J’ai été très touché que mon vieil ami, Louis Lerner, me demande de préfacer les Mémoires d’espoir qu’il a décidé d’écrire, après tant d’années, afin de témoigner de l’expérience tragique qu’il a vécue à vingt ans et qui aura si profondément marqué toute son existence.

Certes, il racontait son expérience à ses proches, mais il veut laisser à ses petits-enfants et à nous tous un émouvant récit de sa jeunesse si terrifiante, une jeunesse volée par la haine.

En accomplissant ce devoir de mémoire, en nous disant ce qui lui a paru si longtemps indicible, Louis Lerner fait, je le sais, un effort considérable sur lui-même. Il accepte de se confronter à la souffrance immense qui a marqué sa destinée.

Je crois pouvoir dire que Louis n’est jamais sorti des mines de sel où la barbarie l’avait enfermé.

Sa misanthropie, sa défiance permanente, pas tant envers les gens qu’envers le monde, en sont l’amère illustration. L’appel au secours « j’étouffe, j’étouffe » qu’il avait poussé dans les wagons de la déportation, il n’a jamais cessé de le crier.

Mais nous savons que s’il a souvent affiché le tourment extrême qui ne l’a plus quitté, c’est pour pouvoir mieux le supporter. Sa chance a été de rencontrer sa femme. Elle fut son salut, par la lumière de son sourire, par le côté positif de son mode de vie. Elle l’a fait renaître à la vie.

Sa force, sa victoire, c’est d’avoir réussi, malgré ce retrait du monde, à construire une famille, à transmettre à ses trois enfants une humanité aimante, attentive à la souffrance du monde.

Ils portent tous trois le sens de l’Autre, du service et de la proximité. Louis Lerner est ainsi pour tous ceux qui le connaissent le symbole d’une génération capable de reconstruire sur des ruines morales et matérielles et, comme l’indique le titre qu’il donne à ses mémoires, de retrouver l’espoir.

Ma victoire personnelle, dans notre rencontre, aura été de lui faire exprimer enfin sa souffrance, et son espérance, en l’obligeant à chanter, un soir de Yom Kippour, la prière de Kol Nidré.

Il a poursuivi cet engagement de longues années, avec chaque fois la même hésitation, la même peur de ne pas trouver la force de finir le texte, l’angoisse de ne pas pouvoir entraîner l’assemblée avec lui sur le chemin du repentir et du pardon. Et, année après année, il y est parvenu.

Sa voix de larme a chaque fois porté et emporté sa détresse de manière extraordinaire, car, comme il le chantait en captivité pour reprendre courage, « l’espérance est un trésor, même le plus petit nuage a toujours sa frange d’or ».

Le Times of Israël publiera un chapitre par semaine des Mémoires d’espoir de Louis Lerner.

Haïm Korsia
Grand Rabbin de France
Ancien rabbin de Reims
Membre de l’Institut