Meyer Habib a gagné, c’est indéniable. C’est la victoire de la démocratie et l’échec lourd de Florence Drory qui a tenu à faire une campagne digne, sans déborder dans le sensationnel ni dans la démesure, face à une violence verbale inadmissible dans un pays démocratique.

Elle a vécu auprès d’un diplomate et a préféré se comporter comme telle, loin des attaques en dessous de la ceinture et des promesses irréalisables. En Israël, Meyer Habib a obtenu 7 049 voix contre 981 pour Florence Drory. En incluant les autres pays, le résultat final est de 7 998 voix pour Habib et 5 825 pour Drory, avec une participation de 11,39 % des inscrits.

La République en marche avec 308 sièges et le MoDem 42 arrivent largement en tête de ces élections législatives, alors que la majorité absolue est de 289. Loin derrière arrivent Les Républicains/Union des démocrates et indépendants avec 130 sièges.

Le PS et le Parti radical de gauche remportent, quant à eux, 33 sièges. La France insoumise 17 sièges et le Parti communiste 10 totalisent 27 sièges. Avec 8 sièges, le Front national ne peut pas constituer un groupe à l’Assemblée sauf à drainer avec lui Debout la France et certains nationalistes.

Il faut noter la triste défaite de NKM et de la jeune Ilana Cicurel arrivée pourtant largement en tête au premier tour. Ces deux femmes auraient donné une image féminine symbolique de la nouvelle Assemblée. Une grande satisfaction est l’élimination des frondeurs gauchistes qui avaient pollué tout le quinquennat en jouant contre leur camp.

Ce résultat permet largement à Emmanuel Macron de gouverner mais l’arrivée à l’Assemblée des trublions Jean-Luc Mélenchon et Marine le Pen, avec leur capacité de nuisance, ainsi que la surenchère à laquelle sera contraint le groupe LR qui cherchera à exister, pousseront les Macronistes à ne faire aucun cadeau à l’opposition d’où qu’elle vienne.

C’est pourquoi les Francophones d’Israël ont gagné l’élection mais ont perdu leurs chances de voir leur sort s’améliorer en Israël. En effet, la rectification du deuxième tour en France a réduit les chiffres prévus par les sondages pour la composition de l’assemblée.

Meyer Habib siégera au sein de l’UDI, dans une opposition fragilisée par sa défaite à la suite d’une élection pourtant imperdable. Il est peu probable que sa voix porte au-delà du cercle de ses amis de Netanya et d’Ashdod. Toutes ses propositions finiront dans le panier du président de l’Assemblée et des présidents de commissions, peu enclins à faire des cadeaux à ceux qui les combattront.

C’est la politique de caste qui est souvent privilégiée au détriment des intérêts d’une minorité. Pourtant les Francophones ont besoin d’un relais efficace pour satisfaire leurs doléances mais les choses n’avanceront pas très vite. Ils se sont fait plaisir avec leur vote, il faut souhaiter qu’ils ne le regretteront pas.

Nous ne ferons pas de procès d’intention et nous souhaitons au nouveau député succès dans la réalisation des doléances dans l’intérêt de ses concitoyens d’Israël. Les autres pays, s’étant beaucoup abstenus et ayant peu voté pour lui, il leur sera peu redevable.

Mais le député ne doit pas se tromper de combat. C’est un défenseur d’Israël certes, mais l’Assemblée nationale est peu propice à la haute politique qui reste dévolue aux ministres. En effet la défense d’Israël et les votes dans les instances internationales dépendent du Quai d’Orsay peut-être, de l’Élysée certainement.

Sa seule voix de député minoritaire doit le rendre humble pour s’attacher à des exigences plus terre à terre. Beaucoup de Francophones sont vulnérables et ils ont le plus besoin de l’aide de leur député.

Il ressort de la campagne des différents candidats que les Franco-israéliens sont peu exigeants et comptent d’abord sur d’immédiates promesses qui doivent être mises en chantier ; leur réalisation dépendra de l’acharnement du député à les concrétiser. Ils préfèrent laisser aux membres de la Knesset et aux représentants nationaux dans les instances internationales le soin de défendre Israël.

En revanche, la reconnaissance des diplômes français en Israël est la clef d’une reprise de l’Alyah qui s’est effondrée de 58 % depuis le début de l’année 2017. A peine 913 immigrants français se sont installés en Israël. Et pourtant il y a un vivier de médecins, de dentistes, d’experts-comptables et d’ingénieurs qui souhaitent qu’on s’intéresse mieux à eux.

Les Francophones, et les retraités en particulier, souffrent de démarches administratives fastidieuses, à l’instar du certificat de vie pour chaque caisse de retraite. Tout pourrait être résolu via la création d’un guichet unique en ligne.

Il faut obtenir de nouvelles conventions bilatérales pour faire reconnaître le permis de conduire français pour éviter d’avoir à le repasser en Israël. Les changements prévus dans la CSG impliquent un réexamen du régime d’assujettissement des Français de l’étranger à cette cotisation.

Les immigrants français devraient voir reconnaître leurs droits à l’étranger à travers la CFE (Caisse des Français de l’étranger) sur le plan de la santé d’abord pour avoir une protection sociale à la française. Les Français en situation précaire ainsi que les handicapés adultes devraient bénéficier d’allocations de la CFE. Ceux des jeunes qui terminent leur cycle secondaire en Israël devraient obtenir de bourses françaises jusqu’au bac, puisque l’éducation est obligatoire.

Il ne faut pas se voiler la face que des échecs à l’alyah entraînent le retour en France de certaines familles, quel que soit le pourcentage. Il faut donc faciliter l’accès aux allocations chômage pour ceux qui se réadaptent dans leur pays d’origine et permettre aux plus démunis de bénéficier du RSA, le temps qu’ils s’engagent à nouveau dans leur nouvelle vie.

Avec une majorité écrasante, le groupe LREM aurait pu concéder quelques faveurs à l’opposition pour contrebalancer sa puissance à l’Assemblée. Mais avec un groupe moins large que prévu, le gouvernement privilégiera les députés de son parti pour assurer leur réélection dans cinq ans et par là-même celle du président Macron.

Il est à craindre que Meyer Habib n’ait pas une oreille attentive de la part de ceux qui sont aux affaires, surtout s’il ne met pas d’eau dans son vin à l’occasion de ses interventions musclées à la Knesset l’Assemblée. Il devra mettre moins de violence dans ses propos s’il veut au moins être entendu.

Les Français d’Israël ont tranché. Ils ont choisi un député à leur image. C’est leur droit.

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