La sidra de cette semaine est la base du droit civil et pénal. De nombreuses lois que l’on peut retrouver dans les différents codes ont comme origine cette parasha. Écrire sur toutes ces lois est impossible en un article. C’est pour cela que nous allons nous focaliser sur trois versets du chapitre 22 qui traitent de l’obligation d’accorder des prêts sans intérêt.

Chap. 22 V. 24 à 26 : « Quand tu prêtera de l’argent à quelqu’un de mon peuple, au pauvre qui est avec toi, ne te conduis pas envers lui comme un créancier ; vous ne lui imposerez pas d’intérêt. Si tu prends en gage le vêtement de ton prochain, jusqu’au coucher du soleil tu lui rendras. Car c’est son seul habit, c’est le vêtement pour sa peau – avec quoi se couchera-t-il ? S’il advient qu’il crie vers Moi, J’écouterai car je suis compatissant. »

Les commentateurs nous enseignent que la Thora a trois messages sociaux importants : le droit, la justice (La tsedaka) et la générosité.

Ce triptyque ne peut qu’apporter la paix sociale dans un pays et fera le bien de tous car si une personne est généreuse, le pauvre ne devra pas solliciter la tsedaka et le droit social sera ainsi rendu.

Commençons par regarder de plus près le verset 24. Le premier mot est “im” qui se traduit normalement en français par “si”. Ainsi, lorsque nous lisons la phrase :  “Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un”,  nous pouvons comprendre que prêter de l’argent est facultatif, mais dans le cas de ce verset  nous sommes dans une des trois occurrences dans la thora où la conjonction « im » ne signifie pas “si” mais “quand”; donc nous devons lire : “Quand tu prêtes de l’argent”. Pour Rachi « aidez un indigent en lui accordant un prêt n’est pas un acte facultatif mais une obligation ».

L’autre curiosité de ce verset est le passage du singulier : “Quand tu prêtes de l’argent” au pluriel : “vous ne lui imposerez pas d’intérêt.” Nous pouvons voir par ce changement de genre que si un individu prête de l’argent avec intérêt, la société entière sera responsable de cet acte.

Attention que de fervents européens ne deviennent pas anti-européens

Pourquoi prêter sans intérêt ?

Pour le judaïsme, l’intérêt serait plus proche de la notion de vol que de rétribution.

Le judaïsme voit dans l’intérêt le prix du temps et non la rétribution du capital. Ainsi nous pouvons lire dans la michna Baba Metsia (63 b) : “Emprunter c’est gagner du temps, puisqu’il s’agît de l’échange d’un bien présent contre un bien futur.”

Le Talmud écrit à propos du prêt à intérêt :  «  Si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler sa fortune soutiens-le, fût-il étranger et nouveau venu et qu’il vive avec toi. N’accepte de sa part ni intérêt ni profit, mais crains ton Dieu et que ton frère vive avec toi ».

Ainsi nous voyons qu’il est interdit de prêter avec intérêt à quelqu’un qui est dans l’impossibilité de gagner sa vie. Nous remarquons donc que l’intérêt exploiteur de la faiblesse d’autrui est interdit.

Une autre particularité du texte  est que  ce n’est pas le mot « ribit » intérêt qui est employé mais le terme « necher » qui vient du mot « néchiha », la morsure.

D’après les pirké de Rabbi Eliézer, l’usurier est privé de résurrection. Dans le chapitre 33 il écrit : “Et le prophète Elie dit au vent : “Que les vents des quatre points cardinaux s’élèvent, qu’ils soufflent sur ces cadavres et qu’ils vivent.” Au même moment ont soufflé les quatre vents et ils ont ouvert les chambres des âmes, et il a ramené chaque esprit à un corps, tel qu’il était à l’origine… et tous se sont tenus sur leur pied sauf l’un d’entre eux. Le prophète dit alors: “Maître des mondes, qu’en est-il de cet homme ?” Il lui répondu : “Il a fait usage du prêt avec intérêt.”

N’oubliez pas de lire ce pirké à votre banquier surtout si ce dernier se dit religieux !

La septième année, année de chémita, le calendrier hébraïque prévoit un ensemble de lois spécifiques dont l’annulation des dettes. Hillel, qui vécut quelques années avant notre ère, constata une dérive dans la pratique de ces lois.

Ainsi, il remarqua qu’à l’approche de la septième année les riches ne prêtaient plus d’argent de peur de n’être plus remboursés. Conscient du problème d’appauvrissement que cela pouvait entraîner, il institua le “prosbol”, contrat par lequel le tribunal, non soumis au moratoire, se substitue au créancier, et permet d’éviter l’annulation de la dette. Le mot prosbol vient du grec : “pros”  qui veut dire devant et “boli” juges.

Pour terminer cet article, regardons de plus près la partie du verset qui dit : “ne te conduis pas envers lui comme un créancier”.

Les commentateurs nous expliquent que l’échéance du prêt approchant, le créancier va harceler le débiteur. En se comportant ainsi, le débiteur se sentira humilié, chose prohibée par le judaïsme.

L’économie juive se montre consciente des conséquences de la pauvreté, racine de destruction pour la société. Le mot “evion” , le « pauvre » est composé des lettres aleph, vav, youd, beth et noun. Les cinq premières lettres dans un ordre différent donnent le mot “oyev” « ennemi ».

Dans le Talmud, la lettre noun est toujours liée à la notion de degré ultime, extrême et définitif, dans la pureté ou l’impureté. L’”evion”, le pauvre, serait alors celui qui a faim de tout et qui se transformerait en “oyev”, ennemi. De la même manière, le terme de miséreux, “misken” en hébreu, peut être lu différemment : l’absence de voyelle en hébreu nous permet alors de lire messake, « mettre en danger ».

En ces temps de crise, je conseillerais aux banquiers de se plonger dans la Bible et ses commentaires. Veillons à ce que  certains peuples européens ne deviennent pas des ennemis de l’Europe du fait de mesures trop drastiques sur leur économie.