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Motion incendiaire de Projet Montréal : La fin d’un cirque

Alexandre Look. (Autorisation)
Alexandre Look. (Autorisation)

Lundi soir, la raison a finalement triomphé à l’hôtel de ville. La frange radicale n’a pas réussi à imposer son agenda extrémiste. Grâce à une mobilisation citoyenne historique et aux efforts de la mairesse de Montréal Soraya Martinez Ferrada, la motion de Projet Montréal — qui n’aurait jamais dû être présentée — a été largement amendée. 

Montréal, comme n’importe quelle ville, a ses défis : des cônes orange paralysant la circulation, des artères commerciales qui se vident, une crise de l’itinérance hors de contrôle et des infrastructures défaillantes. Ce ne sont donc pas les sujets qui manquent pour une opposition qui veut se démontrer active. Face à ces défis colossaux, on aurait pu s’attendre à ce que nos élus s’attaquent aux problèmes locaux. Comme la mairesse l’a d’ailleurs rappelé avec justesse, la politique étrangère ne relève tout simplement pas des compétences du conseil municipal. 

Pourtant, l’opposition officielle a fait le choix inverse en déposant une proposition irresponsable appelant les élus municipaux à couper les liens avec l’État d’Israël, un geste qui répond aux demandes des groupes qui sèment la haine dans nos rues. Pour rappel, ce parti a passé les dernières semaines à donner du carburant aux plus radicaux de notre société, au prix de la cohésion et de la paix sociale. 

Les images devant l’hôtel de ville ce lundi sont venues rappeler les effets délétères de cette démarche : des manifestants pro-palestiniens faisant ouvertement l’apologie de « l’intifada » et le maintien d’un comportement intimidateur. À l’intérieur de l’enceinte, le spectacle était tout aussi affligeant. Lors des débats, nous avons entendu une conseillère refuser d’accoler la qualification de groupe terroriste au Hamas, allant jusqu’à déclarer que le massacre barbare du 7-Octobre était une « attaque contre les civils palestiniens ».  

Comment est-ce possible d’omettre la nature terroriste du groupe responsable de l’assassinat de plus de 1 200 personnes, dont le jeune Montréalais Alex Look ? 

Pour la communauté juive, cette manœuvre politicienne rouvre des blessures. Notre communauté représente moins de 1 % de la population canadienne, mais subit près des deux tiers des crimes haineux. Jouer avec la division et tenter de se draper dans la vertu est inacceptable. 

On peut débattre, critiquer, manifester et être profondément en désaccord. C’est le propre d’une démocratie. Mais lorsque le débat politique alimente la polarisation, banalise les discours extrémistes ou donne le sentiment à une partie de la population qu’elle est devenue une cible légitime, il faut avoir le courage de s’arrêter.  

Partout dans le monde, nos sociétés démocratiques sont confrontées au même défi : comment discuter des conflits internationaux sans importer la haine dans nos propres rues et sans faire de ses voisins des ennemis ? La réponse ne peut pas être de jeter davantage d’huile sur le feu. 

Heureusement, la société civile s’est levée avec courage. Plus de 150 000 courriels ont inondé l’hôtel de ville. Plus de 6 200 citoyens, épaulés par nos précieux alliés des communautés italienne, hellénique et du dialogue judéo-chrétien, ont exigé la fin de ce cirque. Le message était clair : Montréal ne doit pas devenir le terrain de jeu de ceux qui prospèrent sur la division. 

Le vote de lundi a donc permis d’éviter le pire, et la tentative de qualifier Israël d’État génocidaire a échoué. Mais cet épisode laissera des traces. Lorsque des élus recherchent les faveurs d’un électorat qui ne sera jamais satisfait, et pour qui aucun compromis ne sera jamais suffisant, c’est notre cohésion sociale et les valeurs qui nous rassemblent qui en paient le prix. 

Le lendemain de toute cette agitation, je me suis rendue au mariage de la fille d’amis très chers. La cérémonie surplombait le parc Alex Look, nommé en mémoire du jeune Montréalais assassiné lors des attaques du 7-Octobre. Le contraste était saisissant. Quelques jours plus tôt, nous étions plongés dans un débat qui menaçait de diviser encore davantage notre ville ; et voilà que nous étions réunis pour célébrer la vie. 

Puis est arrivé ce moment si particulier de la cérémonie juive : le marié a brisé le verre. Dans ce geste se trouvent à la fois la mémoire et l’avenir. Le souvenir des destructions et de Jérusalem. La conscience que même dans les moments les plus heureux, notre histoire porte aussi les traces de la souffrance. Mais c’est également une promesse : celle de continuer à vivre, à aimer, à bâtir et à espérer.  

C’est peut-être là la réponse la plus puissante à ceux qui veulent nous enfermer dans la peur et la division. Nous ne sommes pas ici seulement pour survivre aux vagues de haine, nous sommes ici pour construire. 

Montréal mérite donc mieux que les manœuvres politiques qui dressent ses citoyens les uns contre les autres. Ses élus doivent maintenant revenir à leur mission première : travailler pour tous les Montréalais et répondre aux défis bien réels auxquels notre ville est confrontée.  

Montréal peut, et doit, faire mieux.

à propos de l'auteur
Eta Yudin est la vice-présidente principale (Québec) du Centre consultatif pour les relations juives et israeliennes (CIJA)
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