COMPIEGNE – ROYAL LIEUN

Notre arrivée au Camp de Royal Lieu à Compiègne fut saluée par les autres internés de manière sympathique. On échangeait des nouvelles de la situation militaire, que beaucoup de prisonniers semblaient suivre de près, grâce à des sources mystérieuses.

On nous apprit que des convois partaient tous les jours pour l’Allemagne et qu’il fallait prier pour éviter le « transport » vers l’inconnu, vers la mort, alors que la victoire des Alliés semblait vouloir se dessiner franchement.

Nous étions début Mai et malgré le soleil qui brillait, le froid sévissait encore en ce matin de printemps 1944.
Résistants, raflés de tous âges, nous cohabitions dans la crainte du prochain convoi, dans des baraquements vétustes, avec une nourriture réduite : pain et saucisson à midi et soupe le soir.

J’avais faim, très faim et je compris vite qu’une sorte de marché noir fleurissait dans le camp. Troc ou paiement cash pour un paquet de gâteaux ou une boule de pain. J’avais un peu d’argent que mon père m’avait donné « au cas où »… Je me souviens d’avoir monnayé un pain d’épices en échange d’un billet et m’être fait berner. Mais quand la faim vous tenaille…

Les jours s’écoulaient, mornes et longs, voyant défiler les arrivées et les départs tant redoutés. Mais tant que nous restions en France, l’espoir de la délivrance restait vivace en nous. Nous restâmes ainsi plus de trois semaines sous un ciel bleu, assorti d’une bise cinglante qui nous fouettait le visage.