En 2016, Emmanuel Macron, pour se lancer dans la course présidentielle, entreprit une grande opération diagnostique en interrogeant des dizaines de milliers de citoyens sur leurs aspirations. Cette opération donna naissance au programme d’Emmanuel Macron qui contribua à sa victoire à la présidentielle de 2017 et à « en Marche » le mouvement aujourd’hui largement majoritaire à l’Assemblée nationale.

Très schématiquement le programme préconisait entre autres de réformer le marché du travail et la fiscalité pour relancer l’économie et créer suffisamment d’emplois pour mettre fin en 2 ou 3 ans au chômage de masse.

Alors, il serait temps de poser la question de la répartition de cette richesse et de cette croissance retrouvée – Il faut rappeler qu’un chômage élevé crée une pression importante s’opposant à toute augmentation des salaires.

Par ailleurs, conscient des difficultés des salariés quelques mesures permettaient de renforcer globalement le pouvoir d’achat, mais moins prioritaires, ces mesures étaient échelonnées dans le temps ce qui en réduisait largement l’impact.

Plus économiste que politique, le nouveau président considérait que les corps intermédiaires, les élus locaux et les syndicats étaient susceptibles de ralentir le rythme des reformes et devaient donc être mis à l’écart et qu’une reforme de la Constitution permettrait de faciliter une accélération de la mise en place de ces reformes.

A l’évidence, 18 mois plus tard, force est de constater que ce schéma a été contrarié par un ralentissement de la croissance mondiale et par la persistance du chômage de masse.

Le chômage en France souffre terriblement de deux facteurs :

– Une formation totalement déconnectée des besoins des entreprises et du marché du travail (défaut bien identifié par le Président et en cours de correction)

– Un chômage structurel très important, probablement le prix à payer de notre modèle social très protecteur et peu économe.

On peut considérer que ce mouvement de disruption engagé par le président correspondait plutôt à ce que l’on pourrait appeler un Mouvement d’En Haut (pensé, voté et mis en œuvre par la technostructure).

Les différents partis d’opposition, très affaiblis, étaient incapables de s’y opposer sérieusement et de proposer la moindre alternative.

Les Gilets Jaunes, eux ont fait brutalement irruption sur la scène politique, sans doute pour une partie d’entre eux, largement aidés et conseillés par les 5 étoiles italiens et leurs amis de l’extrême droite française.

Beaucoup moins élaborées et plus affectives, les revendications de ces porteurs de gilets jaunes partent du pouvoir d’achat en considérant que la richesse n’est plus correctement redistribuée et partant de là, l’impôt n’est plus largement accepté en France.

Leur Mouvement d’en Bas dans leur esprit s’oppose radicalement au Mouvement d’En Haut incarné par Emmanuel Macron. Mais est ce véritablement exact ?

Non car les deux sont complémentaires et encore plus pour le champion du « en même temps ».

Par conséquent, l’adhésion des Français à la politique définie par Emmanuel Macron ne peut être acquise qu’au prix d’une action forte en faveur du pouvoir d’achat des plus modestes salariés, indépendants et petits patrons. Tout le reste n’est que littérature.

Ce Mouvement d’En Bas, brouillon, anarchique, violent et excessif dans un grand nombre de domaines, est sans doute largement dominé par une haine de ce « Président qui réussit tout ce qu’il entreprend ». Mais est ce surprenant dans un pays qui préférait Poulidor à Anquetil et qui se méfiera toujours de ceux que la nature a privilégiés ?

Cette crise sera difficile à surmonter car elle suppose de réduire la fracture et le fossé qui sépare des populations que tout oppose, mais je suis sur que le Président et En Marche y parviendront.

Elle est sans doute l’occasion pour E Macron et En Marche d’asseoir définitivement leur légitimité.

Pendant des mois l’opposition , les oppositions ont sans succès cherché à faire converger les mouvements sociaux.

Et si à la faveur de cette crise, Emmanuel Macron réussissait à faire converger le Mouvement d’En Bas avec celui d’En Haut?

Car, ne l’oublions pas, le rôle du Président est d’améliorer le bien-être des Français et en même temps de rendre la France plus forte et plus grande.

Resterait alors à régler le problème de la représentation politique de ce second mouvement.

Pourquoi ne pas faire de ses représentants des sénateurs dans un Sénat reformé et fusionné avec le Conseil Économique Social et Environnemental ?