« Est-ce que je vais mourir Maman ? », m’a demandé mon fils de 8 ans quand ses cheveux ont commencé à tomber. « Je ne veux pas mourir. »

Il avait déjà traversé deux mois d’enfer. Une chirurgie cérébrale pour enlever une tumeur qui avait entraîné un syndrome de la fosse postérieure qui l’empêchait de marcher, de soutenir sa tête, de lever les bras ou même de parler pendant les six premières semaines. Il n’avait pas réalisé l’incroyable chemin parcouru pour pouvoir même parvenir à me poser une question. Il escaladait des montagnes tous les jours et pourtant, peu importe ce que je lui disais, il ne cessait de me répéter la même phrase : « Je ne veux pas mourir. »

Et ensuite, nous avons rencontré notre médecin. Après une session de chimiothérapie particulièrement éprouvante, le Dr Iris s’est assise à côté de Roi et lui a parlé. Elle lui a parlé d’abord et avant tout à lui, pas à moi, sa mère, mais à lui. Une fois notre discussion avec le Dr Iris terminée, il était détaché de ses équipements et prêt à aller prendre sa dose quotidienne de radiation. Il s’est tourné vers moi, et m’a dit « Maman, je suis heureux. »

« Pourquoi es-tu heureux ? » Je m’attendais à ce qu’il me dise qu’il était heureux de ne plus avoir d’aiguille et d’avoir terminé la chimio pour aujourd’hui.

A la place, il m’a répondu « Parce que je vais aller mieux. »

Je ne pouvais pas croire que c’était le même enfant qui pendant des jours entiers avait dit qu’il ne voulait pas mourir. Depuis, il ne m’a jamais redit ça.

C’est le genre de médecin que je veux pour soigner mon fils. C’est le genre de médecin que je veux pour rester avec nous pendant toute la bataille qui est encore à venir.

Cela ne sera cependant pas le cas. Le seul hôpital de la région de Jérusalem avec un service d’onco-hématologie pédiatrique est sur le point de s’effondrer. Ce service, que nous avons appris à connaître il y a 12 ans quand ma nièce y a été soignée, était un service comme je n’en ai jamais vu. Les infirmières étaient comme des sœurs pour les parents et comme des tantes pour nos enfants, et les médecins des anges gardiens. Ces médecins, qui ont prêté serment de protéger et d’offrir aux enfants le meilleur service médical possible, veulent faire cela.

Malheureusement, la direction n’est pas d’accord avec eux sur la définition du meilleur moyen. Avec une poussée pour combiner les départements adulte et pédiatrique de la moelle osseuse, et un tourisme médical de plus en plus important à Hadassah, les oncopédiatres ne pouvaient pas continuer moralement à soigner nos enfants, sachant que cette décision mettrait en grand danger des enfants déjà très malades.

Alors quels sont les choix ? Aller dans un autre hôpital de Jérusalem ? Attendez une minute… Il n’y a pas d’autre hôpital à Jérusalem. Le seul autre hôpital capable de recevoir ces 200 enfants et plus est Shaare Zedek, où le ministre de la Santé Yaakov Litzman a refusé d’autoriser l’ouverture d’un service de cancérologie pédiatrique.

Alors aller dans un hôpital du centre d’Israël ? Schneider et Tel Hashomer ont des supers services de cancérologie pédiatrique, pour la plupart d’Israël. Ont-ils réellement les moyens d’absorber ne serait-ce que la moitié des enfants de Jérusalem ?

Et que dire de ces enfants de Jérusalem ? Je ne peux pas imaginer emmener mon fils de 8 ans à Tel Aviv ! Il passe déjà de mauvais moments en voiture pour faire le trajet jusqu’à Hadassah depuis notre maison du quartier de Katamon, se plaignant à chaque trou sur la route. Comment pourrait-il seulement réussir à gérer une heure de trajet vers le centre, avec les embouteillages ? Ou au milieu de la nuit, si, que Dieu nous en préserve, il a de la fièvre et ne se sent déjà pas bien ? Quand il va vomir toutes les cinq minutes ?

Nous avons déjà passé près d’un mois à l’hôpital Ichilov au début de ce tsunami qui a envahi nos vies. Aller de Jérusalem à Tel Aviv (et sans enfant malade dans la voiture) était déjà assez dur. Laisser nos trois autres enfants à la maison pendant des jours nous tordait le ventre. Et malheureusement, nous ne parlons pas d’un seul mois de traitement à finir.

La gentillesse, la patience et la chaleur venant de toute l’équipe du service d’onco-hématologie pédiatrique d’Hadassah nous enveloppent et exhalent la sécurité. C’est plus qu’une tragédie qu’il doive fermer. C’est une busha lemedina, une tache sur l’Etat d’Israël, que la petite politique et les égos écœurants aient été autorisés à placer l’argent au premier plan et à mettre en si grand danger les vies de nos enfants.

Tous les efforts devraient être faits pour que ce département d’onco-hématologie pédiatrique de première classe puisse survivre, ou au minimum pour permettre à nos enfants d’être soignés à Jérusalem, notre maison.

Sinon, cela sera réellement une busha lemedina.

Une manifestation aura lieu devant la résidence du Premier ministre le 16 mai à partir de 17h00, pour protester contre la décision du ministre de la Santé.