Parce que l’on a confondu tolérance et renoncement pendant tant d’années, et parce que ce renoncement va de pair aujourd’hui avec chiffre d’affaire et marchandising, des marques occidentales parmi les plus célèbres ont sorti une gamme de vêtements pour les femmes voilées.

Et après me direz-vous ? Quel mal y a-t-il à s’adapter aux modes de vie de certaines femmes, de plus en plus nombreuses d’ailleurs, qui ont choisi d’adopter le voile, de leur offrir un choix éclectique en terme de couleur et d’esthétique ? Quel mal y a-t-il à respecter en définitive le choix de chacune de ces femmes de se vêtir en fonction de ses goûts, de son désir, de sa coutume, de sa religion ?

Justement parce que la problématique ne se pose pas ici en terme de tolérance religieuse ou d’esthétique mais en terme de lâcheté et de renoncement.

Renoncement à combattre une pratique réactionnaire fondée sur la soumission des femmes, symbole d’une servitude ancrée face aux hommes qui les haïssent parce qu’ils sont eux-mêmes incapables de résister à leurs pulsions sexuelles.

La femme, comme élément perturbateur qui doit rester camouflée.

Renoncement à lutter contre une idéologie pernicieuse d’acceptation du salafisme, base du djihadisme.

Renoncement à agir face à une contrainte religieuse obscurantiste, contraire aux valeurs universelles et fondamentales de laïcité, de dignité, d’égalité de l’homme et de la femme, qui fondent notre République et pour lesquelles on nous a justement déclaré la guerre.

Or, plutôt que de tirer les conséquences de cette déclaration de guerre, les marques H&M, Marks et Spencer, Uniqlo ou Dolce et Gabbana choisissent de surfer sans vergogne sur la vague d’une « mode » qui s’est, depuis longtemps déjà, propagée dans les Territoires perdus de la République, mais aussi en plein cœur de la société française.

Cette « mode » séduit de nombreuses femmes qui y trouvent une paix sociale : « si je suis voilée, je serais regardée comme respectable, et donc pas chahutée ou insultée ».

Le voile, instrument idéal pour assurer sa sécurité, sa tranquillité et sa respectabilité face aux regards inquisiteurs de certains hommes.

Or, plutôt que de résister face à ce terrible engrenage, ces mêmes marques opportunistes, vénales et somme toute irresponsables, déposent les armes dans un esprit Munichois de compromission.

Comble de l’hypocrisie, mais aussi de dangerosité idéologique, la ligne de cette mode est désignée comme « pudique», ce qui signifie dès lors, de façon très perverse, que les autres vêtements seraient a contrario destinés aux femmes impudiques.

Ainsi, la femme libre et libérée qui choisit de s’habiller en débardeur, mini-jupe ou bikini ne serait pas digne de respect, donc condamnable, voire, il n’y a qu’un pas, mécréante ?

La femme voilée pudique, serait, elle, forcément respectable.

Qu’est ce qui empêchera lesdites marques, voire de nouvelles, par la suite, de développer une nouvelle ligne, cette fois-ci pour enfants « pudiques », puisque la demande existe déjà et qu’il n’est malheureusement pas rare de croiser des petites filles de 8 ou 9 ans la tête voilée parce que leurs parents l’ont ainsi décidé…?

Nous avons le droit, j’ai le droit, moi, militante antiraciste pendant des années, ancienne membre du Groupement d’Etudes contre les Discriminations, de déclarer que cela me choque terriblement.

Et je m’érige une fois de plus contre ceux qui confondent volontairement antiracisme et défense de la religion, qui brandissent leur chantage habituel d’islamophobie en manipulant une culpabilité totalement absurde qui consiste à diaboliser la critique légitime de l’obscurantisme religieux.

Aucune religion ne saurait imposer ses principes, qui plus est d’oppression et d’enfermement, comme normes d’organisation de notre société française.

En passant outre, les boutiques de mode jouent à un jeu très dangereux, nuisible et sinistre.

En confondant tolérance et renoncement, parce que l’intolérance sera toujours du côté des fondamentalistes, les boutiques de mode renient ce qui fait les spécificités de la femme : sa beauté et sa liberté.