Pour son commentaire sur la Paracha Metsora, Mr Gozlan a choisi comme titre «Metsora. Impureté féminine, détournement du sens».

S’il y a un élément avec lequel je suis en accord avec lui, c’est le titre choisi. Pour le reste (mis à part les textes cités) il y a effectivement un détournement de son sens…

Les lois de niddah font partie de celles d’impureté rituelle, qui ne sont pas limitées aux femmes. La Paracha Metsora et sa précédente, Tazriah confèrent également à la tsara’at, la lèpre, une impureté rituelle à la personne ou l’objet qu’elle touche. Il en est de même concernant la mort et tout ce qui a lien avec, ainsi que ce qui a un rapport avec la procréation – tant les rapports sexuels que la naissance.

Comme les commentaires rapportés dans cet article, une femme contracte une impureté rituelle en ayant un flux menstruel ou en accouchant. Il serait bon de rajouter qu’un homme ayant eu un écoulement nocturne contracte lui aussi une impureté, ainsi que les deux conjoints à la suite d’un rapport sexuel.

La Torah n’est pas un texte scientifique (et à ce propos il est intéressant de voir ce que les Guéonim disent des affirmations scientifiques de la guémara – bien avant nos « temps modernes »). La Torah est un mode de vie, un enseignement divin. Le concept de taharah et toum’ah, pureté et impureté, ne peut donc être jugé selon des mesures scientifiques puisqu’il s’agit de termes spirituels.

La Torah nous demande de vivre par ses préceptes « ve’hai bahem ». Elle nous enjoint non pas à dénigrer notre corps mais à l’élever, à le sanctifier.

Le cycle menstruel, les rapports sexuels, le processus de la naissance et celui de la mort sont toutes des choses naturelles. Toutes ont un potentiel spirituel élevé, saint, pur. Mais aussi, et c’est le revers de la médaille, un potentiel d’impureté. J’avance ici ma propre opinion en éméttant l’hypothèse que le fait de laisser toutes ces choses comme n’étant que naturelles, normales, banales nous empêche d’accéder à ce potentiel spirituel, à nous élever, et au contraire porte en lui le danger d’oublier le miracle quotidien de la vie, de le dénigrer.

C’est peut-être la raison de l’explication donnée par Rabbi Méir pour justifier les 7 jours de niddah. Oui, nous voulons que la femme reste aux yeux de son mari aussi chère que le jour où elle entra sous le dais nuptial. Non pas parce que nous pensons qu’un homme est obnubilé par les pensées sexuelles. Mais parce que si nous n’y prêtons pas attention il est facile de rentrer dans la routine et d’oublier combien notre conjoint nous est cher.

Effectivement, lorsque pendant la période de niddah, les petites attentions physiques sont interdites, elles peuvent ainsi reprendre plus facilement la valeur qui devrait toujours leur être conférée une fois cette période terminée. Un couple traversant une période où la femme est niddah ne peut pas avoir de contact physique, ceci est vrai. Mais ceci ne veut en aucune manière dire que ce couple n’a pas de contact !

Ceci est la période par excellence pour entretenir les relations émotionnelles, intellectuelles et spirituelles dans le couple. Si un couple ne fait que s’ignorer durant cette période, le soir du mikveh ne pourra pas être comparé au soir où ils se sont tenus sous le dais nuptial. Pour que ceci puisse être atteint il aura fallu que, à l’instar de la période de leurs fiançailles, ils travaillent sur tout ce qui n’est pas physique dans leur relation conjugale.

Enfin, la raison pour laquelle on ne serre pas la main à une personne de sexe opposé qui n’est pas son conjoint n’a pas à voir avec la « peur qu’une femme soit indisposée » mais plutôt avec la réalisation que tout contact physique a un potentiel et que ce potentiel existe même si nous y sommes devenus parfois insensible. Ceci a aussi à voir avec la réalisation que la personne en face de nous a des limites très claires.

A une époque où nous voyons un taux de divorce en hausse constante, où nous lisons avec effroi le pourcentage élevé de femmes subissant des contacts physique non désirés, je pense que ces lois, même si elles n’ont pas forcément été édictées pour faire face à ces fléaux (je ne me targue pas de connaître les raisons divines derrière chaque commandement), ont plus que jamais leur place dans notre société.