l’Iran, basé sur la sharia, oppressant les femmes et nettoyé de ses minorités. Ils ‘bénéficient’ de l’hostilité du Premier ministre chiite de l’Irak envers les sunnites de même que de la férocité du leader syrien Bashar al-Assad dans la guerre civile, deux éléments qui amènent de l’eau au moulin de l’organisation extrémiste sunnite.

Pendant ce temps, les Kurdes irakiens, qui rêvent de leur propre État, sont sur le point d’obtenir leur complète autonomie, soit à travers l’indépendance simple ou par une fédéralisation extrême de l’Irak, dont le pays kurde ne ferait partie que nominalement. De plus, les Kurdes syriens sont de facto autonomes dans la région qu’ils contrôlent. Et comme il y a une importante présence kurde en Turquie et en Iran, on peut facilement voir l’effet déstabilisateur de ce développement sur toute la région.

Il serait facile de blâmer uniquement les Occidentaux pour ce gâchis, des Français et Britanniques d’il y a un siècle à l’immobilisme de l’Administration Obama aujourd’hui, en passant par l’invasion tragique de l’Irak par George W. Bush et l’impuissance des Européens. Ce serait oublier les divisions centenaires préexistantes, les luttes de pouvoir entre Arabes et Perses, entre chiites et sunnites, les coups d’État à répétition, les dictatures militaires, l’attachement à la tribu plutôt qu’à la nation, etc. qui sont bien ‘du cru’.

Si quelqu’un vous dit qu’il a la solution à ces problèmes, il vous ment.

Ce qui se joue au Moyen-Orient a et aura un impact mondial.

Ironiquement, après le glissement islamiste de la Turquie d’Erdogan – qui en a fait un joueur sur qui personne ne peut compter – le seul îlot de stabilité dans la région, le seul État dont les institutions sont solides et fonctionnelles est Israël.

Après avoir été considéré comme l’épicentre des troubles moyen-orientaux – sinon planétaires – pendant des années par la majorité des pseudo-experts de la terre, l’État juif est aujourd’hui le seul joueur ‘raisonnable’ de la région.