Ce texte a été posté dans un groupe Facebook du nom de « Judaïsme et Féminisme » dont les buts sont d’informer les femmes et les hommes orthodoxes / traditionalistes / consistoriaux français des nouveautés concernant l’évolution du statut des femmes au sein du judaïsme, ainsi que d’encourager les initiatives qui œuvrent à l’amélioration du statut des femmes et du dialogue entre les différents courants du judaïsme.

Je prends ma plus belle plume ce soir, non pour poser une question, non pour m’énerver ou me scandaliser ou râler ou remettre en question des lois, des règles ou des interprétations.

Je vous écris ce soir parce que c’est certainement le seul groupe ou je peux véritablement exprimer des pensées contradictoires, totalement à l’encontre du « mainstream » et en relation avec le sujet de ce groupe.

Cette semaine, une amie a accouché d’une troisième petite fille (j’entends déjà les youyous et les jets de bonbons en background). Et ce shabbat, il y a donc eu sa nomination à la synagogue. Je me retrouve donc avec toute une tribu (trois générations présentes) dans une synagogue traditionaliste séfarade non loin de Jérusalem.

Pour tout vous dire, cette synagogue m’a ramenée des années en arrière, plus précisément 30 ans en arrière dans la synagogue de mes grands-parents : magnifique synagogue traditionaliste séfarade (Carmel-Haifa) sur deux niveaux, les lustres, les magnifiques chaises en bois, les grandes baies vitrées, la blancheur des habits lors des grandes fêtes qui rythment l’année.

La femme y connait sa place. A l’arrière des hommes ou au deuxième étage (on est jamais trop sur). Les cours de la rabbanite concernaient des recettes de haloth ou de son couscous, ou une question un peu trop pointue est balayée d’un mouvement de main.

Les gens se connaissent depuis trois générations. Il y fait doux vivre. Pour la plupart, les gens lisent en phonétiques sans trop se poser de questions. Le rabbin a dit…. Le rabbin a dit. Vous y trouverez tous les shabbats trois ou quatre grands-mères qui vous bénissent lors de votre arrivée (vous étiez secrètement amoureuse de leur petit-fils il y a de cela 30 ans).

Je ne peux pas me sauver de ce terreau. C’est mon terreau.

Et aujourd’hui, je me suis retrouvée à observer cette réalité (après de longues années d’évitement de ma part), ces enfants qui courent partout, l’achat des rimonim, les bonbons et tout le folklore associé à ce monde.

Et je me suis sentie à la maison, dans cet ordre préétabli ou cette petite fille d’une semaine venait de recevoir l’apostille: « Tu es une petite fille, tu n’as pas besoin de fête. On te nomme et fouette coché, la vie t’attend », ou ses deux sœurs d’ici quelques années ne pourront plus s’asseoir avec leur père, ou on ne leur posera pas de question sur la parasha, ou on ne leur demandera pas leur point de vue, leur interprétation.

On ne leur permettra pas d’exprimer leur part de féminisme qui manque tant au judaïsme actuel. Et si un jour elles décidaient de se rebeller contre l’ordre établi, elles ne trouveraient pas de réponse dans cette assemblée. Elles devront quitter cette assemblée et trouver leurs réponses et leur bonheur ailleurs. Parce qu’une telle demande est tout simplement impensable dans ce monde.

Malgré mon cynisme et ma tristesse, je le répète, je me suis sentie tellement bien dans cette atmosphère, dans cet espèce de jacuzzi ou il fait bon vivre, dans ce bain de jouvence où tout coule de source tant que l’on y connaît sa place.

D’eux / d’elles ou de moi je ne sais qui est le plus heureux, la plus sereine, le plus en harmonie avec son environnement.

Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours été en guerre, contre l’ordre préétabli, le consensus et les paradigmes non fondés. Je me suis toujours ruée dans les brancards parce qu’un sentiment d’étouffement me prenait dès que les conditionnements de ce monde m’imposaient leur réalité.

Le plus amusant de toute cette histoire c’est que j’ai essayé d’imaginer une mehtzia droite gauche et non avant arrière dans cette synagogue et pour tout vous dire je me suis sentie la pire hérétique en ce bas monde.

Si cette charmante assemblée avait eu le don de lire dans les pensées je me serais certainement fait lapider.

Au-delà de cette matinée, et de ce retour aux sources, il y a une chose dont je suis certaine, après ce matin : le changement dont ce groupe rêve et pour lequel nous nous battons tous à notre niveau n’arrivera pas de l’intérieur de ces communautés. Il y a des traditions qui sont intouchables, il y a des vaches sacrées que l’on ne sacrifie pas.

Et j’ai pensé à vous, à ce groupe, qui ose poser les questions qui fâchent, qui n’a pas peur des nuances, ou des oppositions et qui est certainement prêt à remettre en question l’ordre préétabli tout en respectant la règle (exercice périlleux, vous en conviendrez). C’est comme si vous étiez tous assis sur mon épaule à me faire des clins d’œil.

Merci à vous pour ce non conventionnalisme de l’esprit. Il m’a permis de me sentir moins seule ce Shabbat.

Shavouah Tov