OK. On prend une grande respiration et on essaie de démêler ce qui arrive au Moyen-Orient.

Ce qui s’y passe aujourd’hui est une partie d’échecs, mais sur trois dimensions et avec plusieurs joueurs en même temps. Et avec des conséquences beaucoup plus sérieuses.

L’État islamique, toujours aussi sanguinaire, toujours aussi obscurantiste, voit sa progression ralentie – et arrêtée à certains endroits – sous les frappes combinées des aviations occidentales menées par les Américains (avec une participation canadienne) et des forces terrestres irakiennes sous forte influence iranienne.

Cette confluence d’objectifs stratégiques en Irak/Syrie entre, d’un côté, les États-Unis et leurs alliés arabes sunnites et, de l’autre, l’Iran voit son exact opposé au Yémen.

En effet, au Yémen, pays arabe le plus pauvre, les rebelles chiites Houthis, soutenus par l’Iran, font face à une coalition menée par l’Arabie Saoudite et d’autres puissantes sunnites. Point important à retenir : les États-Unis n’ont été informés qu’une heure avant le début de l’opération saoudienne au Yémen, soulignant le peu de confiance qu’ont les pays du Golfe pour l’Administration Obama.

Les pays sunnites voient l’Iran chiite en contrôle de quatre capitales (Téhéran, Damas, Bagdad et Sanaa), et sont déterminés à l’empêcher de poursuivre ses avancées stratégiques (d’où la froideur de leur réaction suite à l’entente sur le nucléaire iranien de la semaine dernière).

Deux faits aux conséquences historiques

Au-delà des enjeux circonstanciels, deux événements majeurs se déroulent, évènements qui auront des conséquences pour plusieurs années à venir : 1- la division du monde musulman entre sunnites et chiites continue et devient de plus en plus une ‘guerre chaude’; 2- les États-Unis effectuent un repli stratégique de la région, considéré par à peu près tous comme un affaiblissement du leadership américain.

Le hic – et c’est l’essentiel de mon propos : ce repli américain amènera un vacuum. Comme la nature a horreur du vide, la question devient : qui prendra la place ? La réponse à cette question déterminera la suite des choses non seulement pour la région, mais pour le monde entier.

Une chose est sûre : la région restera instable pour un bon moment. Aves les coûts qu’apporte l’instabilité.

La (relativement) faible importance du conflit israélo-arabe

Ce qui est remarquable est le peu d’importance qu’a le conflit israélo-arabe dans tout cela.

Conflit surmédiatisé en Occident, le conflit entre l’État juif et ses voisins n’a pas la prépondérance géopolitique que plusieurs « experts » (oui, j’ai bien mis le mot experts entre guillemets) lui donnent.

Bien sûr, et cela m’enrage de devoir le réitérer, je souhaite une entente de paix entre l’État juif d’Israël et un État palestinien démocratique, viable et indépendant. Le peuple juif et le peuple palestinien ont tous les deux droit à l’auto-détermination et de réaliser leurs aspirations nationales légitimes.

Mais il est faux d’affirmer que régler le conflit entre Juifs et Arabes ferait disparaître comme par enchantement le reste des lignes de fracture dans la région. Un traité de paix entre Israéliens et Palestiniens n’arrêtera pas la concurrence entre chiites et sunnites, entre Perses et Arabes.

Plus que jamais, nous devons d’un côté travailler sans relâche pour une paix véritable, sur des bases solides, tout en s’assurant de l’autre de ne pas brusquer les choses au point de rendre la situation encore plus insoluble qu’elle ne semble l’être aujourd’hui.